Chine populaire vs Taïwan : vers un scénario « à l’ukrainienne »…

Le Sénat des États-Unis vient d’approuver la demande de l’administration Biden d’allouer pour l’exercice 2023 la somme de 858 milliards de dollars aux militaires américains. Un budget astronomique, en hausse de 8% sur 2022. C’est respectivement trois fois et dix ce que dépenseront la Chine et la Russie pour leur armée. Sur cette somme, 2 M$ sont prévus pour accroître le potentiel militaire de Taïwan

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L’Initiative de dissuasion du Pacifique se voit allouer un budget de 11,5 M$, contre seulement 7 M$ l’an dernier. Dans le budget militaire 2023 états-unien, la Chine populaire est mentionnée 268 fois et Taïwan 428 fois, contre respectivement 164 et 82 fois l’an dernier. En 2017, on ne dénombrait que 30 et 9 occurrences.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a exprimé son « désaccord catégorique » avec l’adoption de ce budget, le qualifiant de « provocation politique sérieuse ». Selon les analystes chinois, l’assistance militaire à Taïwan vise à lancer une course régionale aux armements qui exacerbera les relations déjà tendues avec l’Île. Taïpeh devrait rapidement voir son armée monter en puissance grâce à l’aide américaine.

Dans une interview au Global Times, le directeur de l’Institut des relations internationales de l’Université Renmin de Chine, Wang Yiwei, a déclaré que les États-Unis et leurs alliés conduisent Taïwan sur la voie d’un « scénario à l’ukrainienne » : la Russie n’a pu que rentrer en conflit avec l’Ukraine à la suite des provocations du régime de Kiev dans le Donbass depuis 2014 :

Selon Wang Yiwei, la Chine constate que la crise ukrainienne est un piège habilement tendu à la Russie par les États-Unis et l’OTAN pour affaiblir Moscou dans une guerre conventionnelle, sans risquer de représailles nucléaires. Le conflit en Ukraine est une confrontation non pas entre Moscou et Kiev, mais entre Moscou et l’ensemble de l’Occident, soit les États-Unis et leurs vassaux européens. Un Occident qui « punit » la Russie pour sa capacité à résister à « l’ordre mondial ». Wang Yiwei estime également que l’Occident a traité la Russie injustement, alors qu’il aurait pu prendre en compte les préoccupations de Moscou concernant les questions de sécurité qui ont précédé le début de l’opération militaire en Ukraine.

Pékin exprime ses inquiétudes quant aux plans américains de dominer la région Asie-Pacifique. En particulier avec la création du bloc militaire AUKUS, qui, outre les États-Unis, comprend la Grande-Bretagne et l’Australie. Washington tente actuellement d’intégrer d’autres pays dans ce bloc, clairement orienté contre Pékin et Moscou, entre autres le Japon et la Corée du Sud.

Tout comme dans la crise ukrainienne où l’Europe satisfait les intérêts américains bien avant les siens, Taïwan est prête à jouer le jeu de son « protecteur » au détriment de ses propres intérêts.

Les autorités de Taïwan viennent d’annoncer l’extension de la durée du service militaire de quatre mois à un an. Officiellement en réponse aux exercices militaires conjoints des marines chinoise et russe en mer de Chine orientale…

Henri Dubost

In girum imus nocte ecce et consumimur igni 

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9 Commentaires

  1. Un scénario à l’ukrainienne, cela signifierait-il que, à l’instar de la Russie intervenue lorsque l’Ukraine allait de nouveau attaquer ses anciennes régions en sécession, les Etats-Unis interviendraient si la Chine attaquait son ancienne île en sécession ? Evidemment pas, notamment pour des raisons de rapport de force et de détermination.

  2. TSMC ( Taïwan semiconducteur ) leader mondial de semi conducteurs vient de passer son investissement au DAKOTA de 12 à 40 milliards pour se délocaliser. Il suffira ensuite de mettre les ingénieurs dans un avion et les Chinois récupéreront l’ile mais pas les cerveaux .

  3. Pour ceux qui raisonnent à l’échelle du Pacifique, Taïwan est le premier verrou qui ralentit l’expansion vers le Sud. D’abord au détriment des Philippines, de l’Indonésie et du Viet Nam en créant des îles artificielles sur des hauts fonds pour accroître les eaux territoriales et les ZEE.
    Puis une menace pour l’Australie en phagocytant une partie de la Micronésie et de la Mélanésie.
    Enfin des visées sur la Polynésie française où vit une importante communauté chinoise, dont 80% du commerce extérieur se fait avec la Chine, et où une ambassade de Chine (appelée consulat général) a été ouverte pour défendre les intérêts de ses compatriotes. Ce qui est contraire aux usages diplomatiques, le Fenua n’étant pas un État.

  4. Une fois le divorce consommé entre la Chine et Taiwan en 1949 pourquoi vouloir revenir en arrière par des décisions unilatérales et insensées ? Les chinois jouent avec le feu.

  5. De l’île de Taiwan, où je n’ai rien laissé, il ne restera plus qu’un confetti que les Chinois du continent pourront atteindre à pied sec en marchant sur les cadavres des soldats uséens coulés dans le détroit.

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