Cohen-Askolovitch-Haziza-Hanouna : la curée des rabbins du Paf contre Frédéric Taddéi

Publié le 17 mars 2013 - par - 20 326 vues
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A quoi sommes-nous obligés d’assister depuis quelques jours ? Après le clash au sein de « C à vous », sur France 5, entre Patrick Cohen et Frédéric Taddeï, le 12 mars dernier, c’est Cyrille Hanouna, sur D8, de s’en prendre avec violence à l’émission de débat du vendredi de France 2, le 15 mars, et à son animateur.

Rappel des faits

Frédéric Taddeï anime sur France 2, le vendredi soir, en deuxième partie de soirée, une émission de débat en direct, « ce soir ou jamais », où il reçoit, en fonction de l’actualité, un plateau d’intervenants directement concernés et/ou apportant leur connaissance du sujet.

Cette émission qui se veut culturelle, née quotidienne en 2006 sur France 3, où elle partageait avec un certain bonheur les soirées avec le Journal du Soir, a ensuite été chahutée dans sa programmation par les différentes directions. Elle est d’abord devenue hebdomadaire en 2011, en occupant la case du mardi soir, durant 2 heures, toujours sur France 3 et toujours en deuxième partie de soirée. Puis, le 8 mars 2013, elle est passée au vendredi soir, sur la chaîne France 2, dans la case sinistrée laissée, contre son gré, par Bruce Toussaint, qui n’a pas pu résister au tsunami Arthur, sur TF1, dont le concept de divertissement a remporté tous les suffrages.

Qu’est-il passé dans la tête des directeurs pour envoyer au feu ses meilleures troupes ? Pour lancer son unité des Forces Spéciales à l’assaut de la division des Panzer de la maison d’en face ?

Ce jeu de chaises musicales aura eu pour effet de mettre sous les feux du microcosme médiatique et de tous ceux qui observent, l’animateur Taddeï, sommé de sauver le soldat Service Public.

Las, invité de C à vous, sur France 5, en début de semaine dernière, Frédéric Taddeï a eu droit en direct à une violente diatribe de Patrick Cohen, chroniqueur de l’émission et par ailleurs animateur de la tranche 7-9 sur France Inter, une station où il a eu l’occasion de croiser Taddeï.

Le reproche principal de Cohen à l’animateur de débats était de recevoir (parmi tant d’autres) Dieudonné, Alain Soral, Tariq Ramadan ou Marc-Edouard Nabe. « Des gens que vous êtes le seul à honorer à la télévision. »

http://www.dailymotion.com/video/xy5ujk_clash-entre-patrick-cohen-et-frederic-taddei-sur-france-5_tv

Le procureur Cohen a poursuivit ainsi durant de longues minutes, sous les yeux ébahis d’Alexandra Sublet, qui voyait le ton monter entre les deux hommes. Et Frédéric Taddeï de rappeler que c’est justement la transgression qui est le moteur de son émission et qu’il faut faire honneur à la liberté d’expression, qu’il y veille et qu’il se félicité de n’avoir jamais eu à faire à la justice pour quelque propos condamnable, car il veillait à ce que la liberté d’expression reste dans les limites de ce qui est autorisé par la loi, c’est à dire que l’on peut tout dire, sauf ce qui est condamnable.

Ce soir-là, Cohen a pointé un doigt accusateur vers Taddeï en le désignant comme le dernier repère de la bête immonde, qu’il fallait dénoncer, mais aussi et surtout supprimer ou recadrer éditorialement, pour n’autoriser qu’une palette politique acceptable, allant du rouge sang au bleu pâle.

La solidarité confraternelle à un sens

On aurait pu en rester là tant le procès d’intention était manifeste et l’attaque disproportionnée. Seulement, les jours qui ont suivi ont été marqués par des contributions comme celle de Claude Askolovitch , auteur de la bio de Basile Boly et de Patrick Bruel, mais aussi journaliste politique et sportif, qui dit sur Twitter que Taddeï « invite les salauds que les autres ne valident pas ailleurs, et qu’il offre une tribune au racisme, à l’antisémitisme et à l’islamophobie… »

Frédéric Haziza (La Chaine Parlementaire et Radio J) ne fait pas mieux en délivrant son gazouillis où il fustige à nouveau Taddeï qui inviterait des pseudo-intellos antisémites. M. Haziza s’est dans un passé récent illustré en refusant d’inviter Alain Soral au nom du respect à son grand-père mort à Auschwitz (je ne me risquerai d’ailleurs pas à relayer ce qui se dit à ce sujet, car l’homme a la plainte facile).

Cyril Hanouna entre dans la danse ou « Le Bal des Débutants »

Last, but not least, vendredi 15 mars, c’est Cyril Hanouna qui s’est risqué à la critique. Enfin, critique est un doux euphémisme. Dans son émission quotidienne d’acces prime-time (19h-20h, ça c’est pour Mamy Solange), consacrée à l’actualité de la télé, l’animateur, meneur d’une bande de chroniqueurs du métier rejoints par un Jean-Marie Bigard qu’on a connu mieux inspiré, avait semble-t-il une forte envie d’en découdre avec Taddeï.

Sous la formule « je matte ou je zappe », chacun était appelé à se prononcer sur telle ou telle émission et à justifier, si possible avec talent, le pourquoi de son choix.

Entre la remarque d’un Bigard qui trouve que le débat gagnerait à ce qu’il y ait moins de débat (?), le producteur de télé Gérard Louvain qui matte et a le sentiment d’être moins con parfois et un obsédé qui trouve que ça manque de c.., le Cyril Hanouna, en n’ayant semble-t-il prévenu personne de son initiative, s’en est pris assez vertement à Frédéric Taddeï et son émission.

Il a d’abord construit (enfin le verbe est sans doute un peu trop fort) son argumentaire sur le fait que ce n’était pas un succès d’audience (mais est-ce que c’est ce qu’on lui demande?). En gros, si à 7 ans, tu n’as pas tes 20 points d’audimat, tu as raté ta vie à la télévision. Comme certains lui ont fait remarqué que le propre de ce type d’émission, ce n’était pas forcément de faire péter les scores, Hanouna s’est fâché encore plus rouge en laissant comprendre le fond de sa pensée.

Il a dénoncé le fait que Taddeï ait commis le crime horrible de prendre la place (que semble-t-il on lui a imposé) de Bruce Toussaint, dont le projet de rentrée, un talk show bavard, a fait un flop. Il semble qu’Hanouna n’aime pas qu’on fasse du mal à ses copains.

Et puis, Hanouna a finalement lâché, entre deux éructations, sa réelle motivation, dans le droit fil des accusations des consorts Cohen/Askolovitch/Haziza. Il a parlé du problème d’offrir une tribune « à ces gens-là ». On aura compris qu’il s’inscrivait dans la droite ligne des trois premiers cités, Docteurs de la Foi Cathodique et de la Vérité Acceptable, en reprochant à Ce Soir ou Jamais d’être un lieu de débat où peuvent aussi venir s’exprimer une pensée différente, marginale parfois, dérangeante souvent. Une pensée de droite. Parfois très à droite. Cyril Hanouna se garde bien de dire que pourtant, l’expression de ces propos est toujours très encadrée, par Taddeï lui-même, mais aussi et surtout par les contradicteurs qui sont en général en nombre et de qualité.

Je suis donc un peu sonné ce matin. Ma télévision, à la carte, était faite de Ce Soir ou Jamais (CSOJ), mais aussi de Touche Pas à Mon Poste. Je voyais en Cyril Hanouna un vrai gentil. Lui dont je matais les fesses sur Comédie il y a longtemps. Il inventais une autre télévision à sa manière. Mais en ce 15 mars 2013, il semble qu’il se soit laissé aller à un réflexe communautariste qui ne peut hélas que nourrir la vindicte et le ressentiments des observateurs qui vont crier à la conspiration pour avoir la peau d’un animateur qui détone dans le microcosme… Sans le talent d’orateur hélas.

Seule Enora Malaguet a su dire, avec justesse et force, tout ce que la culture de masse et la liberté d’expression avaient à gagner avec CSOJ et Taddeï et que les propos de son « chef » étaient minables et à côté de la plaque.

Il faut espérer que certaines voix d’intellectuels et d’artistes monteront pour dénoncer cette entreprise de « bashing » qui vise à sortir des grilles des programmes un des seuls moments de liberté d’expression qu’il reste aux Français, quelles que soient leurs opinions.

Alain Charrier

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