Comment le Qatar achète des Français

Publié le 29 octobre 2014 - par - 2 252 vues
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QATAR STRATEGIE DE L'OGRECet article sur les appétits d’une grenouille du désert qui veut se faire aussi grasse que la bovine française labellisée « Premier choix » nous a donné l’idée de proposer au cheikh de passage à Paris une série d’articles achetables à des prix plus ou moins raisonnables.

http://www.challenges.fr/economie/20141020.CHA9192/pourquoi-le-qatar-croit-toujours-en-la-france.html

Le slogan n’est pas ici « Achetez français » mais « Achetez des Français« , ce qui, reconnaissons-le, est infiniment plus subtil. Ce commerce ayant été, faut-il le rappeler, déjà florissant à quelques époques signalées de notre Histoire.

Dans la suite émiresque du Royal Montceau qatarisé, le cheikh nous a tout de suite interrogés sur la valeur vénale d’un Président. Homme raffiné, parfaitement élevé, connaissant bien la société si susceptible du pays hôte, il évita d’y ajouter le mot République. D’emblée, nous décidâmes d’esquiver, voire de remettre à plus tard la discussion sur ce point précis. « CAC 40 » nous laissa entrevoir une diversion. « J’ai ce qu’il faut depuis belle lurette, vous pensez bien » trancha le bédouin cravaté. La présentation du catalogue des ministres permit cependant d’entamer pour de bon la conversation.

Achetables ? Bien sûr. À part ceux, très dévalorisés, que poursuit ici et là une Justice enfin alertée sur leurs frasques financières, le marché est ouvert, fonction des sommes prêtes à être mises sur la table. L’attention du cheikh s’est évidemment portée sur les bi-nationaux. Nous la douchâmes un peu en rappelant que d’autres, actifs dès la naissance de leur progéniture, avaient pré-empté depuis longtemps ces articles-là. « Dommage, ça travaille bien, en général » fut son seul commentaire.

La possibilité de casser les prix sur des sorties-de-gamme déjà passées par le pénal engendra chez notre invité une moue sceptique. Terrain glissant, perspectives médiocres. En revanche, les pages consacrées aux jeunes loups des deux sexes aiguisant leurs dents entre ministères, chambres (de toutes sortes), bureaux (surface et par-dessous), notabilités ville-campagne, etc., eurent le succès escompté. Les prix ? Encore raisonnables mais pas de temps à perdre. La couleur politique ? Aucune importance pour des clones sans culture ni mémoire autres que celles de leur arrivisme.

Belle fin de journée. Au sixième coca light (+gin mais chut…) nous abordâmes le sanctuaire médiatique. Rude affaire. Là aussi, l’homme avait déjà rempli son panier lors de précédentes étapes à Paris : présentateurs de JT et animateurs de loufoqueries, commentateurs sportifs, météo marine, chats perdus, menu fretin par rapport au must : l’expert, le spécialiste, l’incontournable-des-plateaux-et-micros, dressé à convaincre en moins de « deux minutes trente, coco je compte sur toi« . Nous lui en proposâmes une bonne demi-douzaine avec extension presse écrite. Chers. Très chers. Pas de problème, ils viendraient compléter une écurie coranisée où cohabitent, se balançant de temps à autre un coup de sabot par derrière, purs-sangs agressifs et vieilles bêtes de retour exténuées.

Nous nous séparâmes, chèque en poche et cheikh bourré, après un rapide survol de l’impressionnante liste des crétins utiles. Un vrai Bottin de célébrités tous azimuts prêtes à tout pour passer chez Drucker. Agacement du client : « Pas fiables, des moutons plus cons que des dromadaires, aucune confiance« . Nous proposâmes, en geste commercial, quelques Maires de communes limitrophes, pour un prix vraiment dérisoire. Sa réponse le mit en joie : « Nous placerons les nôtres aux prochaines municipales, gratis ! », Nous rîmes de bon coeur à cette saillie terminale. Fortune faite, nous décidâmes d’abandonner la lutte de la ré-information pour aller craquer le pactole au Casino d’Acapulco.

Jean Sobieski

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