Contrairement à Tariq Ramadan, je n’ai qu’une patrie, la France !

Heureux les possesseurs de plusieurs patries! Ces enrichis-du-passeport ont ainsi le privilège de pouvoir en toute quiétude passer d’un continent à l’autre, d’un pays à l’autre, d’une ville à l’autre sans autre formalité que la présentation d’un document officiel et interchangeable à la douane. Et si par accident de naissance, ils ne peuvent justifier que d’une seule appartenance juridique, pas de problème pour autant. Une pirouette et hop! Ces Français (un exemple) que le hasard des migrations a posés loin de leur véritable matrice sont de coeur, d’esprit, de tripe et de fait n’importe quoi d’autre. D’urgence. Sans le moindre affect. Sans la plus ténue sympathie pour une fusion-assimilation au terroir natal dont ils ne veulent à aucun prix.

Nous assistons, depuis quelques années, à l’éclosion d’une génération entière de ces acrobates dont le souci principal, l’obsession, le métier en fin de compte, est de dégueuler jour après jour le pays qui les a vu naître, comme s’ils se libéraient l’estomac d’un brouet infect au nom de ces racines lointaines que fort peu d’entre eux, l’a-t-on remarqué, s’en vont rechercher sous les sols arides du Sud.

Ainsi va la société, ce cirque où les dompteurs commencent à sortir les fouets qu’ils pointent vers un public soudain inquiet de devoir à son tour fouler le sable où grognent les fauves. Parmi ces artistes en paillettes, surveillant les répétitions, réglant les numéros, tentant de mettre de l’ordre là où ça manque, un Monsieur Loyal au doux parler, au fraternel sourire, aux exquises manières, un gentil -organisateur avec lequel il doit faire si bon cheminer que les médias, d’un seul élan, en ont fait le compagnon de route obligatoire du peuple tout entier.

J’ai nommé Monsieur Tarik Ramadan.

Il n’est en vérité de semaine dont cet Éliacin virevoltant, ce gendre idéal pour belle-mère en mal de multi-culture, ce poly-patriote égyptien de naissance, français de culture, suisse de passeport, québécois d’asile quand les Etats-Unis le refoulent, j’en passe, pas de semaine disais-je dont ce commis d’un indéfinissable Islam ne soit, sur un plateau, dans un studio ou en pages « étranger » des revues, le pivot, le passage obligé, l’oracle, la lumière enfin révélée aux aveugles.

Je connais des gens qui attendent de l’entendre pour se faire une opinion.

Nous en sommes là.

Le cirque? Organisé autour de lui, avec ses jeux pervers, ses règles à géométrie variable, ses tireurs de ficelles dont ils pense lui-même faire partie, dont il doit impérativement faire partie pour justifier la confiance de son employeur. Et celui-là? Dans l’ombre. Anonyme et puissant. Romanesque.. On pense à Le Carré, à Volkov, à Greene, à tous ceux qui, l’ayant exploré, compris, agité, démystifièrent un jour le monde fascinant des agents et de leurs commanditaires. Si simplement!

Vite, un héritier de ces talents-là! La matière ne manque pas. Concernant le héros de cette chronique, le thriller pourrait commencer par cet profession de foi : « J’ai étudié les idées d’Hassan-Al-Banna avec grand soin et il n’y a rien, dans son héritage, que je rejette. Sa relation avec Dieu, sa spiritualité, sa personnalité, aussi bien que sa réflexion critique sur la loi, la politique, la société et le pluralisme, attestent pour moi de ses qualités de coeur et d’esprit…. Son engagement est pareillement l’objet pérenne de mon respect et de mon admiration ».

Suivraient les 50 points-chapitres de la charte établie par le grand-père de Monsieur Tarik Ramadan, à l’usage des Frères Musulmans. Aimable confrérie dont le but avoué est une subversion totale, absolue, de tout ce qui fonde nos démocraties. Nos Augustes, nos Paillasses, nos clowns-sauteurs et nos contre-pitres de la scène médiatique sont-ils seulement allés au bout de cette lecture pourtant édifiante? Certes non! Ils continuent, sous nos yeux à force incrédules, à laisser se dévider la litanie des mensonges, des truquages, des énormités érigées en piliers de la société à venir. Ils laissent faire et ça les fait bander. Ils « ouvrent », comme on dit. Quoi? Leurs portes codées sous surveillance video? Leurs comptes bancaires?  Leur maison de campagne? Ou bien ceux du peuple qu’ils gavent de leur active compromission? D’après vous…

Vient la nausée.

Les événements se précipitent face à nos plages ensoleillées. Ici, agitation du microcosme, poussez-vous- j’ai-quelque chose-à-dire, trouble dans les andains, qui coiffera qui sur le poteau des vérités révélées? Les apatrides de la houle publique se marrent. Ils observent la valse des pantins au bout de leur rafia, ils écoutent nos radios et suivent le bordel télévisé qui tient lieu de débat en France. Ils attendent leur heure. Que va-t-il se passer à Ghardaïa, à Tobrouk, à Palmyre? se demande « l’observateur ». Allons-nous subir le contre-coup de ces séismes? Seigneur, protège-nous! Soit dit en passant, il serait finalement assez drôle que les barbus chassés d’Afrique et d’Orient par une jeunesse idéaliste, républicaine et démocrate, deviennent officiellement des réfugiés politiques en droit d’arborer constitutionnellement leurs bannières charianesques jusque dans nos parlements. Impensable! Ah bon? Monsieur Ramadan travaille pour ça avec une ostentation qui force le respect. Ca ne se voit donc pas?

Alors, heureux les possesseurs de plusieurs patries qui travaillent pour la patrie unique, uniforme et terrifiante de Dieu. L’époque est à eux. Ils migreront, au gré des événements, attendant l’embellie comme l’ami Tarik, qui rentre par la fenêtre lorsqu’on l’a foutu dehors par la porte. Acrobate en chef, trapéziste avec filet, parachute et assurance-bobos, toujours là, barbe de trois jours, oeil de velours et dent d’acier, il règne et à l’évidence, la confusion de ses partenaires, leur mine de chiens battus, leur choix, à de rares exceptions près, de ne pas l’affronter, tout ça le fait jouir. Comment lui en vouloir? Ce n’est tout de même pas à lui de guérir la lâcheté des autres.

C’est du gâteau, bravo l’artiste!

Moi, je n’ai qu’une patrie, son nom, la France. J’y tiens énormément. Je l’aime malgré ses gros défauts et plus encore à cause d’eux car je crois à la rédemption, et ça m’embête, vu tous les efforts qu’elle a fait pour se faire pardonner, qu’on la poignarde dans le dos sous des prétextes historiques plus ou moins foireux. Derrière l’artifice des lumières, dans l’ombre des feux de la rampe, je vois venir les spadassins. C’est de la tragédie antique avec son fatum, son découpage sans fantaisie, son dénouement inéluctable. Le faible sera sacrifié, le fort triomphera.. Limpide. Les petits arrangements incantatoires de nos ludions contemporains brouillent à plaisir ce code. Mélangeons-les rôles, disent-ils plaisamment et voyons ce qui en sort. Dieu a déjà ré-écrit tout ça, leur fait remarquer assez sèchement Monsieur Ramadan avant de s’envoler pour Montréal, où il causera dans le poste.

Tout quoi?

La fin de la pièce, la fermeture du cirque et la dispersion définitive du public. A prendre ou à laisser.

Pour ma part, je laisse. Bon voyage, Tarik, rien ne vous oblige à revenir sur Seine!

Alain Dubos

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