Comment faites-vous, Madame la Sénatrice Bariza Khiari, pour concilier soufisme et République ?

Publié le 6 juin 2011 - par - 2 233 vues
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Si vous allez sur le site du journal marocain « le Matin », vous aurez l’occasion de lire un entretien fort intéressant avec une de nos sénatrices, Madame Bariza Khiari. Interrogée au sujet de sa participation au festival des musiques sacrées de Fes, ou elle vient plaider la relance de l’Union pour la Méditerranée, la sénatrice parle aussi de «son combat pour une société française plus juste. ». Elle évoque aussi son profond engagement dans le soufisme courant mystique et ésotérique de l’ Islam
http://www.lematin.ma/journal/Inerview-avec-Bariza-Khiari-senatrice-musulmane-en-France_-Pour-l-Occident-l-Islam-est-devenu-une-ideologie-a-combattre-/151765.html

Pour ce qui est du « combat » pour une « société plus juste », l’article ne nous fait rien découvrir de bien nouveau. Comme à chaque fois qu’un élu du PS parle de l’ Islam en France, nous avons droit à l’habituelle complainte « islamico-geignarde » qui se garde bien d’évoquer les comportements de la communauté musulmane, mais qui donne une large part aux clichés d’une France raciste et xénophobe.

Je cite : « …si cette dispute met en scène des personnes d’origine ou de sensibilité musulmane, certains médias, relayés par l’extrême-droite, en déduisent immédiatement que l’Islam est incompatible avec les principes d’égalité homme-femme et, par conséquent, avec la démocratie. ». Je cite encore : « Il y a peu de temps,  »la figure de l’étranger était le juif ». Aujourd’hui,  »la figure de l’étranger est le musulman ». Il est devenu l’ennemi intérieur uniquement pour un enjeu électoraliste. » Comme si, pour le PS, le vote musulman n’était pas un enjeu électoraliste. Il serait intéressant d’en parler à madame Aubry.

Depuis un certain temps déjà, nous sommes habitués à ce discours diffusé en boucle et à chaque opportunité dont se saisissent les défenseurs inconditionnels de l’ Islam. La cerise sur le makroud étant sans nul doute la phrase servant de titre à l’ article « Pour l’Occident, l’Islam est devenu une idéologie à combattre ». Bien entendu, la sénatrice n’a nullement perçu le fait que c’était l’ Islam qui combattait l’Occident. Une distraction certainement !

Ce qui est surprenant c’est la façon dont notre sénatrice dit tout et son contraire dans le même paragraphe. « Je suis représentante de la nation et non d’une confession » affirme la Sénatrice PS.

Puis, quelques lignes après notre élue déclare : « La diabolisation de l’Islam et de l’immigration est une impasse, j’ai donc pris la parole pour ceux qui ne l’ont pas. » . Ce qui est plus surprenant encore c’est qu’une élue dont la rôle est de voter la loi et de contrôler le gouvernement dans le cadre d’une République indivisible, laïque, démocratique et sociale se fasse le porte-parole d’une religion (l’Islam) et d’une groupe d’individus appartenant à la même classification administrative (les immigrés). Est-ce bien pour cela que les grands électeurs ont porté Madame Bariza Khiari à la charge sénatoriale ?

Nous sommes bien loin du combat de Jaures contre les dogmes des croyances et des superstitions.
« Nous combattons l’Église et le christianisme parce qu’ils sont la négation du droit humain et renferment un principe d’asservissement humain. » Jean Jaurès, 3 mars 1904, (cité dans Histoire des catholiques français au XIXe siècle, paru chez Éditions du Milieu du monde, 1947, p.389, Henri Guillemin).
Mais peut-être que pour Madame la Sénatrice, l’Islam ne s’aventure pas dans la négation du droit humain ? Notre Sénatrice sait-elle que des personnes agissant au nom de l’ Islam détiennent en otage des ressortissants français ? Personne n’a donc informé cette élue qu’elle se rendait dans un pays où, récemment, des touristes (dont sept français) furent l’objet d’un attentat de la part de musulmans uniquement parce qu’ils étaient étrangers? Peut-être qu’elle n’est pas pas tenue au courant des simples négations du droit « tout court » que pratique l’ Islam en France avec l’occupation sans autorisation de l’ espace public pour des prières collectives, avec les abattages clandestins d’animaux et autres débordements ?

Je ne peux pas penser que Madame la Sénatrice ait oublié que par deux fois déjà la Nation a légiféré contre les incursions de l’ Islam dans la sphère publique (port du foulard à l’école et port du voile intégral).

Il est vrai que Madame la Sénatrice signale dans ce même article son amour et sa confiance dans le soufisme. «Je chemine avec beaucoup d’humilité dans cette voie enracinée dans la tradition prophétique. Cette voie d’initiation et d’éveil se transmet depuis le Prophète de maître en maître. », nous dit-elle. Cette franche déclaration concernant la libre pratique d’une croyance prouve à quel point la liberté de pensée est une bonne et belle chose dans notre pays. Il y a tant d’endroit où la tolérance est bannie au delà des frontières. Encore une fois, Madame la Sénatrice a été la victime d’un défaut d’information. Je suis certain que si elle avait su que le Maroc avait expulsé des personnes tentant d’évangéliser des marocains, elle se serait abstenue de se rendre dans un pays si peu tolérant.

Cependant, quand l’on se plonge dans la définition du soufisme «Le soufisme (taçawuf), qui est la tradition ésotérique ou intérieure de l’Islam, constitue l’accomplissement ultime du questionnement humain, dans le cadre, providentiellement disposé, d’une Loi divine révélée (sharî’a), rassemblée dans le Coran, recueil de la Parole divine. » on constate l’importance de la Charia. La Charia, cette loi divine que tout bon musulman doit positionner au dessus des lois des hommes. Ne trouvez-vous pas comme une sorte de discordance entre le rôle et la mission confiés à une élue du Sénat et ces affirmations concernant le soufisme et la Charia ? :
« Dans le soufisme, le respect de la Charia est incontournable »
(source : http://www.bladi.net/forum/16536-soufisme-composante-lislam/)

Je ne doute pas un instant que Madame Bariza Khiari, place les lois de la République bien au dessus des lois divines de la Charia. J’aimerai simplement savoir, compte tenu du fait que le respect de la Charia est incontournable pour un soufiste, comment elle peut concilier ses deux engagements: Être une Sénatrice de notre république et être une adepte du soufisme.

Pierre Thyde

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