Comme le 8 mars 1979, les Iraniennes continuent de manifester contre l’infame voile islamiste

Publié le 8 mars 2015 - par
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Elisabeth LALESART Définitif Préface René MarchandNous sommes le 8 mars 1979 à Téhéran et l’ayatollah Khomeini a déclaré que « chaque fois que dans un autobus un corps féminin frôle un corps masculin, une secousse fait vaciller l’édifice de notre révolution ». Depuis la ville sainte de Khom, il ordonne : « Les femmes musulmanes ne sont pas des poupées, elles doivent sortir voilées et ne pas se maquiller, elles peuvent avoir des activités sociales, mais avec le voile. (…) Les rideaux, les fauteuils et autres signes de luxe doivent disparaître ».

La loi sur la protection de la famille favorable aux femmes votée sous le règne du shah est abrogée, l’âge légal du mariage est abaissé à treize ans puis à neuf ans, les femmes doivent se soumettre à la charia, elles n’ont plus le droit de suivre les cours de l’école supérieure si elles sont mariées, s’asseoir à l’arrière des bus, les hommes obtiennent tous les pouvoirs de décision sur leur famille, ils peuvent également bénéficier de quatre épouses permanentes ainsi que d’un nombre illimité d’épouses temporaires, et l’ayatollah Mohammad Yazdi, ancien chef du système judiciaire, stipule que « votre femme, qui est votre possession, est, en fait, votre esclave ». En juillet des femmes seront fouettées en public pour s’être baigné dans la section des hommes à la plage tandis que d’autres seront exécutées pour prostitution. Un viol a eu lieu par des Gardes de la Révolution : « Une famille a récemment reçu la nouvelle que leur fille a été exécutée. Les pasdaran sont retournés dans cette famille et ont donné 3 £ aux parents, expliquant qu’elle était vierge et comme on n’exécute pas de vierges selon l’islam, un des pasdar l’a mariée temporairement la nuit avant son exécution et que l’argent est le prix pour ce mariage temporaire. »

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La veille de la manifestation, Khomeini avait annoncé que les employées des agences gouvernementales devraient porter hijab islamique sous peine de se voir refuser l’accès à leur poste. Aux cris de « la liberté est notre culture, rester à la maison notre honte ! » ou encore de « liberté et égalité sont nos droits imprescriptibles ! », ce sont alors des milliers de femmes qui vont protester devant l’Université de Téhéran, tête nue, donnant le mouvement à ce qui allait être la plus grande marche des femmes contre le hidjab obligatoire.

Un tract expliquait : « Nous n’avons pas fait la révolution pour qu’ils décident pour nous […] Nous voulons l’abrogation de toutes les lois sexistes, de toutes les lois qui sont un barrage à la participation des femmes dans tous les mouvements politiques, les gouvernements, les mouvements sociaux ».

Un groupe de religieux a agressé certaines d’entre elles aux cris de « Nous ne voulons pas que les femmes descendent dans la rue toutes nues ! », ou encore « Ne pas porter le voile est contre-révolutionnaire », attaquant des manifestantes à coups de bâton. A Khom, des hommes jetaient des pierres aux femmes non voilées en leur disant « ou bien le voile sur la tête, ou bien un coup sur la tête ».

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Les femmes restaient déterminées : « S’ils continuent à attaquer les femmes, je vais renoncer à l’islam », « il y a des années que je mets le tchador. Le tchador m’empêche de bouger, de marcher, de porter mon enfant par la main. Mais je ne suis pas venue à la manifestation pour ne plus mettre le tchador. J’ai six filles et je suis venue pour que mes filles ne soient pas obligées de mettre le tchador, pour que les hommes ne les obligent pas à le mettre. Je suis venue pour défendre mes filles contre le tchador », « Je veux vivre libre, je veux parler quand je veux, je veux faire tout ce que je veux, je n’accepte pas qu’on me donne des coups, je veux écrire tout ce que je veux écrire. Ma mère pense comme moi, elle veut la liberté, elle ne supporte pas de ne même pas pouvoir se promener dans la ville », « le voile c’est une histoire d’hommes, c’est incroyable, ce sont toujours les hommes qui défendent le voile ».

La volonté de voiler les femmes est la même que celle consistant à voiler la cage d’un oiseau pour le calmer.

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Trente-six ans plus tard, tandis qu’en France les jeunes musulmanes des cités revendiquent crânement leur droit à se cacher alors qu’en réalité elles se rendent hyper visibles dans une société évoluée où cet accoutrement est absolument étranger et antinomique à notre culture, les Iraniennes, pour qui ce voile n’est en rien un instrument de parade et de revendications de midinettes beurettes complexées et décervelées, restent mobilisées pour leur droit fondamental à la liberté et ne craignent plus d’ôter leur foulard chaque fois qu’elles le peuvent, bravant l’interdit jusqu’à poser sans voile et le visage découvert, alors qu’elles risquent pour cela le fouet ou l’emprisonnement.

Il faut rappeler que Mahdieh Golroo, une activiste des droits des femmes iraniennes, a passé 93 jours en prison pour avoir simplement manifesté contre les attaques à l’acide perpétrées sur des femmes à Ispahan. Selon la directrice adjointe de la Campagne Internationale pour les droits de l’Homme en Iran, de tels actes sont de nature strictement politique et ne visent qu’à interdire aux femmes tout accès à la sphère publique. La vie publique en Iran, cela doit rester une histoire d’hommes.

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Depuis le 3 mai 2014, la campagne « Libertés furtives pour les femmes iraniennes », permet aux courageuses Iraniennes de poster leurs photos de femmes libérées de cet infâme cache de honte.

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C’est la journaliste Masih Ainejad qui est à l’origine de ce mouvement, elle-même exilée au Royaume-Uni, expliquant qu’elle-même s’octroyait des moments sans voile « lorsque j’étais dans un champ, ou dans un endroit tranquille, et je me demandais combien de femmes iraniennes faisaient la même chose. Apparemment beaucoup ».

Des femmes souriantes, magnifiques, expriment leur sentiment à se délivrer ainsi « Ma terre natale est pleine de mouvements furtifs. On rit, on danse, on chante, on s’embrasse et on s’enlace furtivement, et notre gouvernement vole, tue, viole, et fouette furtivement », « je ne me sens pas en sécurité dans ce pays à cause de tous ces harcèlements injustifiables sur la façon dont on s’habille, j’ai un sentiment de sécurité en compagnie de mon mari. Les autres, ceux qui me harcèlent pour ce que je suis, veulent que je sois quelqu’un d’autre alors que mon mari m’accepte telle que je suis et non pas affublée de quelques vêtements obligatoires qui me sont étrangers », « je suis un être humain tout comme vous et j’ai le droit de respirer ».

Les pathétiques godiches de notre pays feraient mieux d’entendre la leçon de leurs aînées qui n’ont pas la chance de vivre comme elles dans un pays libre, de celles pour qui porter le voile de la honte n’est pas un jeu ni une bravade pour faire croire qu’on est une maline ou une rebelle du fin fond de sa chambre de HLM généreusement fournie par cette France honnie. Les Iraniennes savent bien, elles, que ce sont leurs hommes qui les oppriment et les empêchent d’exister par le biais de cet instrument de torture morale à seules fins de conserver leurs prérogatives et leur supériorité sur elles : « Jamais la religion musulmane n’a forcé les femmes à porter le voile, c’est une création qui date d’il y a quatre cents ans, imposée par la dynastie des Safrit. Demander aux femmes de porter le tchador, c’est comme les renvoyer chez elles. Je n’ai jamais porté de tchador ni de voile, mais je porte ce fichu exprès aujourd’hui pour dire que ce n’est pas une question de vêtement, ce que nous voulons, ce sont les droits des femmes ».

Caroline Alamachère

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