Chers confrères de Charlie, ferez-vous preuve de solidarité envers le dessinateur Ri7 ?

Publié le 9 avril 2015 - par - 2 005 vues
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Chers confrères de Charlie,

possesseur jaloux d’incunables H.K mensuel des années 60, de la totale H.K-Hebdo « Bal tragique » compris, d’un paquet de C.H et de quelques tirés-à part-reiseroïdes, wolinskyiens, cavannesques, choroniques entre autres œuvres immortelles de Fred, Gébé, Cabu, j’en passe et des pires, je me sens fondé à vous poser, au vu du dessin qui mène aujourd’hui Riposte Laïque au tribunal, cette question :

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si une aussi vénielle moquerie débouche sur une mise au pilori de gens s’exprimant librement dans une authentique démocratie, où vous conduiront désormais les très pamphlétaires et insolentes pesanteurs dont vous accablez à nouveau, passé le temps du deuil, ces gouvernants dont les plus haut placés se sont révélés être vos amis proches ? (Question connexe : sommes-nous toujours en démocratie ? Il est permis de réfléchir encore un peu avant de répondre)

Vous objecterez, avec raison, que vous avez récemment payé votre liberté d’expression un prix exorbitant. C’est vrai. Vous aurez constaté, je pense, à cette occasion, ce qui sépare le droit de railler tel que nous le concevons depuis plus de deux siècles du devoir de tuer, de par le vaste monde et jusqu’au cœur de nos sociétés, ceux qui comme vous et nous, ne s’alignent pas sur les pensées dominantes de la guerre de conquête en cours. Avez-vous bien compris cela ?

Debout le 11 Janvier dans un élan aussi massif qu’éphémère, la France, à défaut de désigner clairement un coupable pourtant fort visible, ce qui eut froissé quelques susceptibilités orientales et d’ici également, vous a manifesté sinon sa compassion réelle, du moins son désir de vous savoir encore capables de moquer le puissant pour rassurer le faible. Vous existez toujours, sous haute protection pas seulement policière et, quoique je vous aie quittés depuis assez longtemps, je m’en réjouis très sincèrement.

D’où ma question, posée d’une autre manière, ou prolongée, comme l’on voudra, par ceci : si vous estimez que la plainte de Madame le Maire de Paris piétine pour vraiment peu de matière cette liberté de dire et de montrer qui nous est à tous très chère, aurez-vous, pour nous que l’on accuse aujourd’hui d’une épouvantable diffamation, les mots de solidarité qu’un peuple porté par ses dirigeants et ses médias eut pour vous au début de cette année entre toutes sanglante ?

Oh, nous ne vous demandons pas grand chose en vérité, simplement ce que vous exigez, semaine après semaine, des gens dont vous faites votre miel : qu’on nous foute la paix, aux uns et aux autres, surtout lorsque, dans l’indifférence le plus souvent, le déni sur plateau télé pour la galerie, le mépris verbeux quand manquent les arguments, l’on observe les lucides s’épuisant, depuis des années, à pointer du doigt la mèche allumée, déjà tueuse vous le savez hélas, qui mène droit au baril de poudre.

Par avance, merci, en espérant pour vous que les collectionneurs de C.H auront quoi qu’il advienne de belles décennies devant eux.

Alain Dubos

Écrivain-médecin.

PS : l’information circule sur la toile :

http://www.bvoltaire.fr/pierrecassen/anne-hidalgo-envoie-un-dessinateur-au-tribunal-pas-vraiment-charlie,169489

http://lemontventoux.skynetblogs.be/apps/m/archive/2015/04/08/quand-la-mairesse-de-paris-prend-la-mouche-8416894.html

http://www.ojim.fr/jetais-charlie-un-dessinateur-poursuivi-par-anne-hidalgo/?utm_source=Newsletter&utm_campaign=2600574e07-mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_ca15a58a97-2600574e07-71456101

 

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