Clermont-Ferrand : comment survivre quand on est SDF français ?


Clermont-Ferrand est une vieille dame paisible, discrète et presque sans histoires. Elle le fut jusqu’à un certain temps. Mais que s’est-il donc passé pour qu’elle franchisse le mur, celui du non-retour ? Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit ! Rixes à dix contre un, coups de couteaux, agression pour le refus d’une cigarette, voire un coup d’épaule ou un mauvais regard, insultes parce que vous respectez la limitation de vitesse, et j’en passe. S’il n’y avait que Clermont-Ferrand ! Mais sommes-nous tout de même à Clermont-Ferrand, terre des Gaules ? Ne nous promenons pas dans les bois, fort ressourçants au demeurant, mais place de Jaude. Sommes-nous à Clermont-Ferrand ?
Je n’accuse personne, mais je me sens en minorité absolue. Les tenues vestimentaires islamiques se veulent discrètes, et je n’ai jamais vu une burqa de toute ma vie. Le problème est ailleurs. Bien sûr, il y a les immigrés qui occupent les hôtels et les centres d’hébergement. La guerre des gangs commence à faire rage. Les jeunes en veulent aux « grands frères », ils réclament leur territoire, sur fond de trafic de drogue, notamment. Les coups de feu se multiplient dans les quartiers Nord. Pompiers et policiers se font agresser au moindre feu de poubelles, prétexte à toute révolte ou revanche infondée. Ailleurs, les rues ont été renommées. On peut faire ses courses le matin, mais à partir de quatorze heures, vous avez la milice du quartier qui vous refuse tout accès. La racaille exige la justice pour les injustices causées par la police. Mais savent-ils seulement ce qu’est la justice ou le respect ?
Je m’efforce de ne pas me laisser impressionner. Si on montre que l’on a peur, on est fichu. Je n’aime pas le conflit ni la violence. Mais si je dois me battre, c’est pour me défendre. Mes grands-parents se sont battus contre la Gestapo et les SS. Aujourd’hui, ces messieurs-dames d’outre-Rhin sont totalement vulnérables, pour ne pas dire morts, bel et bien. Ce qui ne veut nullement dire que tout danger est écarté. Car d’autres menaces sont sorties de l’ombre !
On semble nier ou minimiser les agressions contre la chrétienté. En 2009, on a découvert, inscrit en lettres rouge sang sur un mur de la cathédrale « mort aux crétiens » (sans le « h »). Mort aux crétins ? Dans la foulée, l’église Saint-Joseph a été incendiée. Il semblerait que la presse n’en ait rien relaté. Les gens parlaient d’un banal incendie. Plus récemment, l’église Notre-Dame-du-Port laissait échapper de la fumée. La presse a parlé de la chaudière à mazout qui avait un dysfonctionnement. Bien sûr, il ne faut pas voir le mal partout ni penser au complot. Mais à la fin, on devient paranoïaque !! Quoi qu’il en soit, j’ai appris à être particulièrement prudent. En effet, il vaut mieux prévenir que guérir !! En tant que SDF, je suis un loup solitaire. Bien que seul et démuni, j’ai toujours désiré conserver intacte une certaine hygiène de vie. La qualité, pas la quantité ! J’évitais les autres groupes et je n’ai jamais fait la manche. Il m’est souvent arrivé de ne pas grailler ni boire pendant cinq jours. Bonjour l’état, aussi bien physique que psychique !
Pour le reste, je faisais en sorte de ne pas m’alcooliser outre mesure. Autrement, cela aurait pu être la porte ouverte à toutes les dérives. Maintes fois, j’ai songé au suicide. N’ayant pas le courage de sauter au viaduc de Saint-Jacques, j’ai songé à m’en prendre aux militaires ou aux policiers qui sillonnent la ville. Cela aurait pu être très facile de leur dire, durant l’été dernier, tandis que les températures avoisinaient les quarante degrés et que je portais mon blouson de cuir, que j’avais une ceinture d’explosifs. Mais je n’ai jamais eu le moindre problème avec la police. Seulement avec la pègre !
Je suis réfractaire à fréquenter la maraude, les Restos du Cœur ou encore le Secours Populaire. Dans ces lieux-ci, je me sens tellement en minorité ! Les gens qui viennent là vous toisent, vous bousculent, et on sent bien qu’il y a une sorte de mépris, d’aversion. J’ai fait alors montre de maîtrise de soi, car je pense que j’aurais pu faire un scandale, or je regardais mes propres intérêts de survie ! Alors, vous l’avez compris, je préfère éviter ces lieux et m’abstenir. En outre, certains bénévoles sont outrés ou dépassés. Des gens viennent pleurer et quémander alors qu’ils roulent dans des autos à 50 000 €, sinon plus. Enfin, au Secours catholique, on y voit beaucoup de musulmans. Et moi, si j’allais faire un petit tour au Secours islamique, question de voir si l’on me reçoit correctement et que l’on me fait cadeau d’un colis (sans piège) ?
Cordialement…
Franck Courais

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33 Commentaires

  1. Dans vos contributions sans concession et sans excès, transpire, cher Franck COURAIS le vécu authentique,, en temps réel, brut de décoffrage, dans un narratif explicitant la règle impitoyable de survie ou de mort. Marche ou crève, telle est la loi d’ airain de la rue… encore plus inhospitalière du fait des hordes barbares se conduisant comme en terrain conquis.
    Malgré tout, vous faites tout ce qui est en votre pouvoir pour nous informer régulièrement des dures réalités du terrain pour les FDS SFF.
    Tenez bon et sortez-vous vite de ce traquenard sans autre horizon que le malheur.

    • Merci beaucoup !! Je suis en train de faire en sorte de ne plus renouer avec ces affres…

  2. les sdf devraient prendre une nationalité afghane ou haitienne, ils seraient alors chouchoutés

    • mieux que cela , un coup de couteau ou voler une bagnole et foncer dans le tas dans la rue puis > direction la taule < ….nourri logé une conversion a l’islam 5 ans de prison & 4 ans de remise de peine et allah !!! sortie rebelote elle est pas belle la vie hein ? .

    • La faute aux Européens qui acceptent de donner le gît et tout le reste sans contrepartie aux immigrés afro-maghrébins et arabes et laissent mourir dans la misère la plus totale ses propres frères sans remords.

  3. Franck, j’ai un ami dans la même situation que vous. L alcoolisme, il faut l’ecrire ici, est diabolique, prend les vies, fait chuter. Lui, il fréquente beaucoup les églises, les pères Carmes dans notre ville. Chacun trouve ses techniques de survie. L’apparence des uns et des autres, quelle qu’elle soit, ne signifie pas tout de l’individu Conseil : Regardez ktotv sur Internet… Écoutez RCF bonne journée à vous !

    • Je ne me considère pas comme un addict à l’alcool, puisque je ne bois que pour mon bon plaisir. En outre, il peut m’arriver de ne rien écluser pendant une semaine entière. Le vin rouge accompagne agréablement la plupart de mes repas. Concernant Dieu, Sa Parole de Vérité m’accompagne depuis ma plus tendre enfance. Si je lisais « Le Club des Cinq », j’appréciais les nombreux récits bibliques…

  4. Il n’y a pas de mécanisme pour un équivalent de messages privés ici, mais je peux donner un mail au besoin si ça vous intéresse. J’habite rue Bonnabaud (Jaude), sait-on jamais, « si un soir »…
    Pour un café ou un thé, ou de la bouffe, ne pouvant guère faire mieux. Dites moi si vous voulez mon mail.

    • Bonjour !!, Vincent. Une personne aussi voulait bien volontiers communiquer. Mais je pense qu’il s’avère plus judicieux de ne pas transmettre un numéro de téléphone ou une adresse électronique. Merci tout-de-même, une telle rencontre aurait été un plaisir, oui-da…

  5. pas besoin d’être SDF pour être dans la peine quand on est souchien…
    vous êtes jeune handicapé (suite accident du travail) issu de l’assistance publique , vous appelez au secours une assistante sociale. suite à votre handicap définitif…
    rien, sinon cette ritournelle reproduite comme si elle ne prenait aucune note.
    « mais enfin vous avez bien de la famille ? » non madame…assistance publique
    « oui mais vous avez bien de la famille éloignée » ? NON MADAME
    il s’est débrouillé seul , il ne l’a jamais revue. (un homme seul est moins émouvant qu’une africaine sans papiers avec des enfants)
    heureusement la commune a géré l’extrème urgence , et le département est venu faire un état des lieux….

    • Voilà une autre réalité des choses, particulièrement funeste et fort injuste !!

  6. Monsieur, bonjour,
    Outre l’intérêt de votre témoignage, je souligne comme d’autres l’ont fait ici avant moi la qualité de votre écriture ! Il me semble qu’avec votre plume vous pourriez rendre d’appréciables services dans certaines associations. Dans un premier temps, il ne s’agirait pas d’être rémunéré mais de rejoindre un ‘réseau’, donc rompre avec la solitude, accéder à un nouveau statut et par le jeu des relations retrouver un logement.
    Il fut un temps où les curés faisaient du porte à porte à la recherche de logements. Mes parents ont ainsi hébergé des familles dans des logis plus que sommaires mais à l’abri du froid, en attendant mieux. Ce type d’associations, en dehors de celles que vous citez, doit exister à Clermont-Ferrand. Je vous verrais bien écrivain public !

    • J’ai déjà rendu des services en tant qu’écrivain-public, vous avez vu juste. Pour le reste, l’argent n’est point mon moteur, et ne le sera jamais, d’ailleurs…

  7. Comme déjà dit, par deux fois, vous êtes sur le chemin de la Rédemption !
    Grâce à l’accueil de RL, vous sortez de l’Enfer pour entrer au Purgatoire.
    Le Paradis vous est promis si vous sortez de votre isolement.
    Entrez dans une Assos et sa feuille de chou. Relations, solidarité, coloc ?
    L’Avenir est au bout de ce long chemin !

  8. Monsieur Courais, je ne vous juge pas. Un simple constat : à la lecture de votre premier article j’ai été étonnée de lire que vous aviez quitté votre premier emploi, puis le second, alors que, dans les 2 cas, selon votre propre aveu, « tout marchait bien »… Vous avez lâché la proie pour l’ombre et ça ne pardonne pas. Combien, sommes-nous, durant notre carrière à avoir voulu tout envoyer balader parce que nous en avions marre de la hiérarchie, ou autre chose. Mais on tient bon car on n’a pas le choix. Sinon c’est la rue. Vous avez besoin d’aide. Vous pouvez trouvez, gratuitement, des centres qui apportent une aide psychologique. Un sevrage à l’alcool est nécessaire pour trouver un emploi. Je vous ai parlé du secteur de la restauration parce que c’est « Créatif » et je pense que vous souffrez

    • Seulement, dans cette société, on vit pour travailler et on ne travaille pas pour vivre. Les richesses vont toujours dans les mêmes poches. On n’est quand même pas obligé de prendre le premier boulot qui vient, surtout s’il ne nous plaît pas. Personnellement, j’ai une toute autre notion de la vie, plus conforme aux Écritures….

    • En gendarmerie, les choses ne se sont pas passées comme je l’escompais. J’ai gardé des contacts, et non des moindres… Il m’est même arrivé que lorsque les choses se passaient mal, la police me venait en aide. Aux jours d’aujourd’hui, je ne me hasarderais pas à…

  9. (suite) et je pense que vous souffrez de n’avoir pu exprimer votre créativité. Vous possédez un talent, celui de l’écriture. En retrouvant une normalité, comme le suggère Tilde, vous pourriez trouver un emploi, en proposant vos services à un journal. Plusieurs pistes sont à envisager. Seul le travail vous sauvera des mauvaises rencontres, de la précarité, de la faim. Ne vous isolez pas. Prenez soin de vous, vous le méritez. Continuez à nous écrire. Nous sommes solidaires avec vous. Courage !

    • Beaucoup de remerciements !! Lorsque j’aurais dégoté un bercail, les choses s’imbriqueront d’elles-mêmes et normalement les unes dans les autres. Vous aussi, prenez le plus grand soin de vous !!!

  10. Je suis curieuse de savoir si le Secours Catholique vous apporte l’aide dont vous avez besoin. En attendant courage car comme on dit la roue tourne. J’espère que bientôt vous recevrez les secours qui vous aideront à reprendre pieds. Si vous habitez Lyon je vous signale « Le Foyer » Notre-Dame des Sans Abris.

    • Je ne vais jamais au Secours-Catholique, au Secours-Populaire, aux Restos-du-Cœur ou encore à l’accueil-de-Jour. Je me débrouille totalement seul. Quant à mes démarches, elles sont lentes. La liste d’attente est longue. Non, je ne suis pas sur Lyon, mais à Clermont-Ferrand…

      • Dommage ! Certaines associations s’occupent avec un certain succès des personnes qui veulent s’en sortir : logement et emploi. Essayez quand même le secours catholique concernant le logement et les assistantes sociales. Bonne chance !

        • Je sais, j’en connais quelques-unes, mais c’est un sacré foutoir tout-de-même. Merci à vous…

        • Autrefois, le Secours-Catholique proposait des logements temporaires. Ils ne le font plus. Je suis d’autres pistes. J’ai écumé Clermont-Ferrand, mais force est de constater, et de déplorer, que ces forces vives se concentrent sur d’autres communautés. Je ne juge pas, au demeurant. Ce que je n’aime pas par-dessus tout, c’est d’être mis sur-la-touche dans mon propre pays. Je suis mû par la notion de Bien ou de mal, voilà tout. Mais je ne suis pas un saint, et encore bien moins le messie…

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