Comprendre la crise financière: qu’est-ce que les CDS ?

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Attention, Mesdames et Messieurs, la crise financière nouvelle est arrivée. Très bientôt, les généraux en retraites, les Ukrainiennes à grande gueule et les experts en géopolitique et en polémologie de tout genre vont devoir laisser leur place aux traders et aux analystes financiers.

Fini les obus de 155 mm, les chars Abrams, les balles de 7,62 et les F16 ; la nouvelle étoile du moment sera le CDS (Credit Default Swap).

Comme bien souvent, la création des CDS partait d’une intention louable, à savoir offrir une couverture sur le risque de défaut d’un émetteur de dettes. En d’autres termes, une assurance en cas de non-remboursement d’un État ou d’une entreprise emprunteur, sur une certaine période de temps.

Le fonctionnement est assez simple à comprendre : si j’achète une obligation de la société A pour 1000 euros, et que le CDS de A cote 50 sur le marché, cela signifie que cela me coûtera 0,5 % de 1000 euros annuellement pour m’assurer contre un défaut de remboursement, à savoir 5 euros, sur la durée durant laquelle je veux m’assurer, en général 5 ans.

Avec le temps, les prix de ces CDS sont devenus comme une sorte de baromètre de la capacité financière des entreprises et des États à rembourser leurs dettes. Quand ils montent brusquement, comme ce fut le cas pour Crédit Suisse hier, ce n’est pas bon signe.

Le problème de ces CDS, c’est que leur existence même est devenue, avec le temps, un problème bien plus qu’une solution.

En effet, ces CDS sont maintenant considérés comme un produit spéculatif à part entière, que l’on s’échange entre institutions financières, dans des quantités qui dépassent parfois le stock de dette à assurer. C’est un peu comme si des institutionnels se mettaient à spéculer sur des contrats d’assurance sur des voitures qui n’existent pas.

Si le coût de l’assurance de la Renault Clio explose à la hausse sur ce marché virtuel, il est certain que cela aura un impact immédiat sur le prix de l’occasion de ce modèle, qui chutera drastiquement. Il en est de même de la dette des sociétés et des États ; les spéculateurs sur CDS ont fini par transformer ce qui était un instrument de couverture de risque en source de risque par elle-même.

En laissant des opérateurs spéculer comme bon leur semble sur ces produits dérivés, nous les avons mis en position de générer eux-mêmes des situations de faillite sur des sociétés, pour leur bénéfice personnel. C’est ainsi que Crédit Suisse, la célèbre banque helvétique, a dû hier emprunter en catastrophe 50 milliards de francs suisses à l’État suisse pour ne pas claquer dans la journée, le coût de l’assurance de la dette étant passé brusquement à 7,5 % par an !

Nous avons atteint une telle situation que l’on ne sait plus si c’est la montée des CDS qui fait sauter la banque, ou la mauvaise santé de la banque qui fait grimper les CDS, entraînés que nous sommes dans un dilemme digne de l’œuf ou de la poule.

Le deuxième problème, et non des moindres, c’est que ces assurances n’en sont même plus pour les bons investisseurs qui veulent juste être assurés sur de la dette qu’ils détiennent ; en effet, ceux qui vendent ces assurances sont également des banques, qui de toute façon se retrouveront toutes dans la même situation que la dette qu’elle assurent. C’est un peu comme si, en qualité de propriétaire, vous acceptiez comme caution, pour votre locataire, ses parents surendettés.

Le pire dans tout cela, c’est que cette crise n’est pas nouvelle du tout ; elle n’est en réalité que la continuation de celle de 2008. En 15 ans, rien n’a été fait, en terme de régulation. Le lobby bancaire, très puissant à Bruxelles, veille au grain. La politique de taux zéro pratiquée depuis n’a fait que jeter de l’huile sur le feu. Démultiplier la masse monétaire en circulation afin de mettre fin à une crise financière comme celle de 2008, à la crise de dettes souveraines des années 2010 et à la crise artificielle du Covid-19 revient à offrir une bouteille de gnôle gratuite à un alcoolique en cure de désintoxication. C’est tout simplement criminel.

De par le niveau d’intrication des banques entre elles, par le biais du hors-bilan, toutes les banques seront affectées tôt ou tard par ce qui arrive à Crédit Suisse. Il va alors falloir essayer d’empêcher que le système ne soit emporté de le vortex infernal : hausse des CDS, qui entraîne hausse des taux d’emprunt, qui entraîne dégradation de la note, qui entraîne hausse des taux d’emprunt, qui entraîne hausse des CDS…

Mais cela, j’imagine que Bruno Le Maire l’a forcément déjà anticipé.

Alain Falento

 

 

 

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14 Commentaires

  1. Je ragarde ce jour des articles sur Google notamment….la débâcle financière est en cours. C’est comme les pénuries en tous genres…comme c’est bien organisé tout ça ! Les fatalistes macronisés , vous savez ceux qui ont l anus dilaté depuis belle lurette, vont vous expliquer que les sauveurs travaillent à la sauvegarde de notre système bancaire….pardon d être un peu grossier. Mais l argent rend certaines personnes complètement dingues, beaucoup le savent. Les piqûres de rappel sur tous ces dévoiements incontestables sont vitales pour notre équilibre. Je défonce peut-être des portes ouvertes en disant cela mais quand je vois les conséquences…ça relèverait presque du crime contre une partie de l humanité.

  2. À RL et à Alain Falento. Re bonjour. Je voudrais juste savoir si vous avez reçu mon petit commentaire de ce matin car j’ai des soucis avec mon portable depuis deux jours. Merci, à l occasion. L arti le est super !

    • Avant hier problème de portable avec Orange et aujourd’hui avec SFR dans une partie de la France !!!!!!!!!!

  3. Voilà qui est clairement énoncé et expliqué. La spéculation sur des ” éventualités ” de défauts de paiement ” non encore existants ….votre métaphore surle couple très endetté se portant caution est parfaite pour illustrer ce système totalement pervers qui, partant d une bonne intention devient quasiment incontrôlable. Entre les délits d initiés pour ceux qui reprennent leurs billes à temps et ceux qui crèvent la gueule ouverte asphyxiés par la puanteur de l hystérie financière il y a une zone de “non droit” pour protéger les CDS, ” Crapules Du Système “. Je repense à Eurotunnel aussi…..bravo et merci Alain. Je vous l ai déjà dit, à votre manière vous êtes un bienfaiteur. À bientôt. Bien cordialement !

    • Merci Marc. Un bienfaiteur, je ne sais pas, mais je connais ces saletés de produits depuis très longtemps, et je vois que tout ce qui semblait partir d’un bon sentiment, réduire le risque, est devenu une source de risque à part entière.
      C’est pour cela qu’on se retrouve dans une situation dans laquelle il y a plus de café virtuel échangé sur les marchés financiers que de café produit sur la planète.

      • En fait il va falloir trouver des assureurs pour assurer des assureurs en difficulté et ainsi de suite. Et ceux qui paieront les dégâts ou perdront tout, ou les deux, seront ceux qu on appelle les cocus magnifiques , qui devront ” quoi qu’il en coûte ” rembourser ; et un nouveau ” Mozart de la finance ” va débouler en plein marasme…..etc, etc, etc….c’est confondant de simplicité au fond. C’est d une cruauté presqu indicible. Alors c est bien qu il y ait des écrits qui attestent de ces situations tragiques. Parce que tous les naïfs qui attendent l homme providentiel , très sincerement , je les plains de tout mon coeur.

  4. y’a pas de crise financière,bruno le maire l’a dit! seulement une hausse des prix , que les français se serrent la ceinture, l’obésité disparaitra ainsi

  5. Bahh pas grave, on fera tourner les rotatives du côté de Frankfurt am Main.

    Enfin bon, les CDS ne sont qu’une partie de l’encours des produits dérivés (options, swaps, quasiment sur tout sous-jacents …) qui étaient estimés en 2016 à environ 1 million de milliards de $

    source ( BFM bourse..) ci dessous :
    https://www.tradingsat.com/actualites/marches-financiers/les-chiffres-inimaginables-du-marche-des-produits-derives-674823.html

    Par ailleurs, acheter ou vendre un tel produit alors qu’on n’a pas l’argent pour le faire directement est très courant, il suffit d’acheter des “dérivées secondes” à savoir des options garantissant la valeur des options en tant qu’assurance pour se couvrir .
    Ça peut être assez sympa !

    Tant que chacun tiendra l’autre par les cojones circulairement, le marché devrait tenir.

    • Ça existe, Michel, cela s appelle dès compound. Autant dire que c est assez violent comme produit, spécialement la convexité(le gamma) et le thêta.

    • Ben si j’avais su que la SVB allait faire faillite, j’aurais fait pareil.. pas vous ?

    • vous faites erreur (volontaire?) ils ont laissé des plumes, seul le pdg de la banque a vendu ses action la semaine précédente

    • Ça s appelle, me semble-t-il un délit d initiés, quelques soient les personnes non ?…. il y a des gens qui ont plusieurs vendredi 13 dans l année 🥳🥳🥳🥳🥳

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