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Cinéma : « Parasite » de Bong Joon-ho, Palme d’or 2019

Dimanche après-midi de juin. Pluie. Thermomètre coincé autour de 15°.
Alors cinéma.
Parasite de Bong Joon-ho, Palme d’or du dernier festival de Cannes.

Dans la Corée du Sud d’aujourd’hui, Ki-woo, grâce à un ami, a l’opportunité de donner des cours d’anglais à la fille d’un riche industriel du smartphone.

La famille de Ki-woo survit de petites arnaques et de combines minables. Elle voit dans le travail du fils la possibilité de s’incruster dans un univers du haut de la pyramide. Mais ce qui démarre comme un stratagème rémunérateur et presque innocent va sérieusement dégénérer. Il y a « une ligne » dit le père de la famille riche, une ligne que les pauvres ne doivent pas franchir. Mais ceux-ci violent cette frontière à l’aide de faux papiers et de CV affabulés.

Le film a une très très bonne critique.
« film brillant, captivant et très contemporain » (Les Inrocks)
« Parasite est tellement bien troussé qu’on a envie d’y retourner illico » (20 Minutes)

http://www.allocine.fr/film/fichefilm-255238/critiques/presse/#pressreview40071500

Deux heures et demie plus tard, je sors de la salle en me disant que Parasite est un objet cinématographique assez quelconque : le mélange des genres procurant l’impression d’avoir navigué sur une mer chaotique (burlesque, dramatique, comédie, thriller…), les portes ouvertes enfoncées avec une vigueur théâtrale n’amenant à aucune surprise, quelques rires arrachés aux forceps.

Qu’a voulu montrer Bong Joon-ho ?

Que les pauvres puent et logent dans des sous-sols et les riches dans d’immenses maisons d’architecte sur les hauteurs de la ville. Que les pauvres se battent entre eux pour survivre sous les yeux des riches qui ne les voient pas. Que les pauvres sont au chômage et vivent de petites arnaques, et les riches cool grâce à leurs réseaux. Que les pauvres sont sans pitié et les riches sentimentaux envers eux-mêmes. Que les pauvres se cachent sous la table du salon pendant que les riches baisent sur le canapé design du même salon. Que les pauvres bouffent mal et les riches sont de fins gourmets. Que les pauvres sont des cafards qui rampent sur les moquettes des riches, des blattes qui se camouflent dans tous les recoins sombres de la société, des parasites et les riches des êtres beaux, lumineux et naïfs.
Une représentation banale et caricaturale des différences sociales.

« C’est tellement métaphorique », dit le fils comme si Bong Joon-ho voulait se persuader qu’il filme une œuvre grandiose. Faux. Le film est plutôt dans la démonstration forcée, le trait appuyé, l’image explicative.
Une pluie diluvienne et voilà la théorie économique du ruissellement qui gonfle les égouts et submerge l’appartement des pauvres. Un tableau peint par le gamin des riches et voilà l’art moderne résumé à ce qu’il est : un travail de singe. Les turbulences mentales du môme artiste décortiquées par une fausse psy et voilà les mensonges de l’analyse à l’air libre.

Dans la maison, grand vaisseau froid, une entrée noire se découpe sur un pan de mur mordoré, c’est l’entrée vers le garage et au-delà vers un monde souterrain (un abri antiatomique en cas de guerre contre le frère ennemi du Nord, abri ignoré des actuels propriétaires). Au bout du terrier bétonné survivent d’autres parasites.
Ceux-ci sont reconnaissants au maître des lieux de les laisser vivre – sans qu’il le sache – à ses crochets. Ils le remercient par des messages en morse – une lampe du salon clignote et diffuse le message que nul ne lit (sauf à la fin).

Contrairement à ce que prétendent les critiques, Parasite est d’une simplicité gênante, loin de la finesse de The Square de Ruben Östlund (Palme d’or 2017) et d’Une affaire de famille d’Hirokazu Kore-eda (Palme d’or 2018).
Le film donne une vision lourdingue et surjouée des différences sociales et spatiales. La fable se termine dans le sang – les riches ne sont pas si protégés qu’ils le pensent – mais la scène est plus granguignolesque que dramatique.
Ensuite le film peine à parvenir au générique final.

Que devons-nous comprendre de ces rallonges interminables ? Que chacun doit demeurer à sa place comme une pierre dans le lit de la rivière ? Que les pauvres restent aux aguets dans les souterrains du monde des riches et attendent leur heure (qui ne viendra jamais) ?

Une seule similitude entre les deux univers : pauvres et riches sont aussi accros les uns que les autres au smartphone made in Korea.

Marcus Graven