Commentaires sur « Une France collabo prépare la victoire de la France racaille et de la France halal »

Publié le 19 juillet 2010 - par - 340 vues
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Cher Cyrano,

Votre article « Une France collabo prépare la victoire de la France racaille et de la France halal »(1) contient, sous un titre « coup de canon », des prises de positions qui me semblent très justes, et s’il n’y avait quatre arguments sur lesquels je suis catégoriquement opposé, je pourrais le signer. Certains qualifieraient ces désaccords de points de détail, ils n’en sont pas du tout. Je vous envoie mes critiques pour contribuer au débat, car je crois que ces questions sont déterminantes pour les combats politiques qui s’annoncent.

Plantons le décor. S’il y a, pour reprendre les mots de ce titre, tant de problèmes de « racailles » et de communautarisme(2) autour du « halal », ce n’est pas à cause de l’immigration et des immigrés, qui s’adaptent d’une façon ou d’une autre aux conditions de leur société d’accueil, mais parce que nos « zélites », parfaitement « autochtones », ont méticuleusement, avec ténacité et acharnement, accablé, discrédité, calomnié, subverti, notre héritage politique, au profit de tout et de n’importe quoi, pourvu que cela soit différent. Notre pays n’était réputé être qu’un machin douteux à ranger au musée des horreurs et devait être remplacé par l’Europe, seule à même d’affronter les défis des temps modernes. De là, notre société s’est trouvée dans une impasse et au lieu de continuer d’avoir un projet d’avenir et d’actualiser ses principes, sa sagesse et ses desseins, elle a dû de plus en plus se laisser ballotter au gré des événements et des modes, pour se trouver frappée de chaos, comme nous ne le voyons que trop. Comment s’étonner alors, que les classes populaires, parmi lesquelles de nombreuses personnes issues de l’immigration, les premières frappées et les plus menacées de précarité, cherchent des solutions ailleurs que dans notre République indivisible, laïque, démocratique et sociale, puisque l’Etat aux mains des principaux partis politiques, devient faible et policier ? D’autant que nos politiciens, en grande majorité convertis aux idéologies du recul du politique, n’ont cessé de répéter, chacun à sa façon, qu’« il n’y en aurait pas pour tout le monde ».

Ceci pour que les bien-pensants ne s’avisent pas de colporter que nous aurions dit que les personnes issues de l’immigration, ou qu’une majorité ou que sais-je encore, seraient incapables de devenir des citoyens français « par essence ». Au contraire !

Mes critiques

1. « Comment ne pas partager ce commentaire de Christine Tasin, sur la symbolique : « Fillon devant une fillette voilée, c’est le même message que Daladier devant Hitler ». »

Pour ma part, je ne suis pas du tout d’accord avec C. Tasin. Je m’interroge sur l’usage de certains excès de langage pour défendre notre cause. Il me semble que c’est là un tropisme plus dangereux et toxique que pédagogique.

A. Le nazisme. La comparaison avec le nazisme est à manier avec précaution. Elle est presque systématiquement une sottise, un argument facile pour dire qu’on a affaire au Mal absolu, en se posant comme le représentant du Bien. Nous devons nous faire comprendre sans matraquer d’argument comme celui-ci qui ne clarifie rien.

Le nazisme c’est : « la politique de la race ». Et quelque qu’odieux et menaçant que soit l’islam politique, l’islamisme, l’islam radical… (je préfère la première dénomination, elle est générale, elle dit le cœur du problème, l’ambition politique de cette tendance religieuse, et cette terminologie est radicalement laïque), l’islam politique donc, n’est pas une politique de la race, une politique vétérinaire. Il ne faut pas tout mélanger. Les motifs, les ressorts, les moyens, l’imaginaire, les possibilités d’actions, tout, tout, absolument tout est différent. Je ne dis pas que cette idéologie n’est pas dangereuse, au contraire ! Mais nous avons besoin de faire comprendre le danger à nos concitoyens, alors n’économisons pas nos efforts pour nous rapprocher de l’énonciation la plus exacte de la menace, quoi qu’il arrive, le salut de la France, République indivisible, laïque, démocratique et sociale, passe par ce point stratégique. Il me semble que vous êtes de tous celui qui est le plus proche de ce point, de grâce ne cédez pas à ces arguments complètement nuls.

D’aucuns diront : « certes, mais l’ambition de conquête et de domination des plus radicaux d’entre eux, leur délire de domination, est semblablement sans limites ». Je répondrais que je suis d’accord sur ce point ! Mais il n’est pas pour autant pertinent d’énoncer cette identité avec le nazisme.

De même, ce n’est pas un fascisme. Le fascisme est la politique qui vise, y compris par la violence, à saisir l’ensemble de la société dans l’Etat, par une organisation en corporations et en classes d’âge, pour des visées qui ne ressemblent en rien à celles de l’islam politique. Il faut être précis, de manipuler ces mots grandiloquents n’apporte rien à notre combat, au contraire. Nous avons besoin de citoyens qui ont les idées claires, pas des gueulards qui mélangent tout. Dans l’interview de Bénédicte Charles dans Marianne2 (3), vous disiez les choses excellemment, ne cédez pas à ces facilités là, cela revient à donner des armes à la « police de la pensée » qui en profitera pour neutraliser le reste de l’argumentation qui tient très bien le cap. (4) (5)

Appeler l’islam politique un totalitarisme est correct, mais j’en conviens, de peu de portée dans les débats. Les traiter de fascistes ? Il me semble que cela ne convient pas, le mouvement est totalement anarchique et sa stratégie est indirecte, non explicite, ce qui est si différent du modèle original. Parler de « racailles » ? C’est si partiel ! Ce courant politique est une sorte de « Janus multi-frons » sans coordination : pour certains l’objectif est la quête de respectabilité, de créer des précédents transgressant la loi de 1905, ailleurs on pratique le prosélytisme, ailleurs les trafics et l’arrachement de certains territoire à la loi commune, ailleurs encore le harcèlement alimentaire, ou vestimentaire, etc. (Je rappelle que je sais parfaitement que les Musulmans les plus nombreux ne souhaitent qu’une chose: être français et qu’on leur fiche la paix. Parfait! Mais il n’empêche que les activistes politico-religieux précédents existent bien et qu’ils posent des problèmes supplémentaires à notre pays. Ce qui exige de notre civisme que nous nous en occupions.) Quelle est la bonne terminologie? Et si nous ne l’avions tout simplement pas encore trouvée et forgée, et que la raison de notre difficulté à véritablement percer en était la conséquence?

B. La petite fille. Oui le symbole d’un premier ministre qui tolère qu’on lui impose une fillette voilée est insupportable, l’envie de marquer les esprits devant cette lâche manipulation est tentante, mais le parallèle rate sa cible : Daladier(6)-Hitler et Fillion-la fillette. Ce ne sont pas là des manières ! Cette gosse n’est pas le leader de l’islam politique. Cette pauvre gamine n’est pas responsable de ses actes, elle est l’objet des manigances des vieux qui l’entourent, un symbole pour marquer le terrain politique, les esprits. Il faut constater la manipulation, le peu de scrupules, mais ne pas faire d’amalgame facile comme celui-là. Un argument pareil comparant une gamine à Hitler… je trouve ça navrant, c’est un argument laid, qui choquera ceux qui ne sont pas enragés et sera instrumentalisé par nos adversaires.

Ces formules sont plus un danger pour notre cause qu’un appui, quel que soit le travail que les personnes qui les sèment sur leur passage aient accompli. S’il ne faut pas se laisser intimider, il ne faut pas davantage succomber à la tentation des formules excessives. Ce sont ces deux écueils qu’il faut éviter afin de nous hisser à la hauteur nécessaire pour défendre la France, la république. Riposte Laïque ne subit pas le premier, elle doit être exemplaire pour le second.

2. « On est passé de 4 mosquées en 1985 à 2000 en 2010, et il en réclame encore 2000 de plus ! »

Si dans les 20 ans qui viennent on faisait venir 6 millions de Sikhs ou de Shintoïstes, et que ceux-ci s’implantent sur tout le territoire national, nous aurons aussi des milliers de temples partout. Si on ne voulait pas des mosquées, il ne fallait pas laisser entrer des Musulmans. Maintenant ils sont là, donc il y a les lieux de culte de la religion qu’ils pratiquent.

Le problème ce n’est pas les mosquées, c’est que trop de ces fidèles ne soient pas laïques. Certains diraient que ce serait « plus simple“ s’ils n’étaient pas venus, mais la question ne se pose plus. De plus, la France est un « pays monde », donc il n’y a rien de surprenant à ce que notre pays soit confronté aux grands défis de notre temps. Ca ne pouvait pas être autrement. Faisons en sorte que cet islam accepte de s’inscrire dans la laïcité, cela fera du bien à la terre entière.

3. Sur la police, pour l’essentiel je suis d’accord, ils font un métier de plus en plus difficile et ne reçoivent pas de la nation le respect et la reconnaissance qu’ils méritent. Il n’empêche qu’un certain nombre d’entre eux se comportent mal. Je ne leur réclame rien d’inaccessible, juste d’être des Français avec la rigueur et la correction qu’on peut demander de représentants de la force publique dans notre république. Ils ne se comportent pas toujours comme dans les documentaires qu’on voit à la télévision. Que tous ceux qui font bien leur mission n’en prennent pas ombrage, ils sont les premiers à savoir que par les temps qui courent il faut faire très attention à certains comportements.

Dix ans de sarkozisme, déclarations tonitruantes, objectifs quantitatifs, priorités très contestables, résultats médiocres ou négatifs, n’ont pu que créer du ressentiment, mais ce n’est pas une excuse. Après l’épisode que nous connaissons actuellement, il faudra un bon ministre de l’intérieur pour refixer le cap.

4. « cette gauche a banalisé l’insulte ». Votre passage sur la gauche compassionnelle est très juste, mais pour l’insulte, la transgression, il n’y a pas qu’elle, c’est la génération des babyboomers qui est en cause. Il me semble capital d’identifier la dimension générationnelle et anthropologique dans ce problème : une génération s’est sentie brimée par la « bonne éducation » (bonne formule !), qui a joué jusqu’à la nausée la provocation, la transgression, la rupture avec ce qui était transmis, institué, hérité, et fait qu’aujourd’hui la politesse n’est parfois plus qu’un reliquat en certains lieux (typiquement quand il faut faire la queue), que tant de gosses sont mal élevés, mal instruits, bien que très contents d’eux (voire leurs parents plus encore qu’eux-mêmes), ou que le Français parlé communément par nos compatriotes soit si dégradé.

Voilà, tout cela est bien long, mais peut-être que l’un ou l’autre argument pourra contribuer à préciser nos arguments afin de les rendre plus percutants dans les débats.

Merci à Riposte Laïque.

François Bunner

 

(1) http://www.ripostelaique.com/Une-France-collabo-prepare-la.html

(2) parmi quelques autres communautarismes

(3) http://www.marianne2.fr/Apero-geant-selon-Pierre-Cassen,-seule-l-extreme-droite-defend-aujourd-hui-la-laicite-Malheureusement_a194130.html

(4) Concernant les affinités de l’islam et du nazisme, il y eut le Moufti de Jéruzalem, les divisions SS Handschar et Skanderbeg dans les Balkans (et accessoirement la Légion nord-africaine chez nous), mais je le maintiens, c’est là tout autre chose que l’islam politique actuel.

(5) Il faudrait encore argumenter pour dire que l’islam politique n’est pas une « extrême droite » : une fois de plus ce référentiel « gauche-droite » n’est plus pertinent. Certains y sont attachés parce que toute leur vie, etc. Néanmoins aujourd’hui la marque « gauche » est propriété d’un parti, le PS, qui sur cette question comme sur de nombreuses autres compte parmi nos plus résolus adversaires, ainsi continuer d’utiliser cette marque pour des raisons sentimentales c’est se faire l’idiot utile de ces gens, et donc le traître de la cause qu’on prétend défendre. Refusant d’entrer dans le débat de la « vraie gauche » et de la « vraie-vraie gauche », qui n’est qu’une surenchère verbeuse et stérile, je pense que nous devrions refonder ce clivage entre les « politiques » et les « gestionnaires », entre ceux qui se soumettent à la globalisation et ses idéologies complices et ceux qui veulent y résister. Vous verrez que comme par hasard, ce clivage se superposera largement avec le clivage entre les laïques et ceux qui pour différentes raisons se font les complices de l’islam politique.

(6) Passons sur Daladier qui avait une tâche bien ingrate pour trouver une solution entre : le double langage des Allemands, protestant de leurs intentions pacifiques alors qu’ils préparaient la guerre avec acharnement, l’extrême complaisance des Anglais pour leurs cousins germains doublée d’une hostilité résolue à toute politique de fermeté de leurs « alliés » français qui n’habitaient pas une île, eux, sans oublier nos anciens, qui choqués par les tueries de 14-18, étaient pour une trop grande partie d’entre eux emprunts d’un profond pacifisme et préoccupés de questions nationales presque exclusivement, alors que montait le nazisme qui ne leur voulait que du mal et que seules les armes, et des armes offensives, pouvaient neutraliser. Ces tournures d’esprit ont permis l’extrême médiocrité de nos « zélites » de tous bords qui ont conduit notre pays à la Débâcle. Parmi ces « zélites » qui ont faillies ou trahies, Daladier, qui a certes commis de graves erreurs, était loin d’être le pire et ne mérite peut-être pas d’être cité comme modèle de compromission, ni comparé aux incapables d’aujourd’hui.

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