Comment lutter pour la laïcité en Algérie si la France célèbre le ramadan dans les préfectures ?

Publié le 30 juillet 2013 - par - 10 733 vues
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Je suis connu sur internet sous le nom d’Aldo Sterone. Je fais surtout des vidéos en ligne pour échanger et partager avec le public sur des thèmes de société et d’actualité. Je suis né en Algérie où j’ai passé la moitié de ma vie. J’ai passé l’autre moitié en Europe qui m’a servi de terre d’accueil et où j’ai pu me construire. Aujourd’hui, je m’élève contre l’arrivée en France et d’autres pays européens des mêmes phénomènes qui m’ont poussé à quitter mon pays d’origine et qui ont causé le malheur de beaucoup de gens.

Ramadan, Laïcité et Liberté

Le concept de jeûne existe dans toutes les religions ainsi que dans d’autres systèmes philosophiques et spirituels. Sous des modalités variables, on le trouve dans le judaïsme,  le christianisme, l’islam ou même le yoga. Ceux qui l’exercent le considèrent comme une pratique personnelle d’ascèse et d’élévation spirituelle. Le jeûne étant – par définition – une discipline de renoncement et d’abnégation, il exige dès le départ, un haut niveau moral et spirituel. Ceci est d’autant plus vrai que nous vivons dans une société de consommation effrénée dont il est difficile de se défaire.

A cause même de cette notion d’abnégation en vue d’obtenir une ascendance spirituelle, le jeûne n’a toujours concerné que l’adulte, sain de corps, sain d’esprit et mentalement disponible pour se lancer dans ce processus difficile. Ce n’est pas un chemin pour enfants, personnes malades  ou ne vivant pas une disposition mentale compatible avec l’ascèse. Ce n’est pas non plus un chemin qu’on traverse sous la contrainte. Si un train tombe en panne et que des gens restent coincés dedans sans manger et sans boire toute la journée, on ne peut pas dire qu’ils ont jeûné. Dans ce dernier cas, on a des voyageurs nerveux, pressés et affamés. C’est-à-dire qu’ils vivent une chute, ou une descente spirituelle en réveillant leurs instincts les plus basiques.

Enfin, le jeûne étant une pratique personnelle en relation avec le divin, il se fait dans la plus stricte intimité afin d’atteindre des objectifs individuels.

valls-ramadan-parisLe Ramadan

Le ramadan est le neuvième mois lunaire et reste considéré comme sacré chez les musulmans. Dans le Coran, il a été prescrit de jeûner durant ce mois. La prescription est assez souple dans le sens où il est offert la possibilité aux malades, ainsi qu’aux voyageurs de jeûner à d’autres moments de l’année. Les femmes sont dispensées de jeûne pendant qu’elles ont leurs règles. Pour les autres, c’est-à-dire ceux qui pourraient physiquement (mais pas spirituellement) jeûner, il est proposé une sortie honorable : nourrir un pauvre chaque jour.

Dans ce sens, le mois du ramadan aurait pu être une occasion de remplir les banques alimentaires pour nourrir les nécessiteux le reste de l’année.

Le ramadan n’est pas une fête et ce n’est pas une tradition. Ça n’a donc aucun sens de voir ces politiciens qui vont mimer des « ruptures de jeûne » ou ces enseignes qui « félicitent » les musulmans. Stricto-sensu, c’est même une forme d’insulte à la religion en transformant le jeûne en une sorte de célébration ou fête de la consommation.

Le Maghreb

Alors que de nombreuses personnes de diverses confessions pratiquent le jeûne spirituel, c’est surtout aux communautés du Maghreb qu’on pense quand on évoque ce sujet aujourd’hui. La montée de l’intégrisme religieux et l’arrivée des chaines satellitaires financées par les monarchies wahhabites a sorti la religion du cercle privé ou intime. Maintenant, tout se pratique de manière collective avec chaque personne exposant sa vie et pensant avoir un droit de regard sur celle des autres. La pratique devient sociale et hystérique alors que la dimension spirituelle est totalement oblitérée.

La consommation alimentaire explose. Sous la demande et la spéculation, les prix des fruits, légumes et viandes augmentent fortement. Ceux qui déjà peinent à nourrir leurs enfants en temps normal, sont les grands perdants du ramadan. Les initiatives charitables organisées dans les grandes villes restent insuffisantes pour compenser le phénomène. Même les ménages dits de « classe moyenne » doivent faire des sacrifices sur d’autres postes pour manger correctement durant le ramadan.

Durant ce mois, les accidents, bagarres, violences conjugales, agressions et autres fléaux sociaux sont exacerbés. La faim et la soif sans une once de spiritualité sortent ce qu’il y a de pire dans l’humain. Régulièrement la presse locale rapporte les macabres statistiques montrant des pourcentages d’augmentation à trois chiffres.

Cédant à la rue, les pouvoirs locaux en Algérie ou au Maroc ont commencé il y a quelques années à traduire en justice les non-jeûneurs. Chaque ramadan qui passe, on constate la généralisation et la monté en sévérité de ces poursuites. Même mangeant en privé, personne n’est à l’abri d’une délation ou d’un zèle de la police.

Dans le même esprit, de plus en plus de gens affament les enfants alors que ces derniers sont à des années-lumière d’accéder au sens d’une telle pratique. L’argument étant de les « habituer ». Mais encore une fois, le jeune n’est pas une habitude, ni une mécanique. Cependant, il courant dans la société arabo-musulmane de mécaniser les comportements et produire une sorte de religion à la chaine ou Dieu lui-même ne trouvera rien à redire.

Le « Respect » 

On assiste à l’introduction nouvelle de la notion de « respect » dans la pratique du jeûne. Ainsi, si je décide de ne pas priver mon corps pour atteindre l’élévation spirituelle, ceci est un manque de respect à ceux qui choisissent cette voie. Ils sont donc en droit de se montrer agressifs et exiger une punition exemplaire à mon égard. Le jeûne maghrébin n’est pas une relation entre l’homme et le divin, mais entre l’homme et la société.
Cette notion de « respect » exigible qui détourne une pratique d’ascèse montre que notre société comporte beaucoup d’individus avec un orgueil tel qu’ils sont incapables de toute forme de spiritualité. Ceci est lié au fait qu’ils ne peuvent pas concevoir l’existence d’un Dieu externe à eux-mêmes. Ils s’approprient personnellement tout le pouvoir divin et cherchent à le revendiquer dans leur entourage.

Au Maroc, comme en Algérie, on commence à avoir régulièrement des manifestations de gens qui clament leur ras le bol en tenant des manifestations où ils mangent et boivent. Ceci me rend triste pour le niveau du droit humain dans ma société d’origine. En 2013, nous sommes réduits à mener des combats aussi invraisemblables. Le simple droit de boire et de manger devient une lutte.

Cependant, je pense que tant qu’on n’aura pas traduit certaines personnes devant des tribunaux, comme le TPI, pour violation de droits humains, les choses ne bougeront pas.

A un niveau personnel, j’évite mon pays d’origine pendant un mois par année. C’est une période où je perds une partie de ma citoyenneté parce que je n’ai plus droit de cité avec la garantie de tous mes droits humains. Que dois-je faire ? Justifier mes choix spirituels et intimes à tous ceux qui le demandent ? Manger en cachette ? Circuler avec des certificats médicaux ? Que peut faire une femme dans la même situation ? Baisser son slip  pour montrer qu’elle a ses règles ? Se balader avec un certificat de son gynécologue montrant les dates de ses menstruations ?

On voit bien que ce système devient grotesque et sors complètement de son sens original. Il faut aussi savoir que le fait de manger en cachette est équivalent à de l’idolâtrie. Dans le sens où on mange devant Dieu, mais on jeûne devant les hommes. C’est un pêché impardonnable qui ouvre tout grand les portes de l’enfer à tous ceux qui sont impliqués : l’idolâtre et celui qui est l’objet de cette idolâtrie.

En France

Dans tous les pays du monde, l’immigration n’est pas un droit mais un privilège. C’est-à-dire qu’une personne donnée n’a ni l’obligation, ni le droit d’aller s’installer définitivement dans un autre pays. De plus, pour ceux qui souhaitent punir et être punis pour le jeûne, il y a des pays qui appliquent la Sharia. En Iran, par exemple, des jeunes agents circulent à mobylette et ont le droit de frapper à coups de bâton ceux qui leur semblent sortir du droit chemin. On les appelle les Basiji et ce sont des volontaires. C’est un environnement où certaines personnes peuvent trouver leur bonheur. Maintenant, pourquoi choisissent-elles de venir en France alors ?

Parce que la France est un pays où les locaux ont perdu tout respect pour eux-mêmes, pour leur identité et leurs valeurs. Ils n’affichent plus fièrement leurs couleurs. Je me souviens du tôlé quand Claude Guéant avait déclaré en 2012 que « toutes les civilisations ne se valent pas ». Pourtant, il n’a rien dit de faux : quand on est dans un pays, la civilisation représentée par ce pays doit être considérée au-dessus de toutes les autres ; à tort ou à raison. C’est ainsi partout sauf en France encore une fois.

Cet abandon fait que des territoires entiers sont géographiquement en France, mais sur le plan culturel et identitaire, ils sont ailleurs. Ils sont soumis à même propagande que les sociétés du Maghreb. Chaque pratique religieuse (prière, jeune, hallal…) se transforme en une différence revendicatrice jetée au visage de l’autre.

Beaucoup pensent qu’il n’y a pas liberté de conscience dans les pays arabo-musulmans à cause des pouvoirs en place. C’est un des mythes les mieux propagés et il est totalement faux ! Le contraire est vrai : les sociétés arabo-musulmanes sont depuis la base demandeuses d’un contrôle totalitaire des consciences. Un régime qui voudrait se désengager de ce terrain et laisser les gens gérer tout seuls leur spiritualité ne tiendrait pas deux jours. C’est cette tare qui empêche tout essor des libertés et des droits humains dans ces pays. Ils en payent un prix social, économique et civilisationnel horrifiant, mais ne sont pas prêts à se remettre en question. Au pire, quand ça va trop mal, ils partent vers d’autres horizons mais choisissent intuitivement des pays qui suivent une voie différente. Mais dès qu’ils y mettent les pieds, ils veulent les changer selon leur modèle perdant encore.

La France cède aux désirs des islamistes et tous les courants qui veulent se donner la peine. Ces renoncements deviennent des acquis qui serviront de fondations à d’autres demandes encore. Le fossé se creuse en tendant vers un modèle : deux peuples, un pays.

Le Ricochet

Les salamalecs obséquieux des responsables français nous perturbent jusqu’à dans nos sociétés d’origine. Comment je peux raisonnablement lutter en Algérie pour un retour de la religion dans la sphère privée si en France, pays dit laïque, le ramadan est célébré dans les préfectures ?

Aldo Sterone

 

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