Christopher Caldwell nous explique comment l’Islam va transformer la France et l’Europe !

C’est le sous-titre que Christopher Caldwell (1) a donné à son livre : Une Révolution sous nos yeux (2). Quelle est cette Révolution dont il parle ? C’est celle que l’Islam opère depuis une trentaine d’années poursuivant son chemin sans qu’aucun frein ne vienne le ralentir, comme un grand cours d’eau dynamique et tumultueux  sûr d’aboutir à son océan. Car… rien ne lui résiste !

Comment en est-on arrivé là ?

« Sans que personne ne l’ait vraiment décidé, l’Europe occidentale s’est changée en société multiethnique. L’immigration de masse a débuté dans la décennie postérieure à la seconde guerre mondiale- avec, comme on le verra, fort peu de débat public. En  Grande Bretagne, en France, aux Pays-bas et en Scandinavie, l’industrie et le gouvernement ont mis en place des politiques de recrutement de main-d’œuvre étrangère pour leurs économies en plein boom…. Et c’est ainsi que l’Europe devint une destination d’immigration, suite à un consensus de ses élites politiques et commerciales ».

Quand l’industrie fut mourante les immigrants retardèrent la mort de quelques années, mais ne l’empêchèrent pas. Les besoins en main d’œuvre ont été nécessaires et utiles après la guerre,  ensuite il eût fallu réévaluer ces besoins dès le virage de la désindustrialisation. Le journaliste américain va à contre-courant de ce qui se dit sur le sujet :

« Les Européens ont sur-estimés leurs besoins de main d’œuvre immigrée. Les avantages économiques de cette immigration sont restés  temporaires et marginaux. Ils appartiennent maintenant au passé. A l’inverse, les mutations qu’elle a introduites ont été massives et durables. Accueillir davantage de groupes ethniques ne revient pas à ajouter à l’Europe ce qu’elle possède déjà mais à la transformer. L’immigration complique  les efforts de construction européenne. L’islam que professe à peu près la moitié des nouveaux arrivants s’accorde mal avec les traditions séculières du continent ».

 » Les années passant, l’immigration vers l’Europe s’est  accélérée. A aucun moment les Européens n’ont été conviés à évaluer ses coûts et ses avantages à long terme ». Mauvaise évaluation des besoins donc et surtout, silence complet dans les rangs, interdiction, faite à tous,  d’y penser, d’en parler, aujourd’hui, encore, le sujet reste interdit !

Dans la première partie de l’ouvrage Caldwell fait un panorama et  analyse les effets de cette immigration européenne, d’une échelle sans précédent. Qu’ a-t-elle rapporté et  à qui ?  Il se penche ensuite sur les conséquences de l’arrivée de populations majoritairement musulmanes en Europe :  » Si les Européens avaient compris, quand l’immigration en provenance de Turquie, du Maroc, d’Algérie et d’ailleurs débuta dans les années 1950 1960, que  des milliers de mosquées seraient disséminées d’un bout à l’autre de l’Europe un demi-siècle plus tard, jamais ils ne l’auraient autorisée ». De son point de vue cette intrusion de l’Islam dans nos pays porte des menaces sur nos sociétés :

« En échange de bénéfices économiques mineurs et de très courte durée, l’Europe a replanté les graines d’une menace qu’elle avait mis des siècles de patience et de violence à surmonter-la discorde entre les religions, tant au plan intérieur qu’entre les nations ».

Il répertorie tous les signaux d’alerte visibles dans les différents pays européens, la constitution d’enclaves importantes dans la plupart des pays mais aussi les pressions  les violences, émeutes,  assassinats, attentats terroristes.

L’Islam deuxième religion d’Europe ? Pas vraiment !

 » Décrire l’islam comme la deuxième religion d’Europe, c’est être encore loin du compte. Si vous mesurez l’islam à l’ intensité des convictions de ses adeptes, à son importance dans les débats politiques, aux privilèges dont il jouit au regard des lois de nombreux pays européens ou à sa capacité d’intimider ses détracteurs, ce n’est pas la deuxième place qu’il occupe mais la premièreLa religion n’est pas un lot de consolation. Cette forte visibilité de l’Islam fait partie d’une mutation d’ensemble….. Le poids démographique et culturel de l’islam dans le monde continue de croître, et l’Europe est l’endroit où il croit le plus vite ».

Fort et puissant l’Islam semble incontrôlable. Dans quelle mesure et dans quel sens  peut-il évoluer ? Autrefois c’est par l’humour et la parodie que les philosophes ont amené la religion catholique à évoluer et à laisser la place aux Lumières à la Raison sur la Foi, qu’en serait-il pour l’Islam?

« L’arme principale des Lumières contre le Christianisme  était le ridicule. Pourtant, alors qu’ils espèrent que les musulmans apprendront les leçons de Voltaire, les Européens se sont donnés le plus grand mal pour isoler l’Islam des méthodes voltairiennes. On a confondu la volonté de ridiculiser l’Islam avec la xénophobie et le racisme ».

Aux occidentaux qui croient que l’Islam peut se réformer Caldwell explique :

« L’idée que tout le monde imitera le cours de l’histoire occidentale ( ou du moins s’y pliera ) est un acte de foi pour beaucoup de progressistes occidentaux. C’est pathétique de les voir attendre que l’islam se « modernise »- ou qu’il devienne moins dévorant dans la vie de ses adeptes- à la manière dont le christianisme l’a fait depuis  le XVIeme siècle. Ils commettent là une erreur fondamentale.

Caldwell analyse dans un long chapitre la question de la foi en Europe et le positionnement des papes:  « Jean-paul II considérait que le clivage essentiel dans le monde était entre la religion et l’incroyance…. se rendait en visite dans les mosquées et a présenté ses excuses pour les croisades » mais Benoit XVI considère « qu’au sein des sociétés, croyants et non croyants existent en symbiose. Les Occidentaux sécularisés, laisse-t-il entendre ont beaucoup en commun avec leurs semblables religieux. Ce n’est pas un accident si les idéologies séculières comme celles des droit de l’homme et du socialisme démocratique se sont épanouies surtout dans l’Occident chrétien.  Il a des doutes sur l’Islam: « Non seulement il a posé publiquement la question de savoir si l’Islam peut s’accommoder d’une société plurielle. Il a aussi révoqué l’un des principaux conseillers de Jean- Paul II sur le monde islamique et tempéré son soutien à un programme de dialogue inter-religieux organisé par les moines franciscains d’Assise ».  Benoît XVI est-il plus sensible au sort violent réservé aux chrétiens sur certaines terres d’Islam ?

Christopher Caldwell, se demande : « existent-ils des musulmans modérés et peut-on parler de l’intégration des musulmans ?  » Il rapporte les propos de Tariq Ramadan  :

« L’acceptation par les musulmans des pays européens dans lesquels ils vivent ne peut être que provisoire, subordonnée à la volonté de l’Europe de donner libre carrière à l’Islam… Ce n’est que lorsque les manières d’être européennes seront comprises comme celles de l’Islam que les musulmans leur obéiront. Sinon, non » …. « L’Islam est un élément qui doit être pris en compte, et qui devra l’être dans le futur, a-t-il dit ( Ramadan). Si cette réalité continue d’être niée, cela produira inévitablement une résistance radicale et des heurts » Caldwell  pose alors la question : Est-ce un double langage ? Sans jamais menacer de violence, il (Tariq ramadan) avertit l’occident que s’il ne s’adapte pas aux souhaits des musulmans, d’une manière ou d’une autre, il s’exposera à la violence ».

Tant de réflexions sont développées dans cet ouvrage de plus de 450 pages  qu’une lecture  attentive et approfondie s’impose. Le livre  n’est jamais lassant car l’auteur nous fait naviguer d’un pays européen à l’autre, il donne des statistiques, relate des faits,  compare des prises de position. Nous comprenons mieux les défis, et comment les gouvernements, souvent dépassés par les évènements, essaient aujourd’hui de  faire face, en devant toujours biaisés tourner autour du pot pour n’offusquer personne. Il analyse aussi la réponse politique que les peuples tentent de mettre en place  en Europe, car dans les pays européens la forte progression  de l’Islam, s’est, partout, accompagnée d’inquiétude et de résistance.  Pessimiste,  Christopher Caldwell termine : « il est sûr que  l’Europe sortira changée de sa confrontation avec l’Islam. Il est bien moins sûr que ce dernier se révèle assimilable. L’Europe se retrouve à devoir disputer l’allégeance à ses nouveaux arrivants. Pour l’heure, l’ Islam est en meilleure position pour l’emporter à la fois démographiquement, c’est une évidence, et philosophiquement, même si cet avantage paraît moins net….

A lire absolument !

Chantal Crabère 

(1) Journaliste américain diplômé de Harvard et spécialiste des affaires politiques européennes. Il est éditorialiste au Financial Times et rédacteur au Weelkly Standard ainsi qu’au  New York Times magazine.

(2) Une Révolution sous nos yeux.  Comment l’islam va transformer la France et l’Europe. Préface de Michèle Tribalat.  Editions Toucan

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