Crimes d’honneur en Turquie et ailleurs

Publié le 7 avril 2010 - par

Sous la plume d’Ariane Bonzon, le journal en ligne Slate.fr publie un grand article sur les crimes d’honneur en Turquie. Grâce à la richesse des liens, cet article s’avère un véritable dossier.

On lira avec intérêt les pièces et extraits suivants :

1. Comment peut-on tuer sa mère, sa fille ou sa soeur, par Ariane Bonzon :

crime-honneur-comment-peut-tuer-sa-mere-sa-fille-ou-sa-soeur

Il s’agit de l’article de synthèse qui coordonne le reste du dossier.

2. Turquie : une jeune fille enterrée vivante dans un crime d’honneur

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Article du Parisien du 2 février 2010 :

Une jeune fille de 16 ans a été enterrée vivante par ses proches, un crime commis dans le sud-est de la Turquie pour laver l’honneur de la famille qui la soupçonnait de fréquenter des hommes, rapporte jeudi l’agence Anatolie, citant les conclusions d’une autopsie.
“Medine Memi a été retrouvée en position assise dans une fosse de 2 mètres de profondeur et les analyses ont révélé l’existence de terre dans ses poumons et son estomac, ce qui signifie qu’elle a été enterrée de son vivant”, a déclaré à Anatolie un médecin légiste, dont le nom n’est pas précisé.

“La jeune fille avait les mains ligotées et était vivante et consciente au moment de ce crime macabre”, a dit ce responsable de l’institut de la médecine légale de Malatya, dans le sud-est anatolien peuplé majoritairement de Kurdes, ville voisine de Kahta, où s’est produit le crime.
Son corps a été retrouvé dans le jardin de la maison familiale en décembre après que la victime a été portée disparue pendant plus d’un mois.
Le père et le grand-père de l’adolescente ont été arrêtés mais ont gardé le silence, selon Anatolie.

3. Crimes d’honneur au Kurdistan turc

crimes-d-honneur-au-kurdistan-turc.html

Cet article de la Libre Belgique du 27 mars 2010 relate plusieurs crimes d’honneur, dont l’un concerne une jeune fille qui avait été violée ; les assassins sont allées les chercher jusqu’à l’hôpital.

4. Ayse Onal shines light on Turkish “honour” killings

journalist-the-month/090517/ayse-onal-shines-light-turkish-honor-killings

5. Honour Killings : stories of men who killed by Ayse Onal, références du livre sur Amazon :

Killing-Stories-Men-Killed/dp/0863566170

La journaliste Ayse Onal s’est interessée aux crimes d’honneur vus côté tueur, et est allée interviewer une trentaine d’entre eux en prison.
Il arrive que ceux-ci aient commis ce crime par force, le cas le plus émouvant (eh ! oui ! émouvant, c’est comme ça) étant celui de ce jeune homme qui font en larmes devant la photo de sa soeur qu’il a tuée.
Le livre met mal à l’aise, il est pénible à lire, et d’ailleurs aucun éditeur français n’a cherché à le traduire. Il est cependant très instructif.
Ayse Onal explique:

Dans cette culture, les femmes ont pour qualité d’être dignes et vertueuses, et les hommes ont pour devoir de veiller sur elles afin qu’elles conservent ces qualités. Lorsque l’on juge qu’une femme n’est plus tenue par ces idéaux, il devient inévitable de la tuer. Un homme qui refuse de le faire ne pourra plus vivre normalement, il sera humilié et méprisé par le village tout entier, par ses voisins, ses amis, sa famille. Les crimes d’honneur ne sont pas à classer dans les violences domestiques, ce sont des violences d’ordre social qui dépassent les familles.

Très concrètement, si la famille ne lave pas son «honneur» en tuant la jeune fille qui a dérogé à l’ordre archaïque, c’est toute sa vie sociale et économique qui est anéantie. Impossible, par exemple, pour les autres filles de la maison de trouver un mari, elles resteront à la charge de leurs parents. Mieux vaut donc avoir un fils en prison que de condamner la famille entière à vivre pestiférée, isolée, appauvrie, rejetée…”

Bon, avant de trop nous émouvoir sur l’assassin, voyons le point 6 sur les crimes d’honneur en France et en Europe, où rien n’oblige une famille à commettre un crime d'”honneur’ :

6. Réaction de Gaye Petek, directrice d’Elele (http://www.elele.info/) répond à Slate.fr sur les crimes d’honneur en France et en Europe :

“Dans les familles turco-kurdes immigrées, en France ou ailleurs en Europe, des crimes d’honneur ont toujours lieu, certes plus rarement. «Car c’est pareil en France! Les archaïsmes se perpétuent d’autant plus qu’il y a transplantation dans un autre pays. L’immigration en pays étranger est un facteur aggravant, explique Gaye Petek, directrice d’Elele. Les pères sont déglingués, encore plus transis de peur que leur fille échappe à la tradition, épouse un non-Kurde ou un non-musulman.»”

7. Rôle de l’islam (toujours extrait de Slate.fr)

«Dans ces régions-là, leur honneur est la seule chose que possèdent ces gens qui n’ont rien, c’est leur seule richesse», explique la réalisatrice turque Melek Taylan, auteur de Dialogues in the dark, le film le plus complet sur le sujet. Quant à savoir si ces crimes ont partie liée avec l’islam, le débat est ouvert.«Cette pratique existait en Mésopotamie, avant l’apparition de l’islam. Aujourd’hui quand la famille demande l’avis du cheikh, ce dernier tranche alors en fonction de sa propre sensibilité, pas du Coran!», poursuit Melek Taylan. Tandis qu’Ayse Onal accuse: «Lorsqu’on invoque l’islam pour justifier des crimes d’honneur, les autorités religieuses ne disent rien. Ce qui est compris par beaucoup comme l’approbation de ces meurtres de femmes “immorales”. J’en conclus que la religion contribue à ces meurtres.» Le gouvernement turc actuel, musulman et ultralibéral, a déjà fait un pas en avant, en renforçant la loi en 2005. Il a également mis sur pied une commission de réflexion sur ce sujet. Mais il condamne rarement ces crimes en public. Car il sait qu’il va à l’encontre de la partie de son électorat la plus traditionnelle et conservatrice.

Entre 200 et 300 crimes d’honneur seraient encore commis chaque année en Turquie.” Chiffre auquel il faut ajouter plusieurs centaines de “suicides”.

8. Crimes d’honneur, article d’Amnesty international

campagnes/femmes/droits_des_femmes/crimes_d_honneur

Cette ONG écrit :

“Ainsi meurent ou sont mutilées chaque année, des milliers de femmes et de filles, pour sauver l’honneur et laver dans le sang ce que considèrent la famille et la communauté comme une offense ; et ce dans un grand nombre de pays.
Beaucoup d’entre elles vivent en Turquie, au Pakistan ou en Jordanie ; mais aussi en Europe où l’on constate cette pratique au sein des communautés immigrées.
Ainsi, en mai 1999, le tribunal de Nottingham au Royaume Uni a condamné à la réclusion à perpétuité une femme pakistanaise et son fils pour le meurtre de leur fille (et sœur) : pour eux, elle avait sali l’honneur de la famille en ayant eu des relations sexuelles en dehors du mariage.

Ces punitions prennent des formes diverses : ces femmes sont reniées par leur famille, elles sont coupées de leur environnement social et risquent d’être exploitées. Elles sont enlevées, menacées. Beaucoup d’entre elles sont torturées, mutilées et défigurées à vie ; brûlées par l’acide ou immolées.

Dans la plupart des cas, les meurtres et les mutilations sont perpétrés par le mari, le père ou le frère de la femme qu’il considère comme coupable. La famille considère qu’elle a sali leur honneur et doivent donc être punies pour cette offense. Le fait que les femmes soient considérées comme un objet, une propriété contribue à cette forme de violence ; cette idée étant très enracinée dans les sociétés patriarcales. Ces crimes sont commis dans tous les milieux, et ne concernent pas seulement les régions rurales, mais également les villes et les milieux ” éduqués “.

Amnesty signale particulièrement la complicité de la police et de la justice au Pakistan :

“En outre, la quasi-totalité de ces crimes, restent impunis. L’isolement et la crainte ressentis par les femmes qui vivent sous cette menace, sont aggravés par l’indifférence de l’Etat et sa complicité. Au Pakistan, la police ne poursuit que rarement les responsables de ces crimes ; en effet, les policiers se comportent souvent en gardien de cette tradition et de la moralité sur laquelle se base de telles ” punition “. D’ailleurs, les pères ont fréquemment recours à eux pour retrouver, arrêter et faire emprisonner leurs filles, afin que la famille puisse ensuite les punir en se faisant justice elle-même.

Lorsqu’il y a des poursuites, la justice ne condamne les auteurs qu’à de légères peines. En effet, les juges ont tendance à renforcer les normes coutumières discriminatoires, ils retiennent généralement des circonstances atténuantes, et les victimes n’ont jamais la possibilité d’être entendues. De plus, il existe encore toute une série de lois discriminatoires envers les femmes.

Ainsi, de nombreux Etats ne respectent pas les obligations qu’ils ont prises en ratifiant notamment laConvention contre toutes les Formes de Discrimination à l’égard des Femmes (CEDAW); et entre autre l’article 5 qui oblige les Etats à ” modifier les comportements sociaux et culturels des hommes et des femmes “.
Par exemple, le gouvernement pakistanais n’a mis aucun programme en place pour informer les femmes de leurs droits légaux et constitutionnels. Il n’a pris aucune mesure pour empêcher de tels crimes et mettre un terme à cette pratique : l’impunité demeure.”

Catherine Ségurane

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