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Comment peut-on se dire républicain et qualifier Sarkozy de "pétainiste" ?

Certes, Sarkozy est un libéral, un homme de droite acquis au capitalisme – non seulement il ne s’en cache pas mais il le revendique. De là à l’affubler d’épithètes nauséabondes chargées d’histoire et donc de sens, il n’y a qu’un pas que d’aucuns, depuis, un an, franchissent sans vergogne. Traité de fasciste(1) pendant la campagne présidentielle, le voici maintenant assimilé à Pétain.(2) Il s’agit là, une fois de plus, d’un raccourci malheureux car, quels que soient les torts de Sarkozy, à aucun moment il n’a pratiqué les « -ismes » malheureux de notre histoire.
Je ne peux me rappeler sans agacement ces mails outranciers de l’entre-deux-tours nous annonçant une nouvelle Thatcher, le fascisme, la fin des libertés, le bonapartisme… Or, rien de cela ne s’est passé, bien au contraire ! Alors que Thatcher était restée droit dans ses bottes face aux mineurs, Sarkozy a négocié, très avantageusement pour les cheminots, avec les syndicats la suppression des régimes spéciaux. On nous annonçait la dictature du parti unique ? Il a démasqué l’imposture des socialistes en en nommant quelques-uns dans son gouvernement. On prévoyait Bonaparte ? Sa réforme de la Constitution donne plus de pouvoirs au Parlement…
S’il est vrai que ses attaques contre les services publics, contre l’égalité, devant la santé, contre la laïcité et contre la démocratie avec la ratification du Traité de Lisbonne choquent les vrais républicains, ceux-ci sont prêts à apporter une réponse politique, à proposer une alternance susceptible de renverser la vapeur, contrairement à ces gauchistes primaires qui se gargarisent d’anathèmes et crient au loup en espérant une alternance qui permettra à « la gauche socialiste » d’avoir le pouvoir et de faire, comme Sarkozy, la politique qui nous est dictée par l’Union Européenne et l’OMC.
Ces gauchistes hystériques commettent, de plus, une faute très grave : comme pour les notions de « staliniste » et de « fasciste », utiliser à la légère « pétainiste » concourt à banaliser la réalité, terrible, historique et incomparable qui est évoquée. Bref, les auteurs de ces détournements de sens sont d’une légèreté impardonnable, qui les mène pour le plaisir de l’injure à laisser de côté ce qui, effectivement, dans la politique du Président de la République et son gouvernement posent de gros problèmes à la France, aux Français, et à la République elle-même.
D’abord, on rappellera que non, Sarkozy n’a rien à voir avec Pétain :
A-t-il fait voter une loi constitutionnelle lui donnant tous les pleins pouvoirs pour décider d’une nouvelle constitution ? NON.
S’est-il arrogé les pleins pouvoirs, renouant ainsi avec la monarchie absolue, notamment celui de désigner son successeur et de promulguer, seul, les lois ? NON
A-t-il supprimé le mot République, suspendu les libertés publiques et les partis politiques ? NON
A-t-il dissous les centrales syndicales et interdit la franc-maçonnerie ? A-t-il remplacé les conseils municipaux par des « Délégations spéciales » à sa solde ? NON
A-t-il fait condamner à mort ceux qui ne sont pas d’accord avec lui ? NON
A-t-il remplacé la devise républicaine « Liberté, égalité, fraternité » par « Travail, Famille, Patrie » ? A-t-il annoncé publiquement que son régime ne reposerait plus sur l’idée d’égalité entre les hommes ? NON
A-t-il interdit la fonction publique aux juifs ? A-t-il pénalisé l’homosexualité ? A-t-il légiféré pour renvoyer les femmes dans leurs foyers ? NON
Le seul point de convergence entre Pétain et Sarkozy serait le désir de revaloriser le travail, mais, là encore, il n’y a rien à voir entre celui-là qui, en 1940, déclarait la guerre au principe de plaisir :  » Depuis la victoire [de 1918], l’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu’on a servi. On a voulu épargner l’effort ; on rencontre aujourd’hui le malheur  » et celui-ci qui associe travail et richesses et… richesses et plaisir ! Dans un cas, un vieillard qui ne se console pas de ne plus pouvoir jouir, veut en empêcher les autres, et veut surtout sa revanche sur 36 et le Front Populaire ; dans l’autre un épicurien avide de profiter de la vie, du luxe et des plaisirs matériels qui fait lire dans chaque lycée la lettre du communiste Guy Môquet (au grand dam de certains syndicats enseignants, ridicules et peu crédibles pour le coup). Le rapprochement est non seulement spécieux mais risible !
Alors que lui reproche-t-on dans les rangs de « gauche » ? D’attaquer soi-disant les « valeurs républicaines », de « miner » en les rendant flous les principes de notre société. Le discours, alambiqué, qui veut nous le prouver, non seulement ne prouve rien, mais, en faisant ce pot-pourri où l’on mélange tout, se détruit lui-même. En fait, ce qu’on lui reproche, tout simplement, c’est d’être libéral. Chirac comme Jospin l’étaient. Comme eux, et à leur suite, il augmente la durée de cotisation pour percevoir une retraite à taux plein, il dérembourse des médicaments, il introduit des franchises… On ne les a pas pétainisés, que je sache !
Ses détracteurs n’en sont pas à une contradiction près, ils n’hésitent même pas à imputer à son pétainisme la non régularisation des sans papiers ; il est pourtant essentiel de refuser toute régularisation systématique si l’on veut conserver ces fameuses valeurs républicaines et notre protection sociale !!! Lire à ce sujet dans ce numéro de « Riposte Laïque » l’excellent papier de Guylain Chevrier. Pire encore, ils soupçonnent Sarkozy de vouloir, en refusant la régularisation des illégaux, créer deux catégories sur le territoire national, des citoyens, « normaux » et les autres. Mais justement, aussi étonnant que cela puisse paraître, les valeurs républicaines créent précisément cette distinction, pour protéger les citoyens et permettre la notion de bien commun, socle de Marianne!!!
On ne peut qu’être atterré par la rhétorique utilisée par tous ces gauchistes qui confondent allègrement extrême-droite et démocratie bourgeoise, qui banalisent les injures les plus virulentes ; quand on les lit sous la plume de gens qui se disent républicains on se rend compte que, là aussi, il y a tromperie. Leur comportement est aussi vil que celui des excités qui, au soir de l’élection de Sarkozy, manifestaient, montrant leur mépris des urnes et de la volonté populaire. N’est-il pas étonnant de voir des « soi-disant-républicains », en théorie défendeurs de la laïcité, qui rejoignent par leur lutte, leurs propos, ces gens de l’extrême-gauche si prompts à cracher sur la laïcité et sur la nation, ces gens qui défendent à tout va le communautarisme et les Indigènes de la République, cette insulte au bon sens et aux valeurs républicaines ?
Or, la culture bobo-gauchiste est incompatible avec la sauvegarde des intérêts de la République, car elle se veut défenseur de l’individu, de ses particularités, de sa culture, refusant même la notion de droits et de devoirs, qui permettent le vivre ensemble. Le gauchiste, à l’instar du bobo compassionnel ou du libertaire, instaure la loi de la jungle ; c’est le plus fort, c’est-à-dire le plus obstiné, le moins respectueux des autres qui impose, partout, ses femmes voilées, ses repas halal, la régularisation des clandestins, qui veut limiter la liberté d’expression, qui oblige le travailleur pauvre à supporter les nuisances sonores nocturnes sauf à être traité de facho…
On peut, et on doit, attaquer la politique de Sarkozy, mais on peut et on doit le faire intelligemment, comme le font les républicains authentiques : que nos gauchistes aillent prendre des idées, des analyses et des critiques constructives sur le blog de Jean-Pierre Chevènement (3) ou sur celui de Nicolas-Dupont Aignan (4), notamment les deux articles mis en lien ci-dessous. Ils y trouveront, à foison, de quoi alimenter, intelligemment et avec courtoisie leur anti-sarkozysme primaire : dénonciation des méfaits d’une mondialisation à laquelle Nicolas Sarkozy veut nous faire participer en renonçant à tout ce qui permet à la vie d’être douce, même quand on travaille ; dénonciation des dépenses inutiles et des économies nuisibles …
Hélas, les imbéciles qui, il y a quarante ans, hurlaient CRS=SS sont toujours là, ils ont pignon sur rue, ils n’ont pas grandi, ils n’ont pas évolué, ils croient qu’en appeler au meurtre du père les fera exister.
Christine Tasin
http://christinetasin.over-blog.fr
(1) http://www.liberation.fr/rebonds/254309.FR.php
(2) http://www.gaucherepublicaine.org/,article,2082,,,,,_De-la-Republique…-a-lrEmpire.htm
(3) http://www.chevenement.fr/Nicolas-Sarkozy-le-renoncement-face-a-la-mondialisation-liberale_a608.html?PHPSESSID=2b0d51fc0cf9018893251ce485192bfc
(4) http://www.blog.nicolasdupontaignan.fr/index.php/2008/04/04/211-ce-n-est-pas-en-rapetissant-la-france-qu-on-la-redressera