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Dans quel monde vivons-nous ?

Dans la série de S-F Counterpart (Amazon Prime) deux réalités ont pour point de jonction un immeuble de l’ONU à Berlin. C’est là qu’est situé le portail de passage.

Une de ces réalités ressemble à la nôtre jusqu’à fin 2019 début 2020, la seconde née d’une expérience scientifique est-allemande en 1987 ressemble à la nôtre depuis l’intrusion du virus chinois en Occident.

Dans Counterpart, tout est double. Berlin et ses habitants. Et peut-être la planète entière. Mais depuis 1987, les destins des deux mondes ont divergé. Chaque côté ignore l’existence de l’autre. Seuls les deux gouvernements et leurs services d’espionnage respectifs se connaissent et se battent dans l’ombre tout en affirmant collaborer pour donner une vie meilleure aux habitants des deux mondes.

Il est possible pour certains membres de l’élite des espions de passer quelques jours dans l’univers parallèle au leur.

Les acteurs de Counterpart tiennent donc souvent deux rôles.

Le personnage principal, Howard Silk (un excellent J.K. Simmons) est d’un côté un brave type pas bien malin, un fonctionnaire falot travaillant depuis trente ans au même poste. Un boulon sans importance. Un jour, ses supérieurs sont obligés de lui révéler l’existence de l’autre monde. Silk se retrouve en face de son double, un homme sûr de lui, un agent haut placé dans le système, un guerrier. Les deux vies, les mêmes par certains côtés – souvenirs d’enfance, femme épousée – ont donné des individus très différents.

Mais un monde en veut à l’autre. Il accuse son double d’avoir essayé de l’exterminer avec un virus qui a tué un quart de son humanité. Théorie complotiste, affirment les dirigeants. Mais la vengeance est en route.

Pour les besoins de la narration, les Howard Silk échangent leur vie.

Celui venant de notre réalité avant le virus chinois découvre de l’autre côté des galeries commerciales désertes, des restaurants sans clients, des gens masqués dans les rues. Notre réalité d’aujourd’hui.

Regarder Counterpart laisse songeur.

Est-ce qu’une divergence n’aurait pas finalement eu lieu en 2019-2020 ?

L’impression de vivre dans une dystopie ne serait-elle pas seulement une impression ?

Quand je regarde des scènes de Counterpart et des scènes de notre quotidien, j’ai de plus en plus de difficultés à disjoindre réalité et fiction.

Est-ce encore la réalité dans laquelle je croyais exister il y a quelques mois qui m’oblige à me masquer en août alors que le masque ne servait à rien en mars ?

Suis-je toujours le même moi quand, au restaurant, j’entends un client âgé demandé au jeune serveur si une fois assis à une table il aura le droit d’enlever son masque ?

Est-ce le même univers que celui de mon enfance, celui où les gamins sont parqués derrière des parois de plastique dans les classes ? Où des conducteurs seuls dans leur véhicule sont masqués ? Où les gens ne s’embrassent plus, ne se serrent plus la main, s’écartent les uns des autres en fixant leurs semblables d’un regard affolé ?

Finalement, il n’y a pas eu besoin d’expérience de savants fous est-allemands, ni de la création d’un portail de passage pour se rendre d’un univers à un autre.

Les réactions – dont on ne parvient pas à cerner si elles sont le fait d’une immense incompétence, de la mise d’une stratégie du choc planétaire pour une grande réinitialisation de l’être humain – des gouvernements et la peur instaurée par leurs médias ont suffi.

Mais, comme les histoires d’amour, les dystopies finissent mal.

La nôtre est bien partie pour ne pas déroger à la règle.

Marcus Graven