Christian Estrosi n’est pas aimé des Niçois, mais il est craint

Dans une semaine, ce sera le premier tour des élections municipales. Comme nous avons commencé à le faire, nous donnons la parole à des têtes de listes patriotes, qui, sur le terrain, défendent des idées proches des nôtres, sous diverses étiquettes, souvent RN, mais pas toujours. Ce jour, nous avons rencontré Benoît Kandel, tête de liste de « Nice pour Tous ».

J’ai une triple expérience : ancien gendarme, ancien élu, entrepreneur

Riposte Laïque : Vous êtes tête de liste, à Nice, de « Nice pour tous ». Vous êtes présenté comme un divers droite, par ailleurs ancien colonel de gendarmerie en retraite. Que peut-on dire d’autre de vous, pour que nos lecteurs vous connaissent mieux ?
Benoît Kandel : Saint-cyrien de la promotion « Général de Monsabert » (1982-1985), j’ai servi le pays comme officier de gendarmerie pendant 23 ans, en métropole et en outre-mer. J’ai commandé plusieurs unités de gendarmerie mobile et de gendarmerie départementale, dont un escadron de GM à Versailles Satory, la compagnie de Pointe-à-Pitre et le groupement des Alpes-Maritimes. Je suis entré en politique en 2008 pour devenir, en succédant à Éric Ciotti, premier adjoint au maire de Nice en charge notamment de la sécurité.

J’ai été élu deux fois conseiller général des Alpes-Maritimes sous l’étiquette UMP. À la suite de désaccords avec Christian Estrosi, j’ai été élu en 2014 dans l’opposition conseiller municipal et conseiller de la métropole de Nice Côte d’Azur. En 2017, j’ai adhéré au CNIP. Comme beaucoup d’élus locaux, je ne vis pas de la politique. J’ai créé une société de conseils qui est spécialisée dans l’ingénierie sûreté. J’ai donc la particularité d’avoir une triple expérience, le service de l’État, l’exercice de mandats locaux dans une grande collectivité et une approche concrète du monde de l’entreprise. Ce qui n’est pas si fréquent.

A Nice, Estrosi est soutenu par LR et LREM !

Riposte Laïque : Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs quelles sont les forces en présence, à Nice ?
Benoît Kandel : 5e ville de France avec 342 000 habitants, Nice voit s’opposer les principales forces politiques actives dans le pays. L’extrême gauche, LFI et le PCF, le PS, Les écologistes, le RN, une liste soutenue par Emmanuel Macron et ma liste « Nice pour tous » qui est celle de la droite et des indépendants.
L’anomalie principale de la situation niçoise tient au fait que Christian Estrosi, maire sortant, est soutenu « en même temps » par les Républicains mais aussi par le Modem, le Parti Radical de Gauche et par les instances locales de LREM. La liste Estrosi compte 6 candidats marcheurs dont deux élus socialistes… Christian Jacob avait annoncé qu’il retirerait son soutien à tout candidat LR par ailleurs soutenu par LREM mais, curieusement, cet avertissement est resté lettre morte à Nice.
J’explique donc aux électeurs niçois que ma liste, qui regroupe des candidats encartés à LR, à DLF, au CNIP, au PCD et au RN, est celle qui porte authentiquement les couleurs de la droite, celle qui n’est pas Macron-compatible !

Plus j’ai connu le système Estrosi, plus j’ai compris que je n’y avais pas ma place

Riposte Laïque : Vous avez commencé votre carrière politique avec Christian Estrosi, avec lequel vous avez depuis rompu. Que s’est-il passé ?
Benoît Kandel : La rupture remonte à 2013, il y a déjà 7 ans. J’ai considéré que mon devoir de premier adjoint était de dire au maire (en privé) les remontées négatives que je pouvais avoir du terrain. Cela n’a pas été apprécié… J’ai aussi exprimé des désaccords sur la gestion de plusieurs dossiers et l’entourage de Christian Estrosi a travaillé à la rupture entre nous en instillant le soupçon sur ma loyauté, sans doute pour servir les intérêts de quelques ambitieux. Cette rupture serait de toutes façons intervenue car, plus je connaissais le système en place, plus je comprenais que je n’y avais pas ma place.

Les Niçois ont droit à la vérité sur l’attentat, même si celle-ci est cruelle

Riposte Laïque : Pensez-vous que l’attentat de Nice, commis le 14 juillet 2016, aura une influence sur les résultats de cette élection ?
Benoît Kandel : Les Niçois sont encore très meurtris par cette tragédie épouvantable. Après le temps de la stupéfaction, du deuil, du recueillement, de l’accompagnement des victimes et des familles est venu celui de l’enquête. Les victimes, et avec elles les Niçois, veulent savoir si des fautes ou des erreurs ont été commises par les autorités de police, préfet et maire. L’enquête judiciaire est en cours. Elle dira les choses mais si la vérité est douloureuse, la cacher ou la contourner serait encore plus terrible pour les victimes et les familles. Ce serait également une erreur pour l’avenir car il est impératif, si des fautes ont été commises, de ne pas les reproduire. C’est pourquoi, je parle de ce sujet pendant la campagne. Certains m’en font le reproche. Moi, je sais que les victimes et les Niçois veulent connaître la vérité, même si celle-ci est cruelle.

Je ne crois pas aux sondages, ni à l’élection d’Estrosi au premier tour

Riposte Laïque : Malgré son image de politicard opportuniste, Christian Estrosi paraît apprécié par les Niçois, puisque certains sondages le donnent vainqueur dès le premier tour. Comment expliquez-vous cela ?

Benoît Kandel : Christian Estrosi est à la tête d’une machine politique extrêmement bien huilée. Il est omniprésent dans les médias et très efficace lorsqu’il s’agit de bloquer l’accès de ses opposants à la presse, notamment locale. Je l’ai expérimenté depuis 2014, être élu dans son opposition n’est pas de tout repos ! Quant aux sondages, permettez-moi de douter de leur sincérité. Je ne le vois pas du tout gagner au premier tour car il n’a jamais dépassé les 50 % de suffrages et, après deux mandats, il est aujourd’hui affaibli par rapport à 2014. Enfin, à la différence de Jacques Médecin qui avait des imperfections mais qui était aimé des Niçois, Christian Estrosi n’est pas aimé. Il est craint. Dans un État totalitaire, cela peut durer longtemps. En démocratie, la sanction peut intervenir plus rapidement.

Il est urgent de remettre de l’ordre à Nice

Riposte Laïque : Quelles sont les axes prioritaires de votre campagne ?

Benoît Kandel : La ville de Nice est lourdement endettée (plus de 2 milliards d’euros en 2020 contre 700 millions en 2008) en raison d’une politique de grands travaux que l’on peut qualifier de pharaoniques. La fiscalité a augmenté fortement et les dépenses de fonctionnement continuent à croître quand à peu près partout dans les autres grandes villes, elles diminuent. Il est urgent de remettre de l’ordre dans les finances et de faire une pause dans les grands chantiers pour pouvoir s’occuper sérieusement des politiques de proximité : sécurité, propreté, vie des quartiers, soutien au commerce de centre-ville, coordination des transports en commun, entretien de la voirie collinaire, etc.

Christian Estrosi explique qu’il a « rénové la maison et qu’il veut s’occuper du jardin ». Mon projet consiste à m’occuper des Niçois qui habitent la maison et qui veulent aller se promener dans le jardin sans être volés ou importunés. En résumé, je veux couler moins de béton pour pouvoir me concentrer sur ce qui améliore concrètement la vie des habitants.

Mon électorat est celui d’Eric Ciotti, pas celui de Philippe Vardon

Riposte Laïque : Avec un regard extérieur, on peut être surpris qu’il y ait votre liste et celle de Philippe Vardon, qui paraissent se concurrencer. Qu’est-ce qui vous différencie, et un accord n’aurait-il pas été possible ?

Benoît Kandel : Philippe Vardon porte les couleurs du RN mais ne rassemble pas la totalité des militants et sympathisants de son parti puisque beaucoup d’entre eux ont décidé de me rejoindre ou de me soutenir. En outre, le cœur de mon électorat est celui qui aurait voté pour Éric Ciotti si ce dernier avait choisi d’aller à la bataille comme il l’a longtemps laissé penser. Je rassemble ainsi tous les Niçois de droite qui ne sont pas tentés de rejoindre Vardon, considéré par eux comme trop « identitaire » et « en même temps », si j’ose dire, qui ne sont pas Macron. Nous ne sommes donc pas sur le même électorat et c’est pourquoi un accord n’était pas envisageable.

Je confirme que Christian Estrosi a grossièrement menti, et ce n’est pas la première fois

Riposte Laïque : Lors d’un débat télévisé, Christian Estrosi a grossièrement menti, quand le candidat RN lui a reproché d’avoir cédé un terrain de 3 000 mètres carrés à une association islamiste. Confirmez-vous ce mensonge, et pensez-vous qu’il puisse lui être préjudiciable ?

Benoît Kandel : Je confirme absolument le mensonge de Christian Estrosi et je donne absolument raison à Philippe Vardon d’avoir évoqué ce dossier. Mais le maire sortant est coutumier du fait. Lors d’un débat précédent, je lui ai rappelé la terrible phrase qu’il s’était permis de prononcer après l’attentat de Charlie Hebdo et avant celui de Nice : « Si Paris avait été équipé du même réseau de caméras de surveillance, les frères Kouachi n’auraient pas passé 3 carrefours avant d’être neutralisés et interpellés ». Il a immédiatement crié à la fake news ! J’ai donc posté le lendemain matin sur les réseaux sociaux la vidéo dans laquelle il prononce ces paroles :

Enfin, contrairement à Christian Estrosi, je suis très opposé au retour à Nice des individus partis au djihad. Entre 100 et 200 sont issus de Nice ! Là encore, le maire sortant a affirmé que je racontais n’importe quoi. J’ai donc posté son interview du 30 janvier 2019 sur Europe 1 dans laquelle il fait cette déclaration :