Comment castrer la puissance occidentale

Europe coule

«On a toujours à défendre les forts contre les faibles».

Cette phrase de Nietzsche, écrite en 1888, représente peut-être l’une des remarques les plus pertinentes du grand penseur allemand .
Nous allons nous servir (assez librement) de cette pensée à première vue si paradoxale afin d’illustrer l’état de notre société occidentale, surtout depuis quelques décennies.
En effet, comme l’a écrit le philosophe Gilles Deleuze :
«Pour une philosophie de la force et de la volonté, il semble difficile d’expliquer comment les forces réactives, comment les «esclaves» et les «faibles» l’emportent». (Nietzsche par Gilles Deleuze)

C’est la grande question que nous nous posons aujourd’hui lorsque nous observons des États occidentaux puissants qui se trouvent totalement inhibés quand il s’agit de faire face à des ennemis considérés comme «faibles».
En effet, nous pouvons évoquer par exemple les guerres asymétriques dans lesquelles de grandes armées se trouvent démunies face à des adversaires bien plus «faibles» mais qui se servent de cette faiblesse pour vaincre.
Comment est-il possible que les «les esclaves et les faibles» arrivent aujourd’hui à triompher des maîtres et des forts ?
Comment est-il possible, par exemple, que des pays objectivement puissants courbent l’échine devant de petits groupes d’activistes (ONG, associations, etc.) ? Eh bien, Nietzsche peut sans doute nous aider à répondre à cette troublante question.
Pour le philosophe allemand, la tactique qu’utilisent les «faibles» pour l’ emporter ne consiste pas à former une force plus importante que celle des «forts» (sinon nous retombons dans un schéma classique de renversement des forces en présence) car
«[…]en vérité, les faibles, les esclaves ne triomphent pas par addition de leurs forces, mais par soustraction de celles des autres : ils séparent le fort de ce qu’il peut ». (Nietzsche par Gilles Deleuze).

Il apparaît évident qu’aujourd’hui la pensée actuelle est dominée par le ressentiment (au sens nietzschéen du terme) que les losers éprouvent vis-à-vis des forts et des nobles.
La tactique du faible n’est pas de prendre sa revanche en tentant de s’améliorer ou de s’enhardir pour s’élever vers le fort. Non ! La démarche du faible consiste à culpabiliser le fort en l’accusant d’être la cause («c’est ta faute» !) de sa propre faiblesse.
Ajoutons que pour Nietzsche le faible reste faible même en cas de victoire sur le fort car il n’ a pas vaincu ce dernier par des moyens nobles (rappelons la phrase de Deleuze :«Les faibles(…) ne triomphent pas par addition de leurs forces, mais par soustraction de celles des autres ».

Donnons maintenant quelques exemples concrets et contemporains pour illustrer la thèse de Nietzsche : Israël est la cible favorite des forces réactives ; le soldat israélien, un temps loué pour son courage et sa combativité face aux mouvements terroristes et aux armées arabes coalisées se trouve depuis de nombreuses années, pour les même raisons, diffamé et vilipendé avec une haine inouïe. Les forces réactives ont réussi à paralyser une bonne partie des forces vitales d’Israël (et de l’ Occident en général !) en séparant ‘‘ces dernières de ce qu’elles peuvent », pour paraphraser Deleuze.

Nous poursuivons en rappelant que Nietzsche, dans Par-delà bien et mal, stigmatise la pitié, ou plutôt une forme de pitié qui est «la pire des mollesses et la pire des faiblesses». Cette pitié indigne apparaît, comme l’écrit le philosophe Bertrand Vergely «quand quelqu’un qui est faible, sans courage, sans grandeur, demande au nom de l’humanité que l’on respecte sa faiblesse , en faisant honte à ceux qui ne le font pas» (Bertrand Vergely; Nietzsche ou La Passion de la vie).

Ainsi, comme l’ajoute Vergely : «Que va devenir l’humanité si l’on poursuit dans ce sens ? Ses forces vives ne manqueront pas d’être annihilées, le courage apparaissant comme de la dureté et la démission comme de la douceur et de l’amour. En ce sens, il y a une injustice de la pitié, qui est toujours trop complaisante avec les faibles et très dure avec les forts. »
Cette pitié dévoyée touche en fait de diverses manières notre civilisation occidentale.
Le laxisme vis-à-vis des «faibles», la tolérance («cette idée molle»; Nietzsche) de l’intolérable, le parti pris pour les underdogs, la défense des délinquants, des criminels de droit commun ou des terroristes au nom d’une idéologie de la commisération sont les conséquences d’une inversion généralisée des valeurs qui touche la civilisation occidentale.

Cette dernière s’est sentie coupable d’être forte, cultivée, riche et puissante face à des nations ou des individus se réfugiant derrière l’excuse de la faiblesse pour obtenir des avantages. Nombreux sont ceux (je pense en particulier aux personnes issues du monde «arabo-musulman» et de l’ Afrique noire) qui ont su tirer profit de ce complexe occidental pour revendiquer des compensations morales et/ou pécuniaires au nom de la faiblesse et de leurs échecs dont ils sont pourtant les seuls responsables (alors que pour Nietzsche, le «fort» accepte la confrontation avec la vie, sans accuser personne).

Le fort n’est pas forcément coupable et le faible n’est pas par principe innocent.

Frédéric Sroussi (journaliste et essayiste).

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