Chronique versaillaise : ma chère cousine, un batard royal serait en gestation…

hollandelouis14Ma bien chère cousine et parfaite confidente,

L’approche des tumultes urbains et campagnards pour la nomination des échevins ajoute, en ces temps étranges, de la nervosité à l’impatience, de la jérémiade à la complainte et, par une canaillerie du climat, de la semence royale aux épandages amoureux des secrétaires, ministres, princes déchus et petites vermines portant des noms célèbres.

Versailles est, en cette saison étonnamment douce, un édredon sous lequel s’encoquine à volo le personnel d’État, mais que voulez-vous, il devient ces jours-ci difficile pour le monarque de s’ériger en moraliste dès lors qu’on le surprit aux petites heures, en chemise et babouches turques, bizarrement coiffé d’un casque de uhlan, sortant d’une alcôve louée près du Palais pour une puce de tréteaux dont le ravissant nom, Julie, est désormais devenu le sec article « LA ».

La Gayet donc, ainsi sera-t-elle à jamais « habillée pour l’hiver », comme le dit avec sa coutumière fantaisie notre cher, grand et redoutable Bossuet. À ce propos, une anecdote que je vous somme de conserver dans le secret absolu de nos échanges : un médecin de Sa Majesté quelque peu inquiet de voir son patient à ce point doté du pouvoir d’aimer, m’a confié qu’au-delà de quatre heures d’érection, l’amant en profond dérèglement de ses sens peut éprouver de la cervelle à l’organe toute une série de troubles, pouvant aller jusqu’au trépas ! Seigneur, nous brûlerons des cierges pour que le seuil fatidique reste inaccessible au Soleil qui nous éclaire.

La Gayet. Et la Fourest. Vous savez, c’est cette personne également dotée de quelques appâts repérables sans lunette de marine, oui, je vois que cela vous revient. L’amie de l’Egyptien Ramadan, rappelez-vous, il rode dans les couloirs des gazettes, approche de temps à autre l’un quelconque de nos chroniqueurs, se plait à nous susurrer à l’oreille le chant si particulier de la gazelle en liberté dans les palmeraies. Il fut autrefois d’accord pour que l’on cessât de lapider les femmes adultères, le temps de reconstituer les petits tas de cailloux calibrés pour l’exercice. Inquiétant personnage que notre Fourest pratique à sa manière de demoiselle de Saint-Cyr ré-aménagée par une modéliste saphique. Le grenouillage mahométan qui agite nos faubourgs fait resurgir ces deux-là comme Avril, les asperges. Parle-t-on en sus de ces harpies ukrainiennes dévastant nos églises à l’heure de la messe, et cette Fourest décidément bien trop tolérée par le Roi (serait-elle par lui encouragée ?) se pose en avocate de leur cause. C’est à se demander si elle n’éprouve pas quelque frustration à devoir supporter une naissance banalement bourgeoise dans le royaume, quand d’autres, venus oublier la misère du Nil ou de la Volga, nous amènent des parfums d’aventure jusque là inconnus de nos narines.

Versailles, ma chère. Les intrigantes y reviennent comme au temps des Valois. Et voici que l’on me donne une nouvelle qui vous fera frémir d’impatience : figurez-vous qu’un bâtard royal serait en gestation. Chez qui ? Grand mystère puisque l’Alsacienne en disgrâce, conduite à l’hospice pour impressions de vertige, déraison subite et propos incohérents, a depuis longtemps passé l’âge de l’enfantement. Nous n’avons pas fini de scruter les tours de taille sous les falbalas et les velours ! Je vous dirai, bien sûr, qui porte en ce moment la Suprême Énergie, et les fluides vitaux accumulés dans la seule personne du souverain. Mais à l’heure qu’il est, qu’importent le murmure du peuple et les émois du vulgaire. Nous traversons l’éther aux altitudes des grues en migration. Nous sommes ailleurs, ma chère, dans le sillage de l’insolite, du rare et de l’indicible. Et des chimères bâties par des savants fous nous montrent les caps incréés où se perdront tant et tant de navires.

Votre fidèle et dévouée,
de Rabutin-Chantal, à la fin du mois de Janvier.

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