Comment lire les livres de Jean-Pierre Lledo ?

Publié le 10 août 2013 - par - 1 163 vues
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 D’abord avec patience, ne pas utiliser des lunettes trop filtrées, se prêter à une lecture parfois très amère, difficile à avaler, enfin surtout en cherchant le pourquoi de cette amertume.

Le titre du premier livre « Révolution Démocratique dans le Monde Arabe » en noir sur fond blanc, et en sous-titre « Ah si c’était vrai…. » en blanc sur fond vert, puis celui du second « Le Monde Arabe face à ses démons« , en blanc sur fond vert, avec en sous-titre « Nationalisme, Islam et Juifs » en blanc sur fond noir, n’anticipaient-ils pas déjà l’histoire réelle ?

Du vert d’un Printemps, très dubitatif (« Ah si c’était vrai… ») ne vire-t-on pas au  vert et noir de l’Islam, où il ne manque plus que les glaives et le « La ilaha illa allah ou Mohamed rassoul Allah … »(Il n’y a qu’un seul dieu et Mohammed est son prophète...’’) ?

Oui, ne passe-t-on pas du vert au noir avec tout son obscurantisme islamique.

JPL est un intellectuel démocrate. Je n’aime pas le mot engagé, cela suggère un militantisme dogmatique. C’est un intellectuel libre qui considère que les valeurs humaines sont universelles et valent plus que tout mécanisme politique, idéologique, ethnique ou religieux.

Je tiens fermement à dire que ses deux livres sont des manuels de formation pour tout aspirant à la démocratie. Je dis bien aspirant à la démocratie et non pas ’’prétendant-démocrate’’ ou pseudo-démocrate. Je dirais même manuel pour les lycéens.

Ils sont ce que l’on appelle aujourd’hui des « feuilles de route » pour mieux comprendre le nationalisme basé sur l’ethnique et/ou le religieux, pour mieux comprendre la laïcité, qui sans démocratie est désastreuse à la fois pour la démocratie et pour la laïcité… Pour comprendre aussi que la loi de la majorité ne veut pas toujours dire démocratie, que l’unanimisme est synonyme de totalitarisme, et que toute forme d’hégémonie n’a qu’un seul but, l’uniformisation, c’est à dire celui d’abrutir le maximum de gens.

Pour JPL, être libre c’est d’abord être libre de penser une chose, puis de la dire, de l’écrire, et comme il est cinéaste avant tout, de la filmer. Et quand il s’y risqua  avec ’’Algérie, Histoires à ne pas dire”, la réplique de notre pays l’Algérie (gouvernement et élites intellectuelles) fut sans appel : l’interdit. Jusqu’à ce jour.

Ses livres sont un tissu bien cousu pour nous avertir du « Truc turc« , et depuis un an du Truc Morsi, surtout qu’on sait depuis Platon que  » l’incorrection du mal n’est pas seulement une faute contre le langage lui même, elle fait encore du mal au mal ».

Ils posent une myriade de questions. « Comment abolir la servitude des intellectuels ? » Enlever ses lunettes trop filtrées ? Les laver ? Comment devenir indépendant d’Ame et de Réflexion » quand on a acquis l’indépendance territoriale? Pour ne pas tomber dans une autre dépendance. Pourquoi mettre l’Humanité à genoux en lui offrant deux à trois cents pages de Coran, en guise d’unique savoir universel ? Alors que le savoir universel se compose de plusieurs milliards de milliards de tonnes de pages.

Dans ces près de 700 pages qui déconstruisent toute la stratégie de l’Islam-Islamisme, une phrase de Boualem Sansal, de son dernier roman ’’Rue Darwin” me revient, et qui me fait penser à tous ces intellectuels démocrates, ’’musulmans modérés’’ avec leurs fameuses lunettes filtrantes qui les aveuglent….’’Pauvre de nous qui croyions que fuir devant l’Islamisme était la chose à faire, quand c’était la mauvaise, lui offrir l’espace pour se propager et massacrer plus de gens”.

ll ajoute comme JPL le fait d’ailleurs qu’il s’agit d’une ’’complicité à retardement’’.

Une bombe à retardement. Il suffit de revoir sur You-Tube les derniers événements de Tunisie, Egypte, Syrie, Lybie, sans oublier les 10 années noires de la fin du dernier siècle en Algérie.

Et elle est bien là cette bombe. Une bombe contre Le Monde Entier, donc contre l’Humanité.

Tel aussi ce massacre à Oran du 5 Juillet 1962, où des centaines, peut-être des milliers, d’innocents furent égorgés en pleine rue, uniquement parce que non-musulmans, le jour même de la célébration de l’indépendance algérienne ! Ce jour où tout à la fois nous avons gagné et perdu l’indépendance.

« Gain de l’indépendance territoriale et perte de l’indépendance de réflexion’’. Ca, ça vient de JPL.

JPL a posé ’’La Question’’, en faisant subir au lecteur une torture intellectuelle. Ce qui m’a d’ailleurs fait du bien. De me torturer pour le savoir. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’une seule question, ou alors d’une question qui sur près de 700 pages fait boule de neige. Que savons nous sur l’Islam ? Sur le nationalisme ? Sur l’unanimisme ? Sur les Juifs ? Sur le monde ?

Et dans tout cela la ’’Question Juive’’  est d’ailleurs une des plus importantes car la solution est souvent ’’Khaybar, Khaybar”, un des premiers pogroms de l’histoire moderne dont les Musulmans tirent encore fierté. L’Islam offrant soit la soumission de la dhimma à ceux qui ne veulent pas de ce nouveau Allah, soit le massacre, ’’Khaybar, Khaybar”,  soit encore pour les survivants,  l’humiliation : ’’Les Juifs sont des porcs, et des singes’’ ! On ne sait même pas si ils le sont devenus par punition divine, ou si ils en descendent. C’est une question qui fait débat encore dans nos rangs… Et cela n’est pas seulement écrit dans les Hadith, mais aussi dans le Coran ! ’’ ’’Les Juifs sont des porcs, et des singes’’ ! Y a t il un Imam modéré et progressiste dans les parages, pour dire que c’est exagéré ?

Et quand JPL  laisse dans le fond du ventre de Djalout (Goliath devenue Baleine) son alter ego narratif Younes (David-Daoud-Jonas) se battre avec lui-même, aux prises avec la plus impitoyable des armes, la Logique, il est évident que tous les Younes, moi, nous, qui avons vécu ou vivons en terre d’Islam, que l’on soit musulman, et s’il en reste, chrétien, juif, athée, peuvent complètement s’y identifier.

Et quand je pense que l’occident a pu contraindre le communisme, avec une guerre uniquement froide, à plier devant la démocratie (et ce n’est pas fini, vu les nostalgiques de la dictature), mais ne veut rien faire contre l’Islamisme, au contraire (!), je me dis : mais que pourront faire les trop adorables, les très courageuses Djamila Benhabib, Nonie Darwich, Wafa Sultan…. et les très courageux Boualem Sansal…?

J’ai aussi apprécié deux refrains qui reviennent à presque tous les chapitres: ’’Mon coté optimiste”, et ’’Mon coté pessimiste”, comme conclusion à la fin d’une réflexion.

Malheureusement ’’Mon coté pessimiste” prédomine dans le second livre, et à juste titre.

Car David-Daoud-Jonas-Younes, alias Jean-Pierre Lledo, dans les deux livres, fait un constat fondamental en prenant à témoin tous ceux qui se considèrent être des ’’démocrates arabes’’ : de Mohamed jusqu’à Morsi, sans oublier en passant Hadj Amin El Husseini, El Bana, les actuels frères Ramadan et bien d’autres, rien n’a changé dans l’islam, si ce n’est que la haine est devenue plus technologique, transformant en bombe des femmes et des hommes, et bientôt pourquoi pas des enfants…..

Younes qui connait si bien le Coran, Le Rassoul (’’QSSL, ’’Que le Salut soit sur Lui’’, formule de l’asservissement intellectuel que se croit obligé d’entonner tout ’’démocrate modéré’’ après avoir dit le nom du prophète), les Hadiths (faits et dires du prophète) , la Sira (la biographie du prophète), a certes fort à faire… Prisonnier dans le ventre de Djalout en train de digérer, et tentant de surmonter sa nausée, il doit encore gérer tout cet enfer scatologique : un verset abrogé par un autre, une sourate contredisant une autre, un texte qui a mis plus de 20 ans à être révélé (et reproduit sans aucune chronologie)… Comment donc tout cela en cet état, pourrait-il être ’’Le Livre” ? L’unique source de savoir ? Alors qu’il y a tant de livres, des milliards de livres ? Alors que le savoir est toujours l’acquis de l’Homme et non pas un cadeau de Dieu.

JPL a fait un boulot monstre. Il lance un débat intellectuel.

Tous ceux qui veulent en savoir plus sur les démons qui menacent et font souffrir les peuples arabo-musulmans et qui, de plus, aujourd’hui inquiètent le reste du monde, doivent lire ces deux livres de JPL.

Rassurons le futur lecteur, Younes-J.PL. après un parcours douloureux pour se retrouver, apres s’être tant cherché, apres l’horreur pestilentielle du tube digestif de Djalout,  va s’en sortir, ’’150 ans après’’, donc dans le futur.

Il ne le dit pas, mais moi je l’imagine, protégé sous cet arbre ’’El Gharquad” qui hante le récit musulman du Jugement dernier quand le Juif pourchassé ne trouvant grâce ni auprès du Rocher, ni auprès de l’Arbre, ne devra sa vie sauve que derrière ’’El Gharquad”, arbre ’’juif’’, comme tient à le préciser le récit musulman, comme si cela ne coulait pas de source…

Ali Ghozlane, ingénieur

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