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Coronavirus : Dieu s’en lave-t-il les mains ?

Moi qui ne suis pas croyant, je suis estomaqué, époustouflé, ébahi, éberlué, stupéfait, autrement dit, ça m’en bouche un coin d’apprendre que des ministres du culte catholique aient pu déconseiller aux ouailles de tremper leurs doigts dans le bénitier. Serait-ce de la méfiance quant aux intentions divines ? En même temps, d’autres déconseillent les assemblées nombreuses y compris dans les églises et autres lieux de prière pour tenter d’éviter la propagation du virus chinois. Déjà, « La Porte ouverte » qui est une communauté chrétienne évangélique implantée à Mulhouse aurait été touchée lors de ses vastes rassemblements de février. Et on apprend que des pèlerinages, Lourdes, La Mecque, etc. sont ostracisés.

Je ne suis pas croyant, je l’ai dit, mais si des fois un événement convaincant sur l’existence de Dieu se manifestait, je serais prêt à venir à résipiscence. Comme si, par exemple, tous les malades testés positifs au coronavirus étaient regroupés dans une église, une mosquée, un temple, une synagogue et en ressortaient sains et purs comme le nouveau-né. Voilà de quoi convaincre. Si ces établissements religieux étaient tous désinfectants et salvateurs, la preuve serait faite qu’il n’y a au ciel qu’un seul Dieu sous des noms différents et des prénoms divers, pas tous sortis du calendrier des Postes, n’en déplaise à Éric Zemmour. Le drame serait bien évidemment qu’un seul établissement et non les autres apporte la guérison. Au supermarché des religions et des croyances, on sortirait des rayons captifs et la victoire, avec position dominante et monopole, serait acquise à la religion faiseuse de miracle. Il ne resterait aux autres qu’à se retirer discrètement, la queue plus ou moins entre les jambes et, pour une d’entre elles, contrainte d’autoriser l’apostasie sans menace de condamnation à mort.

Comme on le voit, une épidémie est l’occasion rêvée de tester à la fois l’efficacité d’un Dieu révélé à nom multiple et la profondeur de la foi des êtres humains qui s’y soumettent. La confiance doit impliquer que le croyant ne s’abstienne pas d’aller dans une assemblée nombreuse et promiscuitaire ni de tremper ses doigts dans une eau singulièrement bénite. Dans le cas contraire, je douterais de sa foi. Car enfin, si son Dieu veut le rappeler à Lui, qu’a-t-il besoin d’une eau bénite, d’un virus baladeur alors qu’il existe tant et tant de maladies et d’accidents possibles pour parvenir à Ses fins ?

Le temps d’une épidémie est aussi une occasion de réaliser des tests randomisés en double aveugle pour connaître les effets des interdits selon qu’on s’y soumet ou pas. Pendant les quinze jours de quarantaine, il y aurait un panel de croyants mangeant du porc matin, midi et soir, d’autres pas de porc du tout pendant le même temps. Si on écarte le risque d’indigestion qui n’est en rien religieux sauf pour Alphonse Daudet et ses trois messes basses, on doit pouvoir observer les conséquences du péché sans attendre l’au-delà.

Notons que si une Église l’emporte sur les autres dans sa capacité à guérir, elle n’en n’est pas moins représentante d’un Dieu très méchant et rancunier qui ne ferait rien de bon pour les autres. C’est pas très chrétien tout ça, c’est même passablement discriminatoire. Au moins y a-t-il un Dieu qui ne s’exprime à chaque page que par injonctions comminatoires, punitions et menaces de châtiments. Au moins il est aussi clair avec ses affidés qu’avec ses ennemis. Il n’aime que Lui et gare à qui ne l’adore pas.

Enfin, si dans toutes ces assemblées religieuses soumises à un test œcuménique la proportion des malades est la même que dans toute autre assemblée profane, j’aurai échappé à ma conversion, tandis que les croyants réaffirmeront leur conviction sans pour autant se libérer de leur doute existentiel.

Roger Champart