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Chine-USA : chronique d’une guerre nucléaire annoncée

La résiliation du contrat de la vente de sous-marins français à l’Australie n’est pas une soudaine lubie de cette dernière. Ce qui est surprenant est plutôt la signature de ce contrat en 2016, alors que l’Australie aurait évidemment dû dès cette date se tourner vers les Etats-Unis.

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Cette résiliation résulte de la constatation de l’évidence par le gouvernement de Canberra :

  • la France est désormais un pays de seconde zone, déclassé tant militairement – la France consacre moins de 2% de son PIB à sa défense –, qu’économiquement – notre PIB par habitant est passé du 5ème rang mondial dans les années 90 au 20ème rang  –, submergé par une immigration inassimilable qui en fera sous peu un autre Liban.
  • La France possède le deuxième domaine maritime du monde (11 millions de km²), mais sa marine maigrichonne est totalement incapable d’en assurer la sécurité : en 2016-2017, notre unique porte-avions nucléaire a été en carénage pendant… 18 mois, sans parler du problème de radicalisation communautariste qui obère l’ensemble de nos forces armées (mais aussi de gendarmerie et de police).

L’Australie a choisi son camp : celui de la force. C’est sans état d’âme qu’elle a jeté à la poubelle le contrat français pour se tourner vers la seule puissance capable d’assurer sa sécurité dans un monde qui se dirige à grands pas vers un conflit mondial : les Etats-Unis. Comment le lui reprocher ? Les gesticulations françaises (rappel des ambassadeurs français à Canberra et à Washington, annulation d’un modeste gala… ) ont dû faire sourire dans les chancelleries du monde entier.

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D’autre part, en troquant le contrat français contre le contrat américain, l’Australie va non seulement se doter de sous-marins à propulsion nucléaire, et donc à terme de l’arme nucléaire, mais aussi se doter de missiles Tomahawks et Hornet. L’Australie pourrait également participer aux recherches sur les missiles hypersoniques dont la Russie, contrairement aux Etats-Unis, a déjà la maîtrise.

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C’est donc infiniment plus qu’à la simple rupture d’un contrat commercial (56 milliards d’euros quand même…) auquel non venons d’assister, mais à la nucléarisation d’un partenaire-clé des USA, l’Australie, évidemment dans le cadre d’une guerre préventive des USA contre la Chine, et, dans l’engrenage, contre la Russie.

Les Etats-Unis pratiquent avec la Chine la même stratégie de « containment » qu’elle a pratiquée contre l’URSS du temps de la guerre froide, et que, exceptée sous la présidence Trump, elle continue largement de pratiquer contre la Russie de Poutine.

Les tentations hégémoniques de la Chine dans le Pacifique ont cru à proportion de la montée en puissance économique de l’Empire du milieu. Avant dix ans, la Chine sera la première puissance économique du monde. Quant à sa puissance militaire, elle devrait également à court terme faire jeu égal avec celle des Etats-Unis.

Par ailleurs, la création du pacte de l’AUKUS (Australia – United Kingdom – USA) ne fait qu’officialiser une réalité patente depuis toujours : l’Australie est une alliée indéfectible des Etats-Unis. Elle est partie prenante des « Fives Eyes » (alliance des services de renseignement de l’Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et des États-Unis), depuis la création de cet organisme en 1941. En tant que telle, elle bénéficie du système d’interception ECHELON, au départ mis sur pied pour surveiller les communications de l’URSS et des pays du Bloc de l’Est, mais aujourd’hui utilisé par les « Fives Eyes » comme instrument de surveillance des communications partout dans le monde.

Pour l’Australie, la signature du « contrat du siècle » avec la France était donc une aberration, et il est étonnant que certains de nos politiques aient aussi naïvement « cru au miracle »

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L’AUKUS a pour vocation d’agglomérer d’autres puissances régionales, inquiètes comme l’Australie de l’hybris chinois, entre autres le Japon, Taïwan et la Corée du Sud.

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Côté chinois, la réaction ne s’est pas fait attendre. Le 18 septembre 2021 – soit trois jours après l’annonce de la création du pacte AUKUS – l’Organisation de Coopération de Shangaï (OCS)  annonçait lors de son 21ème sommet qui se tenait à Douchanbé (Tadjikistan) qu’elle intégrait l’Iran en son sein.

La république islamique des Mollahs devenait ainsi le 9ème membre de l’OCS.

Succédant au « groupe de Shanghai », l’OCS est instituée en 2001 par la Chine, la Russie et quatre États d’Asie centrale, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. En 2017, elle s’élargissait à l’Inde et au Pakistan.

Militairement, économiquement, démographiquement, l’OCS surclasse, et de très loin, l’AUKU, même avec l’hypothétique intégration du Japon, de Taïwan et de la Corée du Sud dans ce dernier.

Par ailleurs, lors du sommet de Douchanbé, trois pays, l’Arabie Saoudite, le Qatar et l’Égypte, ont demandé et obtenu un statut d’observateur à l’OCS. On rappellera que les deux premiers sont les principaux souteneurs du terrorisme islamique dans le monde. Il ne sert décidément à rien de faire trop de courbettes devant ces gens-là…

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Ces deux événements majeurs pour l’avenir du monde – création de l’AUKUS et élargissement de l’OCS à l’Iran – donnent un coup de vieux à l’OTAN, dont on se demande quel peut encore être la mission, l’axe du monde s’étant clairement déplacé de l’Atlantique au Pacifique – ce qui était d’ailleurs patent depuis de nombreuses années…

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Le prestige international de l’Iran en sort naturellement grandi, et l’on voit désormais mal comment les Etats-Unis, le Royaume Uni, la France et l’Allemagne pourraient encore aller mettre leur nez dans les affaires intérieures des mollahs. Certes, en adhérant à l’OCS, l’Iran a solennellement renoncé à se doter de l’arme nucléaire. Mais même sans cette dernière, l’Iran est définitivement à l’abri d’une agression israélienne grâce aux parapluies nucléaires russe, chinois, indien et pakistanais. De quoi, pour nos mollahs, voir l’avenir avec davantage de sérénité…

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Ce subtil jeu d’échec international semble indiquer que la probabilité d’une conflagration nucléaire entre la Chine et la Russie d’une part, et les Etats-Unis de l’autre, est désormais proche de l’unité. Le temps joue contre ces derniers et ils le savent : dans dix ans, ils seront dépassés économiquement et militairement par leur ennemi mortel chinois. Ils doivent porter le fer tant qu’il en est encore temps, c’est-à-dire au cours de la prochaine décennie.

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Et l’Europe dans tout ça ?

Le Vieux Continent est un amas de gros consommateurs : L’Union européenne est la deuxième puissance économique mondiale (22,07 % du PIB mondial en 2015). Elle est la première puissance agricole (1er importateur mondial et 1er exportateur) avec les États-Unis, la première puissance tertiaire mondiale et la première puissance industrielle du monde. Mais l’UE est inexistante militairement parlant. Certes, deux pays européens sont dotés de l’arme nucléaire (la France et la Grande Bretagne), mais aucun d’eux ne possède de couverture antimissiles pour lui-même, et encore moins pour l’ensemble du continent : il suffirait de quelques minutes aux puissances de l’OCS pour vitrifier la totalité des villes européennes.

L’Europe, qui a perdu tous ses anticorps anti-immigrationnistes, tous ses repères moraux et spirituels, et ne croit plus en rien, et surtout plus en elle-même, semble définitivement sortie de l’histoire.

Dominique Venner parlait de son « entrée en dormition » depuis la fin de la guerre, laissant supposer un réveil possible. Malheureusement, pour notre chère Europe, on peut désormais dresser un constat de coma dépassé…

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Henri Dubost

In girum imus nocte ecce et consumimur igni