Créteil : quinze violeurs encapuchonnés jugés pour de sordides tournantes

Publié le 4 octobre 2012 - par
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Depuis quelques jours et jusqu’au 12 octobre se tient à la Cour d’Assises des Mineurs de Créteil le procès de quinze violeurs en réunion, âgés aujourd’hui de 29 à 33 ans, et multi récidivistes pour certains. Face à eux, deux de leurs victimes, des jeunes femmes courageuses, âgées de 15 et 16 ans lors de leur calvaire.

Les viols collectifs se sont déroulés entre 1999 et 2001 dans des caves, des parkings et des appartements de la cité de la Redoute à Fontenay-sous-Bois (94) où elles étaient également rouées de coups. Condamnées au silence et sous menaces constantes, pendant des années les deux jeunes filles n’ont rien dit par peur des représailles. L’une d’elles, Nina actuellement sous traitement médical lourd, explique « Tous m’avaient dit que si je parlais, ils s’en prendraient à ma mère et mon frère. Je ne me laissais pas faire, je résistais aux coups mais ils étaient plus forts ».

Des témoins ont raconté avoir vu des « garçons faire la queue » dans la cour de l’école maternelle pour violer Nina dans une cabane de jeux. L’un de ses violeurs semble s’en amuser « il y avait parfois tellement de monde que tout le monde ne pouvait pas passer ». Alors qu’elle est encore vierge, le meneur Doucouré la viole, l’oblige à lui faire des fellations. Les autres sont autour et la tiennent en ricanant… « parce que c’était une pute », « la fille si elle est là c’est qu’elle est d’accord »…

Puis en 2005, Nina a été violemment agressée dans la rue « pour un regard de travers » comme on dit pudiquement aujourd’hui, comme si la consécration de la formule accordait à elle seule la justification punitive consécutive et sa banalisation. Mais aucun regard, de travers ou non, ne justifie des coups. Aucun.

Avec courage, la jeune fille se rend chez les policiers à qui elle raconte tout, l’agression, les viols répétés six mois au quotidien durant des années auparavant. Les policiers finissent par retrouver la bande de barbares encapuchonnés dont le leader, Mamadou Doucouré (1), est actuellement détenu à Fresnes pour l’assassinat avec préméditation de sa femme Tania à coups de couteau, et pour la séquestration de son fils âgé de 18 mois en 2010. Rien de moins. Tania avait déposé de nombreuses mains courantes pour coups et blessures et menaces de mort sérieuses, preuves à l’appui, mais devait continuer à vivre à proximité de Doucouré, sans que les pouvoirs publics ne fassent quoi que ce soit pour la protéger de son futur meurtrier.

Mamadou Doucouré

Un autre accusé est toujours en fuite quelque part. Je rappelle en passant que ces individus nous sont imposés, et que leur apport pour notre civilisation est qualifié de chance pour la France…

L’enquête mènera alors la police sur les traces de la deuxième jeune fille, Stéphanie (2), soumise elle aussi aux menaces de ses bourreaux programmés pour violer, éduqués dans certains principes où l’on apprend que les femmes sont des objets sexuels dont on peut se servir quand les bas instincts le commandent, sans autre forme d’interrogation ni intellectuelle ni morale.

Ces derniers, dans un invraisemblable et absolu mépris pour leurs victimes, ont osé nier les faits en déclarant que les filles étaient… consentantes ! Des monstres à l’état pur ! On peut se surprendre parfois à regretter l’abolition de la peine de mort ou le bagne de Cayenne, et en tout cas à souhaiter l’application de vraies perpétuités, sans téléviseur, sans confort, la geôle, la vraie.

La justice bien clémente les a cependant laissés libres sous contrôle judiciaire, histoire sans doute de ne pas encombrer inutilement les prisons. Ces « jeunes hommes » peuvent donc continuer à terrifier d’autres jeunes femmes, d’autres victimes, menacer, frapper, violer encore. Nina avoue croiser parfois ses violeurs en faisant ses courses au centre commercial de Fontenay, un lieu où votre fille peut-être les croise aussi…

L’on s’étonnera en outre qu’en 1999 à Nanterre, Stéphanie avait déjà porté plainte pour des viols et que la plainte a été… classée sans suite !!!

Les jeunes femmes ont tenu durant le procès à garder la tête haute, se refusant à baisser les yeux, arguant que ce n’était pas à elle de se cacher. Oui, seuls leurs violeurs doivent porter toute entière la honte de ce qu’ils ont fait.

Ce week-end, les deux jeunes femmes évidemment très éprouvées par le procès et par la déclaration du propre frère Nina ont fait simultanément une tentative de suicide, Nina en se tailladant les veines et en tentant de se défénestrer et Stéphanie, qui a déjà fait plusieurs tentatives ces dernières années, en avalant des médicaments. Le frère de Nina, celui qu’elle a protégé des représailles, a en effet été interrogé vendredi dernier, mais préférant faire valoir « l’honneur » il a préféré témoigner contre sa sœur qu’il a accusé de mentir plutôt que de plaider en sa faveur. Des frères comme ça, ça ne vaut pas grand-chose…

Durant les sept années d’attente du procès, les deux victimes de ces bourreaux n’ont bénéficié d’aucune assistance, d’aucune « cellule psychologique » ni aide financière, d’aucune proposition de relogement pour elles et leur famille en vue de leur protection et sont donc restées à la merci de leurs agresseurs sans que les pouvoirs publics ne s’en émeuvent le moins du monde. Nina a simplement été placée en foyer durant trois ans toute seule, sans sa mère pour l’accompagner. Epuisée et sans argent elle a dû se résoudre à retourner à Fontenay.

Depuis, Nina a pris 70 kilos « Je me suis fait une carapace, comme une tortue. […] Quand je vois mon corps dans le miroir, je vois ce qu’ils m’ont fait ».

Dans l’une des interviews, le reporter insiste à plusieurs reprises sur le fait que quatorze des quinze violeurs « ont tourné la page » comme pour réclamer un peu de clémence à leur égard, comme pour dire qu’il est temps d’oublier, que ce sont des erreurs de jeunesse et qu’il faut laisser au passé ce qui appartient au passé. Ben voyons, maintenant qu’ils sont bien installés dans leur petite vie, ce serait tout de même dommage de les importuner, n’est-ce pas…

Le point de vue de Nina est nettement moins complaisant : « C’est des soi-disant bons pères de familles, ils ont des enfants, ils sont mariés, ils travaillent […] moi je n’ai pas de vie. Je ne peux pas travailler, je suis invalide à 80%. C’est eux qui m’ont violée et c’est eux qui ont la belle vie. Ça me dégoûte ».

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=VHikZdfwPnY&feature=related[/youtube]

Sur le net, dans le flot de messages de soutien à ces jeunes femmes on parvient tout de même à trouver des partisans des violeurs, ainsi un certain Bernard qui estime que l’absence perceptible – selon lui – d’intelligence de la victime justifierait les actes barbares qu’elle a subis « Ce que j’ai vu d’une des jeunes filles à la télé ne me donne vraiment pas envie de prendre parti pour elle… Vulgaire, sotte… La frontière entre l’acceptation molle et le refus ne me semble pas bien nette », ou encore cet ami du frère de Nina « il fallait ne pas être lâche pour grandir qd sa soeur trainait une telle réputation, et au contraire j’estime son courage pour défendre la réalité des faits, et empêcher que des accusés soient condamnés injustement, quitte à se mettre en porte à faux avec sa famille ».

Je réponds au premier que j’aimerais bien connaître son sentiment si lui-même se faisait violer par quinze bêtes en rut sexuellement détraquées, et que Nina est tout de même capable aujourd’hui de faire baisser les yeux de ses violeurs en ayant le cran de les regarder en face. Que je doute fort par contre que lui-même au chaud devant son petit ordinateur à donner des sentences débiles et machistes ait un QI plus élevé que celui d’une huître. Pardon pour les huîtres. Il faudra aussi que ce monsieur m’explique l’intérêt de donner des coups à une fille consentante puisqu’il est si suprêmement finaud. Enfin, j’espère surtout qu’il a eu le bon goût de ne pas avoir de fille et de ne pas être magistrat. Au second je lui répondrai qu’on a les amis que l’on se choisit et qu’il ferait mieux de sélectionner les siens avec un peu plus de discernement.

Quant aux associations dites « féministes », on attend encore leurs réactions qui n’auraient pas manqué d’être virulentes si les violeurs s’étaient appelé François, Philippe, Anthony… Rien de nouveau sous le soleil de Fontenay donc.

Caroline Alamachère

(1) http://lci.tf1.fr/france/faits-divers/mere-d-ibrahima-le-pere-mis-en-examen-5700458.html

(2) Le prénom a été modifié.

Nina a enfin pu raconter son calvaire devant les juges et les jurés

Le procès est très éprouvant pour les deux victimes, qui ont fait des tentatives de suicide ces derniers jours

http://www.rtl.fr/actualites/article/val-de-marne-quinze-hommes-juges-pour-des-viols-collectifs-10-ans-apres-7752541434

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/tournantes-a-fontenay-chronique-d-un-proces-douloureux_1167826.html

http://www.europe1.fr/France/TEMOIGNAGE-E1-Pour-eux-j-etais-un-bout-de-viande-1242075/

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/09/17/01016-20120917ARTFIG00582-treize-ans-apres-nina-face-a-ses-violeurs-presumes.php

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