Cochon qui s’en dédit

Dans le cochon, tout est bon. Du groin au tire-bouchon, tout fait ventre pour les peuples élevés au biberon rabelaisien, empli non pas de nectar et d’ambroisie mais d’hydromel, de cervoise, de vin, de gnôles alambiquées et d’un mauvais goût très sûr.

Si nous avons perdu notre appétence pour la hure de sanglier ou la vulve de truie farcie, la tambouille touillée aux crémaillères fleure toujours bon à nos narines : un banquet gaulois, un fumet du passé, une humeur du lointain… Le sanglier rôti, le cochon de lait braisé, la laie embrochée, le chanteur bâillonné, le paillard qui afflige, la blague qui fait rire, les calembours-bons, les tables à rallonges, les nappes blanc d’azur, les amis réunis, la famille rassemblée, les cousines butinées… les mariages sous tonnelles, les enterrements joyeux, l’amidon de l’habit du dimanche, la jolie bonne amidonnée au grenier… Le fleuret moucheté, les polémiques qui enflamment, la politique qui divise, l’esclandre qui déchire… Peppone et don Camillo finissant par s’embrasser en accolades d’ivrognes.

Le cochon, ça nous rassemble car ça nous ressemble
Si élevage et pâturage sont les deux mamelles de la France, la queue du cochon est sa colonne vertébrale. Un peu ridicule, elle fait mine de pointer vers le ciel mais jamais ne l’atteint. Si cette spirale n’est pas une ligne droite, elle maintient toutefois dressée la toile du barnum. Elle est plus à son aise dans un trivial assez gras, un convivial plutôt lourd, bien terre-à-terre, faite pour des corps-à-corps, des relations bien simples, des verres de contact en coude-à-coude qui libèrent les paroles et élèvent les esprits en excès avinés pour mieux les faire retomber dans une somnolence de sieste. Les sphères célestes du sacré sacrificiel sont plutôt réservées au poisson et à l’agneau, animaux symboliques voués aux déférences.
On peut en rigoler mais la cochonnaille, ça nous parle aux entrailles. Petite cochonne et gros cochon sont-ils des défauts ou bien des qualités pour des jeux bucoliques sur des souches moussues, sous des saules pleureurs, dans les blés ondoyants, dans la paille des granges ? Être traité de porc est moins valorisant. Un porc chez le boucher n’est rien qu’un cochon mort où plus aucune vie ne pétille, ne vibre, ne palpite… où plus rien ne pulse, ne se gonfle ni se dresse. C’est l’insulte du ressentiment des femmes non comblées qui peuvent pardonner le vice mais jamais le raté.

Il convient maintenant de dénoncer une injustice cuisante. Malgré tous ces services rendus à une humanité un brin néolithique, cette pauvre bête n’est plus en odeur de sainteté. On la balance ! On l’ostracise ! On la voue aux gémonies ! Le bannissement est proche ! N’est-elle faite que de cochonneries ? Est-elle trop impure, sentant trop le purin ? Il est vrai qu’il lui est plaisant de se rouler dans sa bauge. C’est là un bien petit défaut. Nos propres effluves ne nous sont-elles pas délectables ? Notre fier coq ne chante-t-il pas campé dans le fumier ? Il fallait être gaulois pour choisir ces deux animaux pour emblèmes. On est loin de la noblesse de l’aigle romain !

Qui sont ceux qui le méprisent ?
Comme on fabrique des cocottes en papier en un origami importé, on se concocte des Français de papiers qui rechignent à la bestiole. Il est des dieux vétilleux qui se bouchent le nez devant des poissons sans écailles, des mammifères à sabots fendus, des vaches sacrées, des moutons trop étourdis, des égorgements trop à l’Ouest…
Il faut le reconnaître, les indigènes souchiens ne s’encombrent pas de ces tabous culinaires. En matière de religion, la dévoration de tout ce qui vit ici-bas nous est consubstantielle, à l’exception de l’anthropophagie qui, elle, se trouve compensée dans l’eucharistie. Un carême nous suffit en guise de purgatif, sauvés du purgatoire en sacrifiant au maigre. Quarante jours au pain et à l’eau lavent les péchés de la chair et les excès du sang.

La préservation d’une culture pourrait se résumer en mots bien simples et bien articulés, à la manière du lent chant des képis blancs : « Tiens, voilà du boudin (ter)… pour les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains… pour les Belges, y’en a plus (bis), ce sont des tireurs au cul… et surtout pas pour les Belges de Molenbeek qui pourraient mal le prendre ! Il s’agit donc de l’effacer du menu des cantines, des contes pour enfants, des soupes populaires, des affiches publicitaires, des fêtes traditionnelles… à l’instar de Gérald Darmanin qui a choisi d’annuler la fête du Boudin en sa ville de Tourcoing. L’appétit pour la soupe mérite bien quelques concessions culinairement clientélistes. En effet, ce n’est pas très aimable que de faire violence envers les minorités opprimées en leur imposant nos coutumes ostensiblement franchouillardes.
Il reste toutefois une solution pour ménager et la chèvre et le chou ainsi que toutes les susceptibilités des croyances exogènes qui poussent des grouignements effarouchés en se tordant le nez : la recherche scientifique ! Obtenir un halouf halal ou un h’azire kasher par manipulation génétique ! Le croisement de la carpe et du lapin, voilà l’avenir ! Par quel tour de magie cette nouvelle chimère transgénique pourrait-elle entrer dans le champ des interdits ancestraux ? On aurait bien du mal à dénicher des proscriptions ou des hadiths la prohibant !

Alors seulement, tous ensemble, nous pourrons affirmer fièrement : oui, le cochon est le meilleur ami de l’homme… et cochon qui s’en dédit !

Frédéric Sahut

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10 Commentaires

  1. C’était jours de fête, dans la cour de mon oncle, quand il avait tué le cochon. Maintenant on se contente de le « bouffer  » en barquettes, et encore du bout des lèvres… son ouvrier Kadda pourtant maghrébin, ce gênait pas pour manger boudin et riflard

    • Bonjour à vous, fidèle lecteur
      Si nous l’avions en tire bouchon… alors qu’elle ne fait que pendouiller. Il est temps de redresser tout cela ! A l’image d’Henri IV qui disait « Toute ma vie, j’ai cru que c’était un os »
      Bien cordialement
      Frédéric Sahut

  2. Le cochon oui. Mais les élevages d’aujourd’hui sont une honte pour cet animal intelligent . Trop d’éleveurs font n’importe quoi. Pourtant cette viande est délicieuse, la charcuterie est succulente. Les Muzzs et les Juifs ne savent pas ce qu’ils perdent.

  3. Annuler la fête du boudin ? Trop de candidates grosses otaries noires empaquetées à Tourcoing ?

  4. Au fait, qu’en est-il de la Fête du Cochon de Hayange ? Je sais que le maire FN (ex cégétiste) avait eu du mal à maintenir cette manifestation.

    • J’ai cherché sur le Net. La Fête du Cochon perdure à Hayange. Et le maire RN a été largement réélu au 1er tour.
      Seules quelques anecdotes insignifiantes ont crû pouvoir nuire à cette fête : des chanteurs de variétoche de 2ème, 3ème zone, voire plus, ne sont pas venus.Eve Angelli, Jean-Luc Lahaye et autres « stars » de maisons de retraite….
      Vive Hayange, vive sa Fête, vive le Cochon ! Si je peux j’irai cette année en septembre.

      • cette fois-ci ont aura peut-être la chance d’avoir la vieille baderne de Valéry et son piano à bretelles 🎹🎹🎼

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