Dans plusieurs débats, j’ai constaté la coupure entre les élites de la tribune et la salle

Publié le 21 décembre 2009 - par
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Mercredi 9 décembre, la mairie du 20ème était devenue, pour quelques heures, un haut lieu de la démocratie, et réunissait plusieurs centaines de militants et de sympathisants de la cause de la Laïcité*1.

La salle, jouxtant la grande salle des fêtes où allait se tenir le colloque, hébergeait une série de panneaux présentant la Laïcité. Une association au beau nom évocateur, Valmy, étant l’auteur des panneaux.

Mais le ramage ne se rapportait pas au plumage. Que pouvait-on lire sur un de ces panneaux de l’association Valmy ?

Je cite : « le Juif, le catholique, le musulman, le protestant, jouant alternativement le rôle du bourreau ou de la victime, chacun étant l’infidèle de l’autre ».

Curieuse, quand même, cette présentation de la Laïcité ?
Laïcité, le renvoie, dos à dos, des uns et des autres. Tous coupables, tous également coupables et victimes, Torquemada, les conquérants djihadistes, les chefs de la ligue, le duc de Guise et les victimes de la Saint Barthélémy, les Juifs contraints à se renier ou à subir expulsions et pogromes ?! Si tous sont également coupables, personne n’est coupable.

A une amie qui m’accompagnait, j’ai alors demandé, sans obtenir de réponse : « dis moi, où et quand le Juif a-t-il opprimé le catholique, ou le protestant, ou le musulman, en tant « qu’infidèle » ? Où et quand ?

Quant aux protestants, hormis le bref épisode de la république de Genève dominée et tyrannisée par Calvin, qui imposera aux huguenots une variante inflexible de la réforme, leur mouvement représente pour l’essentiel un mouvement plusieurs fois séculaires vers la démocratie. La réforme laisse de grands noms sur le chemin de l’émancipation humaine, depuis Jan Hus et la démocratie paysanne en Bohème, en passant par les paysans camisards et les courageux pasteurs de la Haute Loire soutenus par leurs fidèles.

Venons-en à la rencontre elle-même.
Elle aura surtout montré le divorce entre la «masse» laïque et les élites politiques siégeant à la tribune, dont les discours et les réponses et non réponses aux questions et intervention de la salle ont montré que pour elles, pour les élites, la laïcité est devenue une icône, une icône du genre de celle qui trône à Moscou depuis 1924 et que l’on appelle la momie de Lénine ; icône devant laquelle Staline, qui aurait jeté en prison Lénine s’il avait surmonté sa maladie, faisait défiler des foules hypnotisées par des mots d’ordres mensongers. *2

Ce divorce produira un brouhaha, des quolibets et des sifflets à l’encontre de la tribune.

Le sénateur Assouline se fera même traiter, par deux fois, de « honte de la République », à cause des accommodements qu’il proposera et qui ont été nettement compris par la majorité de la salle comme une capitulation en rase campagne devant les destructeurs de la laïcité, agissant sous le masque de la prise en compte de la « diversité ».

Je suis intervenu dans les premiers, m’adressant à une célèbre universitaire soutenant qu’il est parfaitement normal de retrouver dans les couloirs et les bancs de l’université des jeunes femmes voilées de pieds en cap qu’elle compare aux curés et aux bonnes sœurs ayant pris le voile. On en a vu beaucoup, en un demi-siècle, des sœurs, de religieuses chrétiennes ayant pris le voile, dans les salles de cours et les couloirs des facultés ?

Je lui ai demandé une réponse à une question que je lui avais posée, via Respublica, il y a déjà deux ans : madame l’universitaire, comment allez-vous contrôler si la personne bourquisée, hijabisées, niquabisées, qui passe une épreuve est bien votre étudiante ?
Réponse profonde de notre profonde philosophe : « je suis d’accord, en la circonstance, il faudra en effet qu’elle montre son visage ».

Nous avons, avec cette réponse, un concentré de l’hypocrisie capitularde et honteuse. Sauf dans le cas des jeunes femmes qui s’intitulent « des indigènes de la République » et qui défendent l’enfermement des femmes pour nier par tous les moyens possibles des valeurs républicaines qui seraient « néo colonialistes », voire franchement « colonialistes » et mêmes « impérialistes », lorsque nous avons à faire avec des jeunes femmes ou contraintes, ou réellement convaincues de leur infériorité voulu par Dieu via son ultime prophète et certaines de leur rôle d’aimant du « péché », madame Kintzler n’ignore certainement pas qu’il leur est impossible de montrer ce visage qu’elle ont décidé de masquer aux impies et à tous ceux qui ne sont pas leur père et mère, leurs frères et sœurs, leur époux ou leur enfant. En d’autres termes, il ne sera pas possible d’obtenir de savoir qui passera l’examen, parce qu’il leur sera devenu impossible de paraître le visage apparent, même pour le temps d’un examen.

J’ai aussi posé une question, s’adressant à nos édiles, question sans réponse est-il utile de le préciser. Quelle question incongrue ai-je donc posée ?

Un des orateurs ayant rappelé en quoi la Laïcité consistait, en particulier la séparation de la religion et de l’autorité politique qu’elle instaure. J’ai demandé à la tribune comment comprendre l’appropriation, sans réaction des élus et de la police, de trois rues du 18ème chaque vendredi après-midi ?

Comment comprendre qu’il soit possible que des barrières soient posées par une milice de la mosquée ?
Comment cette milice peut-elle oser menacer et aller jusqu’à des brutalités contre des passants et des reporters ?

Comment comprendre que le maire de l’arrondissement, qu’un porte-parole autorisé du PS, que le commissaire de police, acceptent ces agissements délictueux, et que certains trouvent même légitime cette dualité de l’autorité régalienne imposé par une dictature religieuse émergente?

Si madame Kinstler a nettement affirmé l’impossibilité pour les enfermées vestimentaires de passer un examen sans se montrer effectivement aux appariteurs et examinateurs, aucun élu présent n’a donné le moindre élément de réponse quant à la situation des rues Polonceau et Myrrha, chaque vendredi. Vive la Laïcité qui accepte le diktat religieux islamiste et… Silence dans les rangs !!

Rue Polonceau, rue Jean Pierre Thimbaud, le lycée Hélène Boucher

Un enseignant demandera avec angoisse une réponse, qui ne viendra pas non plus, à cette question : « au lycée Hélène Boucher, un agent administratif logé par l’administration a une épouse qui est totalement cachée. Elle est sous son vêtement prison, une bourqua, depuis les orteilles jusqu’au bout des ongles. Les yeux sont à peine visibles ; cette femme déambule dans l’école librement, est-ce normal ? »

La salle régira, indignée, à la question de ce professeur montrant à quel point certains territoires de la République sont perdus. Par contre, les maires adjoints, le sénateur, se garderont bien d’esquisser la moindre réponse.

Le lendemain, à Bobigny se tiendront d’autres rencontres laïque. Je suis intervenu également et je dois dire que la tribune et la salle, à une ou deux exceptions, se trouveront nettement plus en accord pour refuser le détricotage et/ou le contournement de la loi de 1905.
Quand je demanderai pourquoi les orateurs n’avaient pas parlé de la commission parlementaire présidée par le Député maire de Vénissieux, Gérin, on me répondra, amicalement « que c’était pour laisser la salle poser cette question ».

Une jeune femme, enseignante et originaire d’Afrique du nord, nous expliquera avec force, qu’elle et beaucoup d’hommes et de femmes de cette origine sont excédés qu’ont les classifie « musulman ». « Je suis Kabyle et française. Je ne suis pas « musulmane » !

La question des repas strictement Hallal dans les écoles de la république (comme à Lille et à Roubaix, ou comme à Aubervilliers, dont un édile nous expliquera que c’est un problème difficile et complexe) furent vertement critiquées. Un intervenant expliquera ce qui, à l’inverse, se passait dans les écoles publiques de Tremblay en France.

Un proviseur viendra expliquer la situation vécue par son établissement, bloqué, empêché d’accueillir ses élèves, par un barrage dressé par une vingtaine de jeunes filles voilées…

Pour conclure, les participants à l’une ou l’autre de ces réunions ont exprimé leur inquiétude, leur refus d’une grave dérive menaçant les fondements du pacte social et leur volonté de faire face sans courber l’échine face aux démolisseurs de la laïcité et des traditions de la démocratie.

A Bobigny, le dernier orateur fut une chercheuse iranienne d’origine. La jeune femme insistera sur le fait que l’on ne doit surtout pas parler d’exception française. Elle conclura, en phase avec 99% de l’assistance et avec la tribune, que : « la Laïcité, c’est la Démocratie ! »

La Laïcité c’est la Démocratie !!

Alain Rubin

*1 le Grand orient de France, la Fédération de France des Libres penseurs et plusieurs autres associations étaient à l’origine de cette journée se fixant come objectif qu’un jour férié, chaque année, devienne « le jour de la Laïcité ».

*2 Nadejda Kroupskaïa, la veuve de Lénine, expliquera en 1926 que si Vladimir Illitch avait vécu encore quelques temps et cherché à peser sur le cours des événements, Staline l’aurait à coup sûr fait emprisonner.
Alain Rubin

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