Claude Guéant a pris des gants pour parler immigration… mais ses gants étaient troués !

Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, a déclaré, le 17 mars 2011, sur Europe 1, que «les Français, à force d’immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux».
Le problème n’est pas ici de verser dans l’indignation d’usage, mais de réfléchir à ce qui a été dit.
On remarquera tout de suite l’emploi de la locution prépositive «à force de», qui, d’entrée de jeu, cautionne l’«immigration incontrôlée», cette dernière devenant acceptable dès lors qu’elle n’est pas trop importante : le légal est soumis au quantitatif, car il ne faut surtout pas montrer l’immigration du doigt ! Le mot «immigration» ne peut d’ailleurs être utilisé dans un sens critique qu’affublé de l’épithète «incontrôlée», qui, à elle seule, sauve le locuteur de tout jugement défavorable : l’immigration est un bien ; l’immigration «incontrôlée» est un mal, mais uniquement «par excès» !
De même, on appréciera le recours à l’adverbe «parfois», qui adoucit le sens de la déclaration, le tout sur fond de «sentiment», c’est-à-dire de «subjectivité», ce qui éloigne d’autant la possibilité d’avoir «raison» en ce domaine : si les Français venaient à dénoncer l’immigration, ils ne pourraient qu’avoir tort !
Le ministre a donc pris des gants pour parler d’un type d’immigration qui, «à certains moments», provoque chez les Français la «sensation» de n’être plus «en France».
Mais il n’a pas remarqué que ses gants étaient troués ! Car ce que l’on retient de la déclaration de Claude Guéant, c’est que les Français sont devenus hostiles à l’immigration, parce que «trop, c’est trop» ! Les euphémismes politiques ont donc des limites. La preuve en est que les Français n’ont pas le «sentiment» de voir des pratiques étrangères s’imposer à eux : ils les constatent !
Que les Français disent ne pas vouloir de ces pratiques est une première évidence : cela se dit aussi, à gauche comme à droite, mais sous le manteau !
Que ces pratiques soient le fait de l’islam en est une seconde : quelles autres pratiques qui ne correspondraient point aux règles de vie sociale des Français et qui, cependant, s’imposeraient aux Français, hormis celles qui concernent le port du voile, les tenues islamisantes, la nourriture halal, l’Aïd, le ramadan, la séparation des sexes, les fatwas, etc… ?
Que le ministre de l’Intérieur ait tu cette seconde évidence en est une troisième : il est dans l’air du temps de ne pas stigmatiser la population musulmane !
Qu’il n’ait point mesuré les conséquences de l’affirmation selon laquelle «nos compatriotes veulent choisir leur mode de vie, ils ne veulent pas qu’on leur impose un mode de vie», en est une quatrième, car les Français musulmans sont nos «compatriotes», sauf à prétendre qu’un musulman ne peut pas être «français» ! En conséquence, il n’y a rien à objecter au fait que «nos compatriotes musulmans» veuillent choisir leur mode de vie, quitte à ce que ce mode de vie récuse le nôtre !
Claude Guéant est donc piégé par le politiquement correct – dont les pressions sont telles qu’elles conduisent le débat sur l’islam à n’être qu’une avancée supplémentaire de l’islam au sein de la République, monsieur Guéant ayant d’ores et déjà précisé que les décisions gouvernementales qui suivront ce débat «permettront aux musulmans de vivre leur religion de façon plus apaisée», ce qui, de vous à moi, est une étrange façon de concevoir le débat démocratique !
Et pourtant, malgré cet islamiquement correct, notre ministre n’a pas manqué de déclencher les foudres de la bienpensance, comme s’il en avait appelé à la violence directe contre les immigrés en situation irrégulière, ou, pire, contre ceux qui, parmi les immigrés en situation régulière, ne respectent pas les lois de la République !
Mais de quelles foudres monsieur Guéant aurait-il été l’objet s’il avait eu le courage de reconnaître que le terrain d’entente avec la communauté musulmane s’amenuise au prorata d’une immigration musulmane toujours plus forte ? Que lui serait-il arrivé s’il avait mis en garde la communauté musulmane contre le non-respect de la laïcité ? Que ce serait-il passé s’il avait affirmé, à l’instar de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, l’incompatibilité des valeurs de la Charia avec celles de la Convention des Droits de l’Homme ?
Ni monsieur Guéant, ni l’UMP, ni le PS, ni les inconditionnels de la «différence» n’échapperont longtemps encore à ces questions, car la République fait eau de toutes parts ! Et ce n’est pas en lançant «l’Union des Français musulmans» que l’on favorisera l’union républicaine, car on n’a jamais vu qu’on évite un naufrage en multipliant les voies d’eau !
Maurice Vidal

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