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Chronique de banlieue : une Rom vole la carte bleue d’une bâchée hystérique

Il y a parfois comme une justice, un vent réjouissant qui souffle au moment où l’on s’y attend le moins. Et pourtant, vous allez juger, l’événement ne mérite pas une dissertation. Mais, après quelque 30 années de cohabitation forcée avec nos malchances à deux pattes, moi qui étais la bonté même, je suis devenue mauvaise, mais alors mauvaise… au point de relever tous les petits riens du quotidien qui touchent nos hôtes indésirables et de me réjouir de leur malheur. Et je n’ai même pas honte.

L’autre soir donc, devant une fois de plus aller m’approvisionner chez Carrefour, je remarque à l’entrée du centre commercial une femme, la trentaine, vêtue de haillons – la tenue préférée des Roms, ceux qui trouvent champêtre de vivre le long du périphérique ou sous les ponts autoroutiers. Une cibiche au coin des lèvres, l’air de ne pas y paraître, elle semblait attendre quelqu’un, ce qui m’étonna car d’habitude (on parle bien d’habitude), ce genre de bonne femme vous accoste avec un air de mater dolorosa pour vous réclamer une pièce ou autre. En banlieue, elles nous font rarement le coup de la pétition, plutôt réservé aux touristes à Paris. Je vais donc faire mes courses et en sortant du centre, voilà que j’entends des cris d’orfraie effrayants, venant du parking, des « ils lui ont volé sa carte bleue » ! Sur tous les tons. A l’entrée du parking, je vois trois policiers entourant une vieille bâchée glapissante, proche de la syncope, escortée de ses filles torchonnées, elles aussi dans tous leurs états. La vieille, les bras levés vers son dieu, pleurait tant qu’elle pouvait, tandis que ses filles tentaient entre deux spasmes de raconter aux policiers ce qui leur était arrivé. Vraiment, on aurait pu croire qu’elles venaient de se faire planter un couteau dans la carotide façon mouton de l’aïd mais non, c’était beaucoup plus banal que ça : on avait piqué à la vieille sa carte bleue.

Mais le récit du drame étant visiblement décousu, les flics durent d’abord tenter de calmer les protagonistes. En vain. Elles en étaient déjà à la phase « hystérie ». Manquait plus que les youyous.

Ce que je parvins à saisir de la description de la voleuse m’indiqua sans aucun doute qu’il s’agissait de ma Rom du début. Bah… Le genre de fait divers qui se produit régulièrement dans ce centre commercial, où les Roms débarquent en famille, envoyant les gosses repérer les clients aux caisses de Carrefour qui payent en CB : dans le meilleur des cas ils se contentent ensuite de les suivre dans le parking pour les dépouiller de leur sac à main, au pire ils ont mémorisé leur code et là c’est bingo. C’est arrivé à un proche il y a quelques années. Parfois, pour varier les plaisirs, si vous allez ranger votre Caddie sans refermer votre coffre à clé, zou, ils se servent. C’est ainsi qu’une autre connaissance s’est fait voler toutes ses courses de Noël une année.

Vivre en banlieue rend aussi méfiante et attentive, par la force des choses car il faut être prise pour être apprise. C’est ainsi que l’an dernier, alors que je voulais ranger mon chariot, je constate que la pièce d’un euro qu’on y introduit avait disparu. Voyant ma surprise, un employé du centre m’avait expliqué d’un air blasé qu’on me l’avait certainement volée dans le magasin, qu’il suffisait qu’on abandonne son chariot quelques secondes pour être repérée par un Rom qui, alors, récupérait la pièce discrètement avec, justement, la petite chaîne qui permet d’imbriquer les Caddie les uns dans les autres. Ingénieux, non ? Alors évidemment, ce n’est pas la pièce d’un euro perdue qui m’attriste mais le fait que moi, Gauloise de souche, je n’aie jamais conçu, envisagé, pensé à faire ce genre de chose. Comme de mendier avec un animal ou un nouveau-né sur les genoux, complètement drogué, pour amadouer le chaland, c’est pas dans ma culture ! Ou aussi le coup de l’anneau doré qu’une Rom trouve par terre à vos pieds et qu’elle tente de vous revendre pour une pièce ! Ca non plus, je n’y aurais jamais pensé. Mais il y a tant de choses que nous, Français, ne concevons pas, à cause de notre cerveau désespérément structuré et éduqué. Nous qui sommes issus d’une civilisation qui a engendré des Vivaldi, des Bach, des Brassens, nous qui avons grandi avec la valse et le tango et à qui on a infligé ensuite le rap et les tams-tams, en nous persuadant que c’est cela, la vraie culture, et qu’heureusement que les afro-maghrébins sont là pour nous civiliser :

http://www.chire.fr/A-122876-la-violence-des-jeunes-et-le-cerveau-reptilien.aspx

A bientôt pour une nouvelle chronique banlieusarde…

Alice Lam