Corbière et ses amis miliciens de la pensée s’en prennent à présent à Métronome, de Lorànt Deutsch

Ces dernières semaines, une série télévisée a suscité l’intérêt des amateurs d’histoire : l’adaptation du livre de l’acteur Lorànt Deutsch, « Métronome », paru en 2009 et qui a connu un succès foudroyant avec près de 2 millions d’exemplaires vendus à ce jour en comptant le DVD qui a pris le relais. En quatre épisodes de 50 mn commentés par l’auteur lui-même, on se promène dans l’histoire de Paris selon une idée originale. Deutsch, passionné d’histoire, a imaginé de faire le tour des stations de métro de la capitale, et à partir de leur nom, explorer la tranche du passé qu’il évoque. Dans cette adaptation télévisée, le spectateur peut visiter, guidé par l’auteur, les lieux historiques qui ont été le cadre de chaque période.

Certes à l’écran l’exposé est parfois confus ou décousu compte tenu de la méthode utilisée ; le commentaire est perfectible, entre débit rapide et Français douteux. Mais il en ressort une histoire de Paris et de la France vivante, imagée, qui doit être du goût de la ville de Paris et de la RATP puisque l’une et l’autre ont patronné l’initiative et ne semblent pas le regretter.

Voilà qui est parfait direz-vous, quoi de mieux que de donner le goût de l’histoire de notre pays, fût-ce à travers sa capitale ? Ce serait compter sans les sentinelles de la pensée gauchiste, qui du haut de leurs miradors tirent à vue sur tout ceux qui voudraient sortir du périmètre autorisé.

Le procès en sorcellerie contre Deutch

La première salve était tirée dès le mois de mai par le site Rue 89, qui après avoir dénoncé des erreurs (possibles) de l’auteur, s’en prenait à sa vision de l’histoire, fruit de ses convictions royalistes et catholiques « ultra ». Une part trop belle serait faite aux saints, rois, empereurs et « chefs » (sic), au détriment de la révolution française, bref du peuple. Cette vision de l’histoire est donc « idéologique ». Sous entendu : la vision de gauche ne l’est pas…

http://www.rue89.com/rue89-culture/2012/05/20/le-metronome-de-lorant-deutsch-un-livre-ideologique-231697

Le relais était pris en juin par un obscur Comité de Vigilance face au Usages Publics de l’Histoire (CVUH). Cette milice intellectuelle a été formée selon son site, après que le gouvernement Chirac ait tenté en 2005 de faire insérer dans les programmes scolaires d’histoire une partie sur les « aspects positifs de la colonisation ». On se souvient que devant les protestations vertueuses des pseudos-humanistes, mais aussi de l’Algérie, le gouvernement avait piteusement fait marche arrière.

Cette milice donc, fidèle à son devoir de vigilance républicaine, monte au créneau et dénonce dans le travail de Deutch une œuvre scandaleusement réactionnaire.

http://cvuh.blogspot.fr/

Le réquisitoire est accablant selon les procureurs rouges. Deutsch, « qui affirme bien haut ses convictions royalistes et catholiques ultra, et milite pour un nouveau concordat », donnerait une vision « libérale » de l’histoire, appuyé par « deux grands groupes industriels, France Télévision et la RATP ». Le gros mot est lâché : le « libéral » d’aujourd’hui, c’est le « bourgeois » d’hier, terme que la faillite du marxisme a rendu anachronique. Et aujourd’hui comme hier, le grand capital finance l’endoctrinement du peuple. Témoin cette série scientifiquement médiocre, qui fait la part belle aux rois, à l’Eglise catholique, et réduit à la portion congrue les Lumières, les luttes du peuple pour son émancipation.

C’est alors que montent à l’assaut les élus communistes et Parti de Gauche du Conseil de Paris, en la personne d’Alexis Corbière, ce grand démocrate qui n’a de cesse de vouloir faire interdire toutes les initiatives qui lui déplaisent, depuis les Assises de l’islamisation le 18 décembre 2010 jusqu’à l’exposition des livres de Riposte laïque au salon du Bnai Brith.

http://www.gauchemip.org/spip.php?article14876

https://ripostelaique.com/le-stalino-melenchonien-corbiere-reussira-t-il-a-faire-interdire-le-bobo-jocelyn-et-rl-du-salon-du-bnai-brith.html

Staline-Corbières annonce qu’à la prochaine réunion du Conseil de Paris soit cette semaine, il dénoncera le soutien apporté par la ville à l’œuvre de Deutsch qui offre « une lecture idéologique très discutable » de l’histoire de France.

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/07/06/01016-20120706ARTFIG00658-lorant-deutsch-attaque-par-des-elus-communistes.php

Les griefs sont les mêmes que ceux de la milice sus nommée : « nostalgie de l’Ancien Régime », à quoi s’ajouteraient « de nombreuses erreurs, des affabulations, des inventions historiques », Bref, une vision de l’histoire qui n’étant pas conforme aux canons de la gauche la plus dogmatique, ne devrait pas être promue (en attendant de l’interdire ?).

Le signal étant donné, on peut s’attendre à ce que d’autres procureurs montent sur l’estrade prochainement.

Des accusations sans fondement

Le portrait donné de Deutsch ressemble à tous ceux dressés par les terroristes de la pensée unique. Un homme de droite est un facho, un citoyen réservé devant l’immigration est un raciste. Deutsch, qui avoue ses sympathies pour une monarchie constitutionnelle calquée sur d’autres pays européens, serait donc un « royaliste » au sens où on l’entendait avant 1789. Et le fait corrélatif d’être catholique aggrave son cas pour nos censeurs pro-islam : c’est un dangereux réactionnaire qu’il faut surveiller avant de le réduire.

Pourtant l’auteur de Metronome affirme ses sympathies de gauche (tribut payé à la bien-pensance ?) qu’il estime parfaitement compatibles avec ses convictions monarchistes, à juste titre : les socialistes espagnols et belges, les travaillistes anglais, le démontrent. Mais allez donc raisonner avec des robots récitant une bande enregistrée.

Quant au contenu de son travail, il est conforme à l’enseignement historique tel que le diffusaient les « hussards noirs de la République », ces instituteurs passionnés par la France, souvent de gauche, et leurs successeurs jusque dans les années 70-80. L’Histoire de France forme un tout, depuis la Gaule jusqu’à nos jours. Notre pays s’est formé par agrégation progressive de territoires autour du domaine royal, lequel était initialement limité à l’actuelle Ile de France approximativement. Cette agrégation s’est accompagnée d’une lente construction de la nation et de l’Etat, grâce à l’opiniâtreté des rois capétiens qui durent vaincre toutes les oppositions féodales, toutes les résistances séparatistes ; naturellement l’absolutisme royal a aussi généré sa part d’arbitraire, dans l’air du temps. La Révolution hérita de cette France qui était alors « la Grande Nation », à laquelle les Lumières achevaient de donner son rayonnement. Les luttes sociales apparues avec la révolution industrielle, la colonisation puis la décolonisation, les deux guerres mondiales, ne peuvent être comprises en dehors de cet ensemble cohérent.

Par ailleurs il est inévitable que les « rois, saints , empereurs et chef » aient une place privilégiée dans le récit puisque la méthode choisie consiste en partant d’une station de métro, à visiter les sites historiques que le nom suggère. Dès lors il y a en effet pléthore de monuments d’avant la Révolution élevés par ou pour un tel personnage, notamment des lieux de culte chrétiens. Nos censeurs ignoreraient-ils que le Paris historique est essentiellement pré révolutionnaire ?

Même à gauche l’unanimité ne règne pas dans la condamnation de notre historien amateur. L’article de Rue 89 cite lui-même les journaux ou personnalités qui ont fait l’éloge de « Métronome » : Libération, le Monde, Nouvel Obs, Télérama, Robert Hue… C’est donc surtout dans l’ultra gauche qu’on trouve les censeurs. Malheureusement cette tendance est bien représentée chez les historiens.

Alors pourquoi ce procès ?

Pour les humanisto-progressistes, la vision de gauche du monde procède de l’évidence, tandis que toute autre vision est « idéologique », donc illégitime. Le traitement de cette série télévisée en est l’illustration. Et comment voient-ils l’histoire de notre pays ?

C’est simple : la France est née en 1789 (quand ce n’est pas 1792). Dans une émission télévisée d’avant l’élection présidentielle, Mélenchon alors chouchou des médias, l’avait affirmé sans ambages : la France d’avant 1789 n’est pas la France. Donc la (vraie) France n’a pas de racines chrétiennes.

Ensuite elle eut une existence digne pendant le siècle des révolutions soit jusqu’à la Commune, puis le capitalisme exploiteur se consolide avec la troisième république, et seules les luttes ouvrières sont dignes d’intérêt, à quoi s’ajoute la honteuse colonisation qui se poursuit en s’amplifiant. C’est alors la lutte contre le fascisme, la légendaire résistance due à la gauche comme chacun sait ; enfin la décolonisation qui voit les peuples opprimés vaincre héroïquement la puissante machine de guerre française. Fin du voyage, tout le monde descend. Mais ne partez pas car vous avez des comptes à rendre, comme la suite va vous le montrer.

L’Ancien Régime ? Une période indéterminée (10 siècles, 15, davantage ?) et obscure d’où émergent des silhouettes de tyrans indifférenciés, appuyés sur une Eglise chrétienne fanatique qui maintient les hommes dans l’ignorance et la servitude. Une période où le pire crime a été commis par la France (oui, quand nous commettions des crimes, nous étions la France) : réduire les Africains en esclavage.

Et pour la suite, on est prié d’en donner une lecture politiquement correcte. La Révolution, c’était les gentils républicains contre les méchants royalistes (et tant pis si en 1789 personne, pas même Robespierre n’était républicain). Napoléon ? Un dictateur esclavagiste qui ensanglanta l’Europe et dont le neveu, troisième du nom, ne sera qu’une médiocre copie. La Commune ? Un modèle de démocratie et de progrès social noyé dans le sang par le boucher Thiers au service de la bourgeoisie.

Mais ce qui émerge surtout du passé pour le progressiste auto-proclamé, c’est le crime imprescriptible qu’a été la colonisation, et son corollaire africain l’esclavage. Si on y ajoute l’obscurantisme de l’Ancien Régime, notre histoire est globalement honteuse. Seules les luttes contre l’absolutisme royal, l’exploitation des travailleurs, le fascisme, le colonialisme, sauvent (très partiellement) notre honneur. L’enseignement historique doit inculquer aux enfants ce sentiment de culpabilité, afin que les futurs citoyens qu’ils sont en tirent les conséquences : nous devons expier notre arrogance passée, notre racisme. Et pour ce faire, abdiquer notre identité en nous ouvrant aux peuples anciennement colonisés afin de créer une « nouvelle civilisation » (Martine Aubry).

Dès lors, évoquer la « grandeur » de la France, être fier de son passé depuis les origines, à fortiori de sa gloire, c’est avoir une vision « idéologique », comprenez réactionnaire. Et du réac au facho, il y a peu, comme on le sait.

Quoi d’étonnant à ce qu’un livre et surtout une série télévisée comme « Métronome » donne de l’urticaire à l’ultra gauche ? Tant que leur diffusion restait raisonnable il n’y avait pas lieu de s’en formaliser, mais après le succès de la série, il est temps de siffler la fin de la récréation. Et de veiller à ce que les Français gardent la haine d’eux-mêmes.

Jean de la Valette

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