1

Darmanin : « Ô viol, suspends ton cours ! »

Le ministre de l’Intérieur est arrivé ce vendredi en début d’après-midi au tribunal judiciaire de Paris. C’est la première fois qu’il est confronté à la plaignante dans cette affaire de viol, harcèlement et abus de confiance, débutée par une première plainte en 2017.

Darmanin aime l’Intérieur. Celui des femmes tout particulièrement.

Rien de grave à cela, sauf quand la dame n’est pas vraiment consentante pour prendre langue de manière intime avec l’intéressé. Peu de Français le savent, mais celui qui leur sert actuellement de ministre de l’Intérieur, est placé depuis décembre 2020 sous le statut de témoin assisté dans une affaire où il est accusé de viol, harcèlement sexuel et abus de confiance, excusez du peu.

Témoin assisté, « c’est un statut intermédiaire entre celui de simple témoin et de mis en examen ». Juste avant la « case truand », en quelque sorte…

La probité politique élémentaire aurait exigé que l’individu se mette en retrait de la vie politique jusqu’à ce que la justice tranche. Certes, on parlera de présomption d’innocence, on peut tout autant parler de présomption de conflit d’intérêt, puisqu’en tant que ministre de l’Intérieur, Darmanin dirige de fait les services d’enquête chargés d’investiguer la plainte qui le vise. Vous voyez d’ici le sac de turpitudes…

L’affaire Patterson débute en 2009. Darmanin n’est à l’époque « que » conseiller municipal de Tourcoing et, par ailleurs, chargé de mission au service des affaires juridiques de l’UMP (cette mouvance « gaulliste » qui, en 2015 sous l’influence du mondialiste Sarkozy, deviendra Les Républicains, une mouvance plus du tout gaulliste).

Sophie Patterson est à l’époque une sympathisante de l’UMP. Elle contacte le « chargé de mission des affaires juridiques du parti » afin qu’il l’aide dans une affaire personnelle assez embrouillée. Darmanin accepte de lui accorder le soutien juridique du parti, mais… moyennant quelques petites gâteries. Manifestement, à l’extrême limite, Sophie Patterson accepte. Abus de faiblesse ?

Darmanin est un homme de langue, mais aussi un homme de parole puisque, aussitôt les petites gâteries accordées, il contacte la garde des Sceaux de l’époque, Michèle Alliot-Marie, pour lui demander « de bien vouloir faire recevoir Mme Patterson ou, pour le moins, faire étudier sérieusement son dossier ». L’affaire traîne en longueur. Sophie Patterson dépose finalement plainte pour viol contre « Monsieur le chargé de mission des affaires juridiques du parti ». L’affaire sort dans les médias après un article du Monde en janvier 2018.

Darmanin est ministre de l’Action et des Comptes publics du gouvernement Philippe depuis mai 2017.

Sophie Patterson s’est entre-temps mariée et son époux, Pierre Spatz, écrit au garde des Sceaux, François Bayrou, pour dénoncer les agissements passés du nouveau ministre de l’Action et des Comptes publics à l’encontre de son épouse. Sophie Patterson-Spatz présente le rapport sexuel comme « non consenti, obtenu par la surprise et constitutif d’un viol ».

Darmanin ne nie pas l’existence du rapport sexuel, l’envoi d’une lettre à la garde des Sceaux en faveur de la plaignante ni l’échange de SMS, qui ne laissent aucun doute sur la nature des demandes de Darmanin à l’égard de Sophie Patterson. Mais il conteste le défaut de consentement et la qualification de viol et de harcèlement. La plainte de Mme  Sophie Patterson-Spatz est classée sans suite en juillet 2017, à peine trois mois après son dépôt.

Quand on dit que la justice est lente…

En janvier 2018, une nouvelle plainte est déposée par Mme  Sophie Patterson-Spatz pour viol, harcèlement sexuel et abus de confiance, plainte de nouveau classée sans suite en février 2018. Une troisième plainte pour les mêmes faits, cette fois avec constitution de partie civile, force le parquet à déclencher l’action publique et entraîne la désignation d’un juge d’instruction. Lequel, en août 2018, prononce une ordonnance de non-lieu : « Le défaut de consentement ne suffit pas à caractériser le viol. Encore faut-il que le mis en cause ait eu conscience d’imposer un acte sexuel par violence, menace, contrainte ou surprise ».

La plaignante interjette appel du non-lieu, mais la cour d’appel la déboute, arguant de simples raisons de procédure

En novembre 2019, la Cour de cassation annule la décision de la cour d’appel pour vice de forme

Le 9 juin 2020, la cour d’appel de Paris ordonne la reprise des investigations sur les accusations de viol, harcèlement sexuel et abus de confiance.

Darmanin, qui est ministre de l’Intérieur depuis début juillet 2020, est entendu en décembre 2020 sous le statut de témoin assisté.

En janvier 2021, Mediapart révèle que de nouveaux éléments de l’enquête montrent que Darmanin s’est montré très insistant à l’égard de Sophie Patterson-Spatz, lui envoyant une quarantaine de SMS, malgré l’exaspération marquée de cette dernière. Darmanin avait jusqu’à présent nié tout harcèlement à l’encontre de Mme Patterson-Spatz.

Le ministre a également changé sa version des faits concernant un message « clé » de l’affaire. Il évoque dorénavant une « vengeance politique » à son encontre, sans apporter le moindre élément en soutien à cette affirmation…

Deux cents élus proche du ministre, dont Xavier Bertrand, signent une tribune appelant à la « retenue » et au « respect de la présomption d’innocence ». Tandis qu’une autre appelant à la démission du ministre, à l’initiative du Collectif NousToutes, l’a été par 20 000 personnes.

C’est ce zozo qui vient de décider la dissolution de Génération Identitaire, sous des motifs totalement loufoques. Darmanin est décidément la mascotte de la macronie.

Henri Dubost