Colonel Rémy : nationaliste et résistant

Publié le 9 février 2021 - par - 9 commentaires - 848 vues
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« Je tiens à exprimer mes profondes excuses au vainqueur de Verdun pour les mots blessants que j’ai  pu employer à son égard auparavant, comme à tous ceux qui lui sont demeurés fidèles »

                                                                                             (Gilbert Renault, alias « Colonel Rémy »).

 

Hourrah ! Éric  Zemmour vient d’être relaxé d’un procès en sorcellerie intenté par la LICRA (1) pour avoir osé dire que, sous l’Occupation, le gouvernement du maréchal Pétain a mieux protégé ses ressortissants juifs que la plupart des autres pays européens. Cette allégation est une évidence,  mais, en France, la liberté d’expression est morte : plusieurs lois dites « mémorielles »  (Loi Gayssot, Taubira, etc.) nous interdisent d’avoir un avis, aussi nuancé soit-il, qui aille à l’encontre de la doxa officielle. Aborder la question juive sous Vichy, c’est s’exposer à une lourde condamnation pour « négationnisme ». Donc, comme je ne suis ni brave ni téméraire, je n’ai pas d’avis sur le sujet.

En revanche, je m’autorise à remettre les pendules à l’heure sur la légende de « la France  libérée par elle-même »  grâce à la Résistance gaullo-communiste (2) : vaste fumisterie !

Car, qu’on le veuille ou non, la France de 1940 à 1944 a été pétainiste et passive à 90 ou 95 %.

Il y a bien eu une poignée de la population, pour fournir les « Résistants de la première heure ». Au mois de juin 1941, la rupture du pacte germano-soviétique a fait basculer les communistes dans la Résistance. Puis l’instauration du STO en mars 1942 a poussé plus massivement des jeunes vers les maquis. Mais la vraie Résistance restera très marginale jusqu’au débarquement allié du 6 juin 1944.

Les clichés de cette époque ont retenu des résistants – gaullistes, communistes, socialistes – et une droite « maréchaliste » voire collaborationniste, ce qui est  faux ! La droite d’avant-guerre était, dans son immense majorité (Charles Maurras en tête) fortement anti-allemande.

Deux partis, et pas un de plus, se déclaraient fascistes : le  « Faisceau » de Georges Valois et le « Francisme » de Marcel Bucard. Seul le premier avait des accointances avec l’Italie fasciste (3).

Le chantre de la collaboration fut Pierre Laval, ancien député socialiste. Les partis les plus collaborationnistes furent le « Parti Populaire Français » créé et dirigé par Jacques Doriot, ancien député-maire communiste de Saint-Denis, et le « Rassemblement National Populaire » du député socialiste Marcel Déat, éphémère ministre de l’Aviation en 1936, sous le Front populaire.

La droite nationale, souvent favorable au maréchal Pétain, va s’impliquer massivement dans la Résistance. Son premier martyr connu fut l’officier de la « Royale », Honoré d’Estienne d’Orves, fusillé au Mont-Valérien  le 29 août 1941. L’amiral Darlan était sur le point d’obtenir sa grâce quand, le 21 août, le communiste Pierre Georges tira dans le dos de l’aspirant Moser, au métro « Barbès ».

Pour se faire une idée moins subjective  de cette période, il faut avoir lu : l’« Histoire critique de la Résistance » (4) et, l’« Histoire de la Collaboration » (5) de Dominique Venner, « La droite était au rendez-vous » (6) d’Alain Griotteray, et la série de 13 ouvrages écrits par Henri Amouroux sous l’intitulé générique de « La grande histoire des Français sous l’occupation » (7). On pourra m’objecter que – même si Amouroux  était gaulliste – les références précédentes émanent d’hommes de droite. Alors, citons aussi l’imposant dossier réalisé par un collectif de Résistants de toutes les accointances  politiques, intitulé: « Le patriotisme des Français sous l’Occupation » (8).

Et rappelons aussi que la Résistance a concerné… moins de 1 % de la population.

Après la guerre, dans un pays de 42 millions d’habitants, il y avait 235 000 titulaires de la carte de combattants volontaires de la Résistance (y compris celles décernées à titre posthume) et à peine 51 500 personnes ont été décorées pour fait(s) de Résistance (9).

Et qui étaient les premiers « Français Libres » ? Dans un document en date du 11 septembre 1942, rédigé à Londres à l’intention de Léon Blum, le socialiste Félix Gouin écrit ceci :

« Parmi les rares Français qui, au début, ont suivi de Gaulle, quelques civils, mais davantage de militaires. La plupart étaient des gens de droite et d’extrême droite et ils ont transporté leurs préjugés et leurs croyances… Sous leur influence, ils ont constitué, ici, une sorte de copie en réduction du gouvernement Pétain; mêmes tendances, mêmes conceptions autoritaires… Seule différait l’attitude à observer vis-à-vis de l’Allemagne… »

C’est pourtant l’exacte vérité, qui a de plus en plus de mal à s’imposer.

Or, l’occasion d’en reparler vient de m’être donnée par un ami breton qui m’a suggéré de parler d’un Vannetais héroïque et bien oublié de nos jours : le colonel Rémy.

Gilbert Renault à l’état civil est né le 6 août 1904 à Vannes (Morbihan). Il était l’aîné d’une famille de neuf enfants. Élève au collège Saint-François-Xavier de Vannes, après des études de droit, ce sympathisant de l’ « Action française », issu de la droite catholique et nationaliste, commence une carrière à la Banque de France en 1924.

Il participe aux émeutes du 6 février 1934, comme un certain François Mitterrand, et en revient avec « les vêtements maculés de boue et un œil au beurre noir ».

En 1936, il s’essaie  sans grand succès dans la production cinématographique (10).

En juin 1940, il rejette d’idée d’armistice  et rejoint  Londres, avec un de ses frères. Il passe en Angleterre à bord d’un chalutier parti de Lorient. Voilà donc un « Résistant de la première heure », et il est d’extrême droite. Plus tard, il attribuera les sentiments qui le firent passer en Angleterre en juin 1940 à la germanophobie issue de ses lectures du quotidien monarchiste « l’Action Française » :

« Imbu d’Action Française, il ne m’était pas possible de considérer la défaite de la France comme définitive » dira-t-il. Il est l’un des premiers à se rallier à de Gaulle et se voit confier, par le futur colonel Passy, la création d’un réseau de renseignements sur le sol français.

Dès le mois d’août 1940, il crée, avec Louis de La Bardonnie,  « la Confrérie Notre-Dame ». Ce réseau est l’un des plus importants réseaux de renseignements militaires de la Résistance.

« Le Colonel Rémy, envoyé vers la métropole dès l’été 40, donnera à l’organisation le nom de « Confrérie Notre-Dame » afin de la placer sous la protection de la Vierge » écrit un témoin.

Le réseau s’implante d’abord dans l’Ouest de la France et recrute des informateurs dans les ports de l’Atlantique (Bordeaux, Brest). Toutes les informations  sont transmises  à Londres.

En septembre 1941, la CND étend son action à toute la France occupée et Rémy installe à Paris une centrale en liaison radio avec Londres. Le réseau prépare des parachutages et établit des contacts par Lysander avec l’Angleterre. Il sera d’une redoutable efficacité !

Rémy est fait « Compagnon de la Libération » le 13 mars 1942.

En juin 1942, une trahison entraîne une centaine d’arrestations, et Rémy doit se réfugier en Angleterre. Mais, en décembre 1943, le réseau est reconstitué (par Marcel Verrière alias « Lecomte ») sous le nom de « Castille » et continuera à fonctionner jusqu’à la Libération.

En trois ans et demi, 1 544 agents ont signé leur engagement à la CND ; 524 ont été arrêtés : 234 ont été déportés (151 sont morts en déportation) et 37 ont été fusillés.

Respect pour ces héros de l’ombre ! Ils étaient de droite pour la plupart.

À la Libération, Rémy devient membre du comité exécutif du « Rassemblement du Peuple Français » (RPF). Il en cosigne même les statuts en 1947. Puis cet homme de convictions et de foi, ce patriote sincère, découvre le  « résistancialisme alimentaire ».

Dans « Aspects de la France », il prend la défense de Charles Maurras emprisonné.

Grâce, entre autres, à l’amiral Auphan, il comprend l’action du maréchal Pétain. Lors d’un meeting, en décembre 1949, il affirme sa « conviction de la droiture des intentions du maréchal Pétain et de ceux qui l’avaient suivi dans le même esprit, les associant aux combattants de la France Libre dans un même amour de la patrie ». Les gaullistes – vrais ou faux résistants – commencent à le renier. À son égard, ils sont presque aussi virulents que les communistes.

Le 11 avril 1950, dans « Carrefour » Rémy écrit : « C’est ce que de Gaulle a exprimé quand, un certain soir, je lui parlais du maréchal Pétain avec amertume, il m’a répondu : « Souvenez-vous qu’il faut que la France ait toujours deux cordes à son arc. En juin 1940, il lui fallait la corde Pétain aussi bien que la corde de Gaulle. »… ». Un peu plus tard, il écrira : « Il est  évident, pour tout homme qui ne se laisse pas dominer par la passion ou par la rancune, que la France de juin 1940 avait à la fois besoin du maréchal Pétain et du général de Gaulle. Il fallait à cette France, provisoirement écrasée, un bouclier en même temps qu’une épée. »

                Désavoué par de Gaulle, critiqué par Malraux et Soustelle, il démissionne du RPF et est exclu de « l’Association des Français Libres ». Peu de temps après, il adhère à « l’Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain » (ADMP).

Il donne dès 1950 des articles à « Aspects de la France », puis il suit Pierre Boutang à « La Nation française », autre hebdomadaire royaliste fondé en 1955.

Rémy s’installe au Portugal en 1954. Mais ce patriote attaché à l’Algérie française rentre en métropole en 1956. Il se porte volontaire pour servir en Algérie (alors qu’il est capitaine de réserve rayé des cadres). Sa demande est rejetée. Partisan inconditionnel de l’Algérie française, il dira plus tard sa « déception profonde» à l’égard de De Gaulle  et condamnera les Accords d’Évian.

Après la guerre d’Algérie, il fait campagne en faveur de l’amnistie. Il organise notamment un pèlerinage à Chartres le 29 septembre 1963 « pour la réconciliation des Français ».

Qui se souvient encore de ce pèlerinage grandiose qui rassembla plus de 20 000 personnes ? Elles défilèrent  dans Chartres, en trois colonnes, chacune conduite par l’épouse d’un maréchal  de France : mesdames Juin, Leclerc, et de Lattre de Tassigny. Y participèrent également le maréchal Juin, le Bachaga Boualem, le colonel Thomazo, Jacques Isorni, et le sénateur Guy de La Vasselais.

Rémy sera également membre de l’UFA (Union française pour l’amnistie) qui œuvrait en faveur des condamnés de l’OAS.

Ce catholique intransigeant a publié plusieurs ouvrages sur ses convictions religieuses. Son livre « Pourpre des martyrs » (1953) est une dénonciation de la persécution subie par les catholiques en Chine maoïste. « Catéchisme de la patrie » (1961) est une affirmation de son patriotisme et de sa foi chrétienne.  Il a accompagné certaines initiatives des catholiques traditionalistes, dans la crise de l’Église après le concile Vatican II. En 1971, il signait un manifeste contre la proposition de loi de Claude Peyret qui entendait  assouplir la législation sur l’avortement.

Plus tard, il entre au conseil d’administration de l’association « Una Voce » qui défend le latin et le chant grégorien. Il fait partie, en 1975, du comité de patronage de l’association « Credo » de Michel de Saint-Pierre. Il signe en août 1976, (avec Louis Salleron, Michel de Saint-Pierre, Jean Dutourd, Michel Droit, Henri Sauguet et Gustave Thibon) une lettre adressée au pape Paul VI pour contester les  sanctions iniques prises contre Monseigneur Marcel Lefebvre.

Mais Gilbert Renault a aussi beaucoup écrit sur ses activités de Résistant, sous le nom de Rémy. Notamment ses « Mémoires d’un agent secret de la France Libre », publiées à partir de 1945, et la série de récits intitulés « La Ligne de démarcation », qui met en valeur les passeurs, à partir de 1964. « La Ligne de démarcation » sera adapté au cinéma par Claude Chabrol en 1966.

Il écrit également des témoignages sur les personnalités rencontrées au cours de sa vie : « Dix ans avec de Gaulle » (1971), « Dans l’ombre du Maréchal » (1972)… On lui doit aussi la trilogie du Monocle : « Le Monocle noir » (1960), prix du Quai des Orfèvres, « L’œil du Monocle » (1962) et « Le Monocle passe et gagne » (1962). Le premier roman est adapté au cinéma par Georges Lautner en 1961. Rémy sera coscénariste des deux autres, également tournés par Lautner, sous les titres « L’Œil du Monocle » (1962) et Le « Monocle rit jaune » (1964). Le personnage inventé par Rémy y est incarné par Paul Meurisse.

Voilà un hommage – trop court sans doute ? – à un grand Résistant, un homme de foi, de courage et de convictions fortes. Un militant nationaliste qui, à la Libération, n’est pas allé « à la gamelle » chez les gaullistes, comme tant d’autres.  La soupe y était pourtant copieuse et bonne.

Après la guerre, la commission de régularisation des grades en a fait un capitaine de réserve, quand tant d’autres ont fini colonels, voire généraux, comme Jacques Delmas, dit Chaban.

De nos jours, plus personne ou presque ne connaît le colonel Rémy. Il avait  choisi de servir. D’autres ont préféré se servir. Ceci explique sans doute cela ?

Éric de Verdelhan

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                      

1)- LICRA : La Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme est une association luttant contre le racisme et l’antisémitisme. Fondée en 1928 sous le nom de Ligue Internationale Contre l’Antisémitisme (LICA), elle œuvre en France et à l’international.

2)- « Mythes et légendes du Maquis », Editions Muller ; 2019.

3)- Le faisceau s’inspirait de « l’Etat corporatif » tel que l’entendait Bénito Mussolini.

4)- « Histoire critique de la Résistance » de Dominique Venner; Pygmalion; 1995.

5)- « Histoire de la Collaboration » Pygmalion ; 2000.

6)- « La droite était au rendez-vous »  Laffont; 1985.

7)-  Henri Amouroux a rédigé une œuvre monumentale: « la grande histoire des Français sous l’occupation ». 13 volumes qu’il faut absolument avoir lu pour comprendre le climat de l’époque.

8)- « Le patriotisme des Français sous l’Occupation » sous la responsabilité de F-G Dreyfus; éditions de Paris; 2000.

9)- François Mitterrand – alias Morland –  a fait valider son titre de Résistant en…1982, un an après son élection à la présidence de la République. (Il a été décoré de la Francisque sous le N° 2202).

10)- Il finance le tournage de « J’accuse » d’Abel Gance. C’est un échec retentissant !

 

 

 

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Notifiez de
Soazig NEDELEC

J’avais juste 20 ans, j’étais à ce grandiose pèlerinage à Chartres, en Septembre 1963..où j’ai eu l’occasion de rencontrer le Pachaga Boualem.
Je garde un souvenir ému de ce magnifique moment de foi, d’Espérance et de Patriotisme..

Michel de Belcourt

Merci pour rappeler aux Français ce que le mot Résistance veut dire.

Daniel

Bravo, bel article en Vérité !

Gillic

Bel hommage au colonel Rémy, ce breton exemplaire, paix à son Ame !! L’ histoire apparait aujourd’hui sous son vrai visage, elle a été tellement trafiquée pendant et après la guerre 39/45 !

Allobroge

La mythologie gaullienne c’est comme l’évangile ou le Coran, on ne touche pas et pourtant combien d’imposture à sa suite ?!….

Marnie

Cela fait plaisir que certains français, et pas des moindres, osent remettre les pendules à l’heure : celles de la vérité… Si bon nombre de collabos proches du pouvoir étaient socialistes et communistes cela n’empêche pas que cette maladie a touché aussi des français ordinaires.

patphil

complément sur les socialo pétainistes:
Pierre Laval radical socialiste,
Doriot pcf,
Déat sfio,
René Belin n°2 de la cgt, dernier ministre du travail de Pétain,
Paul Fort secrétaire général sfio,
Marc Ogier front populaire,
Marcel Gitton n°3 pcf qui créa le parti ouvrier paysan,
Henri Babé, Pierre Célor etc.

Dupond

Non les cocos ne furent pas les premiers résistants !!!
https://www.youtube.com/watch?v=GHPBAylfO6g
http://www.merite-maritime29.org/sein-juin-40

Dupond

Un juif Ashkenazes reconnaissant envers ceux qui ont risqué leurs vies a le protéger sous la botte nazie …..Les séfarades pour ainsi dire pas persécutés sont les plus antis français (attila ne fera jamais don de quoi que ce soit)
https://www.fdesouche.com/2021/02/09/chambon-sur-lignon-un-juif-autrichien-legue-sa-fortune-au-village-de-haute-loire-qui-la-sauve-pendant-la-seconde-guerre-mondiale/
http://www.ajpn.org/commune-Le-Chambon-sur-Lignon-43051.html

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