Comment des laïques attaquent la Sécurité Sociale pour courir après l'extrême-gauche

Quand un fait-divers donne naissance à un communiqué de presse du « Collectif national contre les franchises, pour l’accès aux soins partout et pour tous et pour une sécurité sociale solidaire » (le dit collectif étant initié par des républicains laïques), on s’interroge.
Quand ce fait-divers sert de prétexte pour affubler la Caisse Primaire d’Assurance Maladie de l’épithète infamante de « collaborationniste », on se pince.
Quand ce fait-divers sert d’étendard pour réclamer la régularisation des sans-papiers, on hallucine.
Quand tout ce qui précède oblitère les abus de la médecine libérale, on se révolte.
Les faits ? Un Mauritanien sans papiers a été condamné à 100€ d’amende pour « manœuvres frauduleuses pour l’obtention de la carte Vitale. »
Le texte que le « Collectif » en a tiré est un monument à la gloire de l’incivisme, de la violation de la loi et de la mauvaise foi. Un comble quand on se prétend et républicain et laïque !!!
On y apprend que ce sans-papiers « a travaillé sans interruption depuis 2003 », bien que, quelques lignes plus loin, il soit spécifié qu’il est au chômage depuis plusieurs mois sans indemnités… D’ailleurs, quand bien même notre homme aurait effectivement travaillé, il ne pouvait s’inscrire à la Sécurité Sociale puisque sans papiers ; il a donc, forcément, obtenu une fausse immatriculation. Ce qui justifie sans autre forme de débat l’accusation de « manœuvres frauduleuses pour obtenir la carte Vitale ». Tout devrait être dit. La sentence est légère, sans doute eu égard aux bons points du dossier et il n’y avait pas de quoi lancer une nouvelle Fronde pour autant.
On appréciera en passant l’argumentation plus que spécieuse : ainsi, sous prétexte que Abdoulaye BA aurait réglé ses cotisations à la Sécurité Sociale, devrait-il être absous du délit d’inscription frauduleuse à celle-ci ! C’est exactement comme si un trafiquant de drogue qui paye des impôts sur les placements financiers issus de ses gains délictueux était pardonné !
Quant à accuser, en termes forts, la CPAM de participer à la répression contre les travailleurs sans papiers quand elle ne fait qu’appliquer la loi, protéger l’ensemble des assurés sociaux et permettre (du moins on ose l’espérer) la solidarité entre cotisants et ayant droits, c’est une ignominie et un scandale.
On sent poindre les excès de langage et la désinformation habituels de l’extrême gauche, prompte à nazifier, fasciser et vichyser tous ceux qui ne pensent pas comme elle. On découvre surtout une haine absolue de la loi républicaine, de la citoyenneté et du sentiment d’appartenance à une nation capable de fédérer, de protéger et d’accueillir –aussi- des immigrés. Mais il ne leur suffit pas de traîner le concept de nation dans la boue, il faut, surtout, qu’ils le fassent exploser en niant tout ce que le mot recèle : une histoire, une langue, une culture, des valeurs communes.

Or, nier les lois et les règles qui permettent le « vivre ensemble », qui permettent la réalisation du « liberté », égalité, fraternité » c’est une incitation à créer une société d’individualistes forcenés, où chacun a droit à tout sans l’engagement réciproque que donne la carte de séjour ou la citoyenneté française.
Enfin, « exiger » la régularisation du « Mauritanien » Abdoulaye BA alors que la situation est fort confuse puisque que la Mauritanie ne voudrait pas le  » reconnaître » (???) et que sa femme se trouverait au Sénégal est osé. Peut-être faudrait-il, de temps en temps, faire confiance à l’administration française, qui a tous les éléments pour pouvoir justifier son refus du droit d’asile…
Quoi qu’il en soit, et indépendamment du problème des sans-papiers, qui, à titre humain est émouvant mais indéfendable du point de vue de l’égalité des salariés, ce communiqué laisse délibérément de côté le vrai problème de fond : la sécurité sociale est en train de mourir, oui, mais pas à cause des escroqueries des sans-papiers, elle meurt de la médecine libérale.
Qui ose en dénoncer les abus ? Qui ose s’élever contre ses dérives, qui se multiplient ? Qui ose parler des secteurs privés des hôpitaux vers lesquels sont de plus en plus souvent dirigés les patients, sous prétexte de délais d’attente trop longs dans le public ?
Qui ose mettre à l’index le prix – et les remboursements afférents, sans parler de la franchise – des examens radiologiques ou des médicaments qui permettent aux radiologues et aux laboratoires des bénéfices plus que substantiels, financés sur le dos de la sécurité sociale et donc des assurés sociaux, obligés de cotiser toujours plus, de régler toujours plus de franchises ou de renoncer à se soigner ?
Quant au secteur à honoraires libres, en pleine expansion, il instaure de fait, dans notre République héritée de 1789 une médecine des riches et une médecine des pauvres. Ces derniers se trouvant dans l’impossibilité de choisir ses spécialistes quelle que soit leur renommée quand ceux qui en ont les moyens sont suivis par les meilleurs, qui le font payer sans vergogne. Il nous reste encore quelques médecins républicains, fidèles au serment d’Hippocrate, qui demeurent dans le secteur 1, par conviction, par amour de leur métier, qui leur permet de vivre, comme tout un chacun, et qui n’en demandent pas plus. Mais pour combien de temps encore ?
Qui plus est, ceux qui le peuvent se tournent de plus en plus vers les assurances privées – plus que recommandées par Bruxelles ! -, qui proposent à prix d’or des protections intégrales, réduisant ainsi, de fait, la sécurité sociale à un « service minimum » réservé aux pauvres.
Alors, il est vraiment navrant de voir ce Collectif « pour une sécurité sociale solidaire » se tromper ainsi de combat. Comme si l’idéologie, l’attaque « gauchiste » était plus facile et plus payante que la remise en cause d’un système qui fut exemplaire mais qui part à vau l’eau. Comme si certains avaient des espérances politiques et souhaitaient instrumentaliser le Collectif…
Comme si la santé de tous, bien attaquée par l’U.E, par le dogme de la concurrence libre et non faussée méritait, en sus, d’être clouée au pilori par de faux républicains qui relaient le discours primaire et dangereux des gauchistes.
Christine Tasin

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