Chronique d’une journée dans un hôpital du 9-3…

Publié le 25 septembre 2013 - par - 3 587 vues
Share

Amenée ce dimanche à me rendre en urgence dans certain hôpital de Saint-Denis, dans le tristement célèbre 9-3 dont on nous dit qu’il n’est pas du tout  à l’image que les médias en donnent – ce que je ne demande qu’à croire, preuves à l’appui –  j’ai senti une fois de plus la révolte doublée d’une infinie tristesse me monter à la gorge.

Un être humain en vaut un autre.  Ce n’est certes pas moi –  qui ai, par le passé,  apporté ma pierre à l’édifice humanitaire –  qui vous dirai le contraire.  Mais aujourd’hui, dans cette France des grandes villes et de leurs banlieues,  j’avoue ne plus me sentir du tout chez moi.

En ce début d’après-midi, nous parcourons en voiture les rues de Saint-Denis. Partout sur les trottoirs, des Nord-Africains et Subsahariens.  C’est la traversée d’un autre monde qui n’est pas celui dans lequel je suis née,  ni celui dans lequel j’ai grandi, ni celui dans lequel j’ai été éduquée, ni celui dans lequel j’ai construit ma vie.  C’est « ailleurs ».  Un ailleurs marqué par des tenues vestimentaires souvent exotiquement incorrectes sous le ciel  maussade et capricieux d’Ile-de-France. Un ailleurs où le foulard, le voile et parfois le qami,  sont rois.

A l’hôpital, où l’on ne se rend jamais par plaisir,  que dire devant ces  respectables maghrébines circulant dans les couloirs en sarouel et babouches, le foulard dûment vissé sur la tête ?

Commence la batterie d’examens de routine, avec  la préposée aux prélèvements sanguins. Surprise : elle porte une moitié de foulard à impression florale qui semble signifier qu’elle est des leurs – musulmane, de l’oumma si vous préférez  – mais que sa hiérarchie l’a gentiment priée  de le dire avec des fleurs à ceux qui n’en ont strictement rien à battre de savoir qu’Allah est son dieu et Mahomet, son prophète.

Je me sens violée par cet affichage d’une appartenance religieuse dont je suis pour ma part convaincue qu’elle ne doit relever que du domaine de l’intime.

Je me sens violée dans mes convictions, dépossédée de ma culture. Car celle de l’Autre s’affiche là où la mienne ne fait qu’exister.

Et pour finir, venant de la chambre d’à côté dont la porte est restée ouverte, les glapissements téléphoniques gutturaux,  maghrébo-français, d’un bonhomme qui raconte sa vie en long, en large et en travers, sans souci du dérangement qu’il occasionne à son voisin, si mal en point, de la chambre mitoyenne : mon mari.  Mon mari qui n’a besoin que de calme et de soins.

Je me lève, je me dirige vers la porte ouverte de l’indélicat et je le vois, ce malotru, allongé sur son lit, le portable vissé à l’oreille, débitant son histoire arabo-française à un niveau de décibels tout simplement insupportable. Je ferme sa porte et retourne là d’où je viens.

Voilà qu’il apparaît dans l’embrasure de notre porte et que ce Pavarotti  de misère m’interpelle : « Vous avez un problème, Madame ? ».  Je lui réponds que non, je n’en ai plus depuis que j’ai fermé sa porte.  Son ton ? Agressif, méprisant,  voire menaçant.

« Vous n’aviez qu’à me le demander et je l’aurais fermée moi-même ».

Sans blague ? Pourquoi n’y as-tu pas pensé avant ? Pourquoi tant de sans-gêne ? Je me refuse à croire que la réponse est dans les gènes.  Elle est plutôt culturelle. Et c’est là que le bât blesse.  Cette culture n’est pas la nôtre et nous sommes de culture française. Il semblerait que cela n’ait pas été bien compris, ni de lui, ni de l’enfoulardée des Floralies  préposée au pompage du sang des infidèles – au demeurant très aimable.

Mon mari ne cesse de me dire qu’à force de la ramener, je vais finir par me prendre un pain et que je me retrouverai, dans le meilleur des cas,  sur un lit d’hôpital.

Que ce soit bien clair : je n’ai pas peur de dire ce que j’ai à dire à qui j’ai à le dire.  Je souhaiterais que nous soyons des millions à faire de même.  Plus nous serons nombreux à parler tous ensemble et d’une seule voix, plus nous serons respectés de ceux qui nous ignorent en nous imposant leurs us, coutumes et valeurs,  et plus nous seront craints des pleutres qui nous gouvernent.

Eve Sauvagère

 

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.