Comment l’indépendance des pays africains est enseignée, en Afrique et en France

Publié le 29 novembre 2010 - par
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Jean-Paul Gourevitch fera partie de nos intervenants, le 18 décembre prochain, à Paris. Il nous a fait parvenir ce texte, que nous avons plaisir à publier.

Dans le cadre du cinquantenaire des indépendances africaines, un atelier s’est tenu les 26 et 27 novembre à l’Académie des Sciences d’Outre-mer, 15 rue La Pérouse Paris 16e. Cet atelier de travail organisé par le Partenariat Eurafricain présidé par Joël Broquet et dont le responsable pédagogique était Jean-Paul Gourévitch, visait à confronter la manière dont l’année des indépendances africaines (1960) est relatée, respectivement dans les manuels scolaires français et africains, et, au-delà, à s’interroger sur la possibilité d’une mémoire partagée des indépendances et plus généralement des relations franco-africaines. Une cinquantaine de personnalités françaises et africaines y ont participé dans une ambiance de travail conviviale et studieuse. Cet atelier a été évoqué le samedi 27 après-midi dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne à l’occasion de la réception des lauréats du cinquantenaire des Indépendances africaines.

Il a paru évident que les indépendances étaient relatées de façon très différente en Afrique francophone et en France, dans la mesure où les manuels scolaires africains s’adressent aux classes de CM2 qui sont une fin de parcours pour beaucoup de jeunes garçons et surtout de jeunes filles africaines, alors que les manuels scolaires français visent une cible qui est celle des classes de 3e de collège ou des terminales de lycée.

Par ailleurs la contextualisation n’est pas la même. Les manuels français insistent sur la progressivité de l’accession aux indépendances accordées aux pays africains par opposition aux conflits de la guerre d’Algérie, alors que les manuels africains mettent en valeur la participation des intellectuels et des forces vives de la nation (associations, syndicats, partis) engagés depuis longtemps dans cette lutte pour une indépendance conquise qui s’inscrit elle-même dans une émancipation progressive du Tiers Monde.

Enfin les manuels français regardent ces indépendances dans le rétroviseur en fonction de ce qu’est devenue cette Afrique qui est à la fois Afrique de souffrances et Afrique de promesses, alors que les manuels africains insistent sur l’aspect festif des indépendances et considèrent que la suite ne concerne que les pays eux-mêmes. Bref, il y a du chemin à faire pour arriver à une mémoire partagée même si la tendance est aujourd’hui au rapprochement des chercheurs français et africains travaillant dans ces disciplines.

Les actes du colloque ainsi que les documents préparatoires comportant les quelques 100 pages de sélection des manuels français et africains seront disponibles à partir de la fin février 2011 au Partenariat Eurafricain, Carrefour des acteurs sociaux 103 av Parmentier 75011 Paris courriel : dircas.mbox@cas-france.org et téléphone 06 16 58 06 00.

Jean-Paul Gourevitch

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