Conte philosophique en Hollandie

Publié le 20 avril 2016 - par - 4 commentaires - 775 vues
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macronattali

Les ornithologues nous enseignent que les coucous sont ces sortes de volatiles qui font leur lit dans le nid de frères moins doués pour la ruse.

Par analogie, dans le règne des hommes, ils sont ces olibrius singuliers se faufilant dans les palais dorés, feignant le conseil désintéressé dissimulé derrière un visage d’ange ; fidèles à l’adage qui veut que dans certaines cours, « la meilleure façon de se grandir est celle de se courber ». Pourtant, sitôt que l’occasion idéale paraît, l’obséquiosité de ces loyaux serviteurs se change « En Marche » triomphale, dont on ne sait décider si celle-ci est l’œuvre d’une trahison et le départ d’un cursus honorum vers le Capitole ou l’instrument d’une reconquête attachée à la dorure écaillée d’un Caesar crépusculaire. Car l’homme est habile, commettant autant de gaffes délibérées utiles à semer le doute impérieux dans l’esprit de chacun. Formé à l’exercice de la casuistique jésuite, son dernier mea culpa présente à la fois tous les stigmates du regret sincère et du génie, toujours foisonnant, de l’hypocrisie se dépêchant de remettre l’ampleur de la terrible faute sur une épouse ingénue. Or, l’effet produit par cet épisode du péché originel biblique rejoué, n’est-il pas des plus méprisables ? Y percevrons-nous toute l’étendue de la malhonnête ambition d’un Rastignac prêt à tout pour parvenir au sommet, à commencer par jeter en pâture sa tendre bien-aimée ? Par ailleurs, la recherche d’un financement du nouveau mouvement auprès de banquiers londoniens est-elle le premier élan le plus heureux, au moment même où le monde s’indigne devant les scandales impliquant y compris des dirigeants d’État, pris dans un vaste réseau d’évasion fiscale ? Faut-il que le monarque actuel soit bien seul, pour s’entourer d’amis si peu dignes d’estime.

Mais d’abord, en dispose-t-il seulement d’autres ? Certes, s’il s’agit de s’attirer les sympathies jusqu’au Centre droit avec l’ambition de concurrencer l’engouement juppéiste flamboyant, n’y risque-t-on pas l’effarouchement définitif de la Gauche traditionnelle ? On est parvenu à fracturer les Écologistes par la nomination au gouvernement des moins sincères. C’est déjà ça ! Par ailleurs, demeurent quelques fidèles compagnons de l’héritage mitterrandien. Or, quelles stratégies de reconquête de l’électorat de Gauche proposent ces Julien, Harlem et autres Camba dans le contexte d’une protestation horizontale en germination « Debout, la nuit » sur les belles places de la République française, laquelle semble rechercher les paradigmes d’un modèle anthropologique alternatif au Capitalisme ? Le moment venu, le génie orateur de Mélenchon trouvera-t-il le moyen de récupérer ces rêveurs dont le bonnet phrygien que quelques-uns arborent, peine à dissimuler l’absence d’idées fondamentalement révolutionnaires ? Or, si tel est le cas, la France se prépare à vivre une élection quadripartite. Gauche méchenchono-deboutiste, mouvement social-libéral alliant la frange la plus à droite du PS et des « amis » du Centre (Hollande-Valls-Macron) mais que Juppé peut espérer fédérer jusqu’aux Républicains tant la déception est presque unanime, Droite traditionnelle ou dure (Sarkozy-Fillon) et enfin le FN. Le cas Lemaire, positionné entre Juppé et Sarkozy, conserve toutes ses chances d’enrayer la belle mécanique républicaine aux Primaires. Si le sort s’en mêle, peut-être en ferons-nous un Premier ministre de la future présidence Juppéiste.

Alors, entre un Macron séduit par une aventure solitaire et un Manuel Valls dont le ministre de l’économie a volé le projet, quel trou de souris reste-t-il à l’indémodable optimisme du Président ? Les Bonnes fées de l’Élysée sont pessimistes et se penchent sur le berceau du passé.

Or, si dans les années 1980, la bande Dray-Désir avait servi l’habileté suprême d’un Grand François créant le collectif « Touche pas à mon pote » dans l’espoir de faire monter le vote FN, meilleur argument d’autorité assurant une réélection aux Présidentielles de 1988, que vaut la récente création de « La Belle Alliance Populaire », laquelle forme le projet de réunir les derniers vestiges d’un esprit de Gauche dont le lit des idées progressistes et novatrices a tari ? Il ne s’agit en rien d’organiser une Primaire sérieuse. En effet, puisqu’Hollande ne se déclarera qu’en décembre et que Mélenchon a choisi de courir la Présidentielle seul, on voit assez mal ce que pourraient produire les anciennes figures de la Primaire 2011(Montebourg, Hamon) et/ou les petits partis rêvant d’une « nouvelle donne » économico-écolo…, dans un temps extrêmement limité.

Pendant les quelques mois demeurant encore à un quinquennat raté, le programme du Président s’attachera donc à appâter son ancien électorat par la promesse d’une pléiade de cadeaux dont la concrétisation sera naturellement longue, et donc subordonnée à sa réélection. Autrement dit, s’ouvre l’ère pré-électorale de la politique de la carotte. « Empêcher de voir un jeune commencer sa vie dans la précarité, ce n’est pas de l’assistanat, mais de l’investissement ». C’est en ces termes que Christophe Sirugue, Député PS auteur du rapport « Repenser les minima sociaux », justifie une « couverture-socle commune » d’un montant de 400 euros mensuels dont pourront bénéficier les jeunes actifs dès 18 ans, que viendra compléter un « complément d’insertion » de 100 euros supplémentaires. Mais, que n’y avez-vous pensé plus tôt ! Il est vrai qu’un montant de la mesure estimé à 6,6 milliards d’euros ne sort pas d’un chapeau. Pourtant, l’évasion fiscale est estimée en France entre 60 et 80 milliards par an. À ce jour, Bercy déclare en avoir déjà récupéré trois, non pas par une politique volontaire, mais par le seul bénéfice des méthodes fortes engagées par la Justice américaine, notamment contre plusieurs paradis fiscaux européens (Suisse, Luxembourg, Lichtenstein…). Or, si l’on fonde son quinquennat sur la justice sociale, ne commence-t-on pas par les évidences criantes ? C’eût évité de laisser s’exposer au grand jour une connivence entre Grandes banques françaises, finance internationale et État absolument détestable et cautionnée par le Ministre du Budget français.

Par ailleurs, autre petit os à ronger pour une plèbe de roquets sans-dents, « un complément de soutien » est envisagé pour les personnes handicapées et/ou les personnes âgées. Même observation ! Et même consternation.

Un autre cadeau sorti de la hotte ? Oui. « Un plan de lutte contre la discrimination à l’embauche ». Mais qu’est-ce que cette hypocrisie ? Un patron, fût-il raciste, ne rencontre-t-il pas tôt ou tard son potentiel candidat ?

Enfin, que vaut le « Plan de Citoyenneté et Égalité » annoncé en catastrophe par un Manuel Valls pris en étau entre ses convictions intimes sur la nécessité d’imposer une laïcité stricte sur l’ensemble du territoire et la campagne de séduction d’un électorat musulman ayant largement contribué à faire élire l’actuel chef de l’État ? La lutte contre la ghettoïsation des quartiers par la mixité sociale se décide-t-elle à un an d’une élection au trône suprême ?

En vérité, cette dernière gesticulation annonçant le crépuscule d’Idoles se débattant dans un réel tragique, est à la fois assise sur une hypocrisie originelle et un paradoxe qu’il est déraisonnable de vouloir espérer affranchir du jugement sévère des hommes. Qu’est à dire ?
Trente années de culture d’un clientélisme communautaire semblent aboutir à une volonté extraordinaire. Dans le contexte d’une menace terroriste et d’un État d’urgence décrété depuis les attentats de Novembre, tandis qu’il eût été éminemment souhaitable de reconnaître dans les assassinats de comiques géniaux nationaux et ceux de Juifs les signes indéniables, non pas seulement d’exécutions sommaires de figures symboliques mais bien celles de simples citoyens, il apparaît qu’on veuille jouer à présent aux Français la vaste tragi-comédie d’une dissémination du problème islamique dans tous les quartiers de l’hexagone. Car, que fait-on d’autre lorsqu’on se fixe pour objectif plus de mixité sociale, c’est-à-dire, la volonté double d’imposer aux Français les moins fortunés de vivre auprès de populations partageant d’autres valeurs que celles de la République et parallèlement, celle de loger ces dernières au milieu de zones non-sensibles ?

Après avoir largement participé à l’éclosion de « territoires perdus de la République » à des fins électoralistes par la pratique délibérée d’un laxisme sécuritaire et judiciaire, la Gauche chercherait-elle à récupérer ses anciens encenseurs et se dédouaner de ses responsabilités par un programme de noyade d’un électorat communautaire au sein des zones saines ? Est-ce ainsi que l’on organise le mieux la surveillance d’individus suspects ? Est-ce ainsi qu’on entend protéger les Français ? Pourquoi est-il soudainement décidé d’ôter aux Maires la prérogative de l’attribution des terrains destinés à la construction du logement social au profit des Préfets ? Or, si l’ambition guidait une cause sincère, que ne l’a-t-on fait dès la rentrée 2012, à la place de lancer un vaste débat sociétal sur le mariage pour tous ? Pourquoi prendre cette mesure un an avant les élections, dans un contexte sécuritaire qu’on prétend particulièrement préoccupant par ailleurs ?

Que l’on cesse dans ce pays de prendre les gens pour des imbéciles notoires ou des veaux, fussent-ils tous gaulliens ! Que l’on cesse de mener chacun à l’abattoir collectif ! Que la Gauche assume le Golem qu’elle a créé de ses propres mains sans chercher à dissimuler sa responsabilité derrière une prétendue volonté humaniste. Car, si l’on admet sans effort que les calinages communautaires ou de groupes sociaux ne soient pas l’apanage exclusif d’un seul parti, quelle que soit sa couleur politique, et si l’on convient que faire naître trop d’espérance dans le cœur des hommes apporte plus au malheur humain, ajouter du danger au malheur collectif au nom de viles ambitions demeurera toujours d’entre tous, le pire des crimes.

Mylene Doublet-O’Kane

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Notifiez de
Clamp

1 – « Un plan de lutte contre la discrimination à l’embauche » : l’hypocrisie va encore au-delà du simple problème de l’entretien d’embauche car il a été prouvé par Pôle Emploi qu’une discrimination a bien lieu mais dans l’autre sens !

2 – Accroître la mixité sociale à marche forcée est un cauchemar pour les victimes mais le bénéfice collectif par l’uniformisation de la prise de conscience du problème immigrés/musulmans/choc culturel est finalement positif à moyen terme. Par contre, il rendra la retraite en zones saines plus difficile pendant la guerre.

3 – le gigantesque étirement de l’élastique au sein du PS va le faire rompre à grand fracas et ils vont tous se retrouver par terre. Par contre, le choix entre idéologisme et pragmatisme continuera de déchirer toute la France qui va s’enfermer dans ce dilemme avec toujours plus de violence. Une solution temporaire serait protectionniste mais la véritable clé du problème est à échelle mondiale, et nous serons tous déjà morts.

barriquand

Charles de Gaulle ne parlait il pas ,à,son époque d uncertain Rastignac des Charentes

moussalli

Magistral !

J’aime bien vos articles !