Confusion au PS, et départs de Jean-Luc Mélenchon et de Marc Dolez

L’ambiance risque d’être chaude, dans les couloirs de la rue de Solférino, jusqu’au congrès du week-end prochain, à Reims. C’est le scénario le plus cauchemardesque pour les caciques socialistes. Ségolène Royal en tête avec 29 %, suivie de Martine Aubry et Bertrand Delanoë, à 25 %. Les trois partisans de l’Europe de Lisbonne, dont personne n’est capable de cerner les vraies divergences, ont encore quelques jours pour savoir qui va s’allier avec qui, pour prendre la tête du parti.
Certains sont tentés par le « tout sauf Ségolène », en argumentant, hypocritement, que seule l’ancienne candidate aux présidentielles serait favorable à une alliance avec le Modem. Cela permet à Delanoë et Aubry de se donner, à bon compte, un discours plus à gauche.
L’aile gauche, menée par l’ancien rocardien Benoît Hamon, frôle les 20 %. Cela fait quand même 80 % pour les autres dirigeants qui ont mené la gauche à la faillite actuelle, depuis les années 1980 !
Mais coup dur pour cette aile gauche, Marc Dolez, député du Nord, et Jean-Luc Mélenchon, sénateur de l’Essonne, ont claqué la porte du parti, et donc de la motion C, au lendemain du vote, estimant que ce verdict confirmait que le PS était définitivement irredressable.
Le départ de deux personnalités socialistes, connues pour leur engagement laïque et républicain, et adversaires du traité constitutionnel européen, en 2005, ne peut laisser indifférent tout militant qui se bat pour une république sociale.
Marc Dolez fut présent aux journées internationales laïques de Montreuil, en février 2006. Il fut signataire, en tant que député PS, de la pétition lancée par Regards de Femmes et Riposte Laïque, demandant l’interdiction de la burqa, du voile à l’université, et pour les mineures. Il s’engagea totalement dans la bataille du non, en 2005, en faisant un tour de France du « non socialiste », avec Gérard Filoche et Jacques Généreux.

Avec Jean-Luc Mélenchon, c’est un des derniers personnages haut en couleurs que perd le PS. Son parcours, qu’il raconte fort bien (1), est celui d’un ancien trotskiste qui adhère au Parti socialiste, avant la victoire de François Mitterrand, et devient le plus jeune sénateur de France.
Il essaie surtout de construire une aile gauche, avec Julien Dray et Marie-Noëlle Lienemann. Il se montre courageux lors de la première guerre d’Irak, refusant, comme Jean-Pierre Chevènement, de la voter. Par contre, il ne suit pas le député de Belfort quand celui-ci quitte le PS, et il appelle même à voter « oui » au traité de Maastricht. Mais en 1997, à peine Lionel Jospin est-il victorieux qu’ il fait partie des rares qui s’opposent à la ratification du traité d’Amsterdam, ce qui lui vaut un blâme de sa direction.
Quand il s’agit de défendre l’unité de la République, face aux prétentions linguistiques des régionalistes, Jean-Luc Mélenchon donne rarement sa part aux autres, devenant la bête noire de tous les nationalistes régionalistes (2). Secrétaire d’Etat à l’enseignement technique, il s’indignera quand l’ineffable Jack Lang, son ministre de tutelle, essaiera d’introduire les écoles communautaristes Diwan dans l’école publique.
La catastrophe du 21 avril 2002 le laisse groggy. De façon inexplicable, il s’en prend à Jean-Pierre Chevènement avec une violence stupéfiante. La gauche socialiste éclate, et différentes alliances voient le jour.
Mais c’est en 2005 que la France entière fera sa connaissance. De l’avis général, il sera le meilleur orateur de la campagne du non. Fondateur de PRS (Pour la République Sociale), où, autour des valeurs de la République, il regroupe des militants de tous les partis de gauche, sur ces bases, il suscite chez beaucoup (dont des membres de cette rédaction) l’espoir qu’autour de lui va se fédérer un nouveau mouvement républicain et social, prenant la succession du MRC moribond de Jean-Pierre Chevènement.
Malheureusement, il s’éloigne de cette perspective, pour deux raisons : il signe, fin 2005, la synthèse, au Mans, avec Laurent Fabius, dont il est devenu le complice, sauvant ainsi, pour un plat de lentilles, la direction socialiste, qui était pourtant à l’agonie après le 29 mai 2005. Il semble alors privilégier la compagnie de Buffet, de Besancenot et de Bové, pensant peut-être à une candidature du non de gauche dont il rêve d’être le candidat rassembleur.
PRS ne se remettra jamais de la synthèse du Mans, et seuls les proches de Jean-Luc Mélenchon y demeureront. Aux présidentielles, chacun ira sous sa bannière, avec le brillant résultat que l’on sait. Jean-Luc Mélenchon, boudeur, se refusera à soutenir Ségolène Royal, appelant tout de même à battre Sarkozy au deuxième tour.
Depuis longtemps, les amis de Jean-Luc Mélenchon s’interrogeaient. Rester ou partir ? Rester dans un parti pour quelques strapontins, tout en continuant à avaler des couleuvres ? Ou partir, et pour faire quoi ? Ils ont tranché, ce qui a dû être douloureux et difficile pour quelques-uns.
Deux solutions seraient possibles, pour Mélenchon et les siens. La ligne « Linkspartei » allemand de son ami Oskar Lafontaine. On pourrait envisager de le voir partir aux européennes avec toute l’équipe du « non de gauche », Buffet, Besancenot, Bové, et quelques animateurs gauchisants d’Attac. Une telle ligne, sur des bases uniquement anti-capitalistes, serait, de notre point de vue, une impasse totale (3). Qu’y peut-il y avoir de commun entre Jean-Luc Mélenchon et Besancenot, dont les militants manifestent avec le Hamas, ou Bové, qui, soutenu par les « Indigènes de la République défend le voile à l’école, le régionalisme, et qui hait la République au point d’avoir proposé des sans-papiers candidats aux dernières législatives ?
Une autre voie serait possible pour le sénateur de l’Essonne. Ce pays est réellement en manque d’un véritable pôle républicain. Une équipe est à construire. Une équipe pourrait être rassemblée. Nicolas Dupont-Aignan, avec Debout la République, offre une perspective intéressante, condamne la construction européenne actuelle sans concession, et défend les services publics. Jean-Pierre Chevènement, au lieu de servir encore une fois de béquille à un PS irrécupérable, pourrait, avec ses militants du MRC, compléter intelligemment l’apport du maire de Yerres. Et pourquoi pas de vrais républicains de gauche, tels Marie-Noëlle Lienemann ou Jean-Luc Mélenchon, dans cette aventure ? Le député de l’Essonne y aurait davantage sa place qu’avec la lamentable Buffet (1,94 %), le démagogue Bové et le bobo-trotskiste de NPA, Besancenot.
Mais saura-t-il avoir cette audace, pour offrir enfin le débouché politique républicain qui manque tant à ce pays, ou bien considérera-t-il encore une fois que son avenir est de courir après l’extrême gauche communautariste ?
Lucette Jeanpierre
(1) http://www.wikio.fr/video/565416
http://blog.mendes-france.com/2008/11/06/web-serie-monsieur-melenchon/
(2) http://ouiaubreton.com/spip.php?article4715
(3) http://www.ripostelaique.com/Elections-europeennes-quand.html

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