Davantage de profs pour moins de lames de rasoir dans les collèges ?

Introduction et distribution de balles de revolver dans le collège, introduction de lames de rasoir par de jeunes élèves de cinquième, rackets à l’intérieur du collège comme à ses abords, bagarres récurrentes en classe entre élèves, élèves gravement blessés suite à des bagarres ayant eu lieu dans la cour, coups sur une enseignante s’interposant dans une bagarre très violente à l’intérieur de sa salle de classe, insultes au personnel et menaces de mort répétées, multiples agressions à caractère sexiste à l’encontre du personnel comme des élèves…
C’est le constat que font les professeurs du collège Belle de Mai à Marseille dans une lettre ouverte à leur Recteur(1). Ils n’en peuvent plus. Ils sont désorientés, épuisés. Ils appellent à l’aide. On les comprend. On compatit. On se révolte avec eux et on se dit que l’enseignement, dans ces conditions, ne relève plus de la vocation mais de l’abnégation, voire du masochisme et qu’il va falloir payer davantage les courageux qui vont s’y risquer !
Mais…
Mais on ne comprend pas tout.
En effet, la liste des causes, énoncées plus loin dans la lettre, de ces dysfonctionnements laisse pantois : il n’y est question que de moyens humains et matériels.
Or, si l’on soutient sans réserve les demandes, légitimes, d’avoir des professeurs dans chaque discipline, d’avoir suffisamment de C.P.E. et d’assistants d’éducation pour encadrer et gérer des centaines d’élèves « peu éduqués » a priori, d’avoir une classe pour regrouper les nouveaux arrivants ne parlant pas français et/ou illettrés, d’avoir des manuels scolaires pour appliquer les programmes imposés par le Ministère, il nous semble que l’on mélange tout. Toutes ces demandes participent d’un état normal, dans un collège normal. Il est anormal qu’elles ne soient pas réalisées, mais elles n’ont qu’un rapport fort lointain avec l’état des lieux présenté.
Comment avoir davantage de professeurs dans l’établissement empêcherait-il les bagarres en classe, sauf à doubler, voire tripler ou quadrupler le nombre d’adultes dans chaque classe ?
Comment avoir davantage de C.P.E. et d’assistants d’éducation empêcherait-il le trafic de balles de révolver ? La fouille au corps deviendrait-elle permise ???
Comment avoir des manuels scolaires correspondant aux programmes empêcherait-il une enseignante d’être frappée quand elle s’interpose dans une bagarre dans son cours ?
Comment un C.D.I. ouvert à plein temps empêcherait-il le racket et la présence de lames de rasoir ?
Vous galégez, chers collègues, je suis désolée de devoir vous le dire, et je ne peux vous en vouloir.
Il y a beau temps que l’on vous culpabilise, que l’on vous rend responsables de tous les dysfonctionnements de feue notre école républicaines : les adeptes du pédagogisme, les sociologues, les psychologues à la petite semaine, les Meirieu, les ministres (de Jospin à Royal en passant par Luc Ferry), les parents de la FCPE ne cessent de vous le répéter : s’il y a de la violence, s’il y a des bagarres, c’est que vous faites de l’élitisme, c’est que vous êtes trop stricts, c’est que vous ne savez pas amuser la galerie, c’est que vous ennuyez vos élèves, c’est que vous osez demander du travail et des résultats…
De l’autre côté, la plupart des syndicats vont dans le sens du vent et réclament, eux aussi, plus de moyens pour plus de pédagogisme, pour une meilleure prise en compte des inégalités familiales, pour une meilleure prise en compte de la diversité, pour une meilleure prise en compte des difficultés… Et c’est encore vous les coupables, coupables de ne pas savoir vous adapter à un nouveau public.
Et les difficultés du prof ? Et son impossibilité de faire ce pour quoi il est payé ? Et le prof transformé en serpillière par des gosses de treize ans ? Et les difficultés des élèves, de ceux –encore majoritaires, pour combien de temps ? – qui voudraient apprendre et travailler, sans être menacés, sans être rackettés, sans être frappés, sans être obligés de rattraper un ballon sous peine de se voir tabasser(2) ?????

Alors, vous, chers collègues, scotchés au milieu de l’arène, vous tournez sur vous-mêmes, hésitant entre l’envie de botter le derrière à l’un, de consoler l’autre (surtout pas, attention pédophilie !), de vous effondrer en pleurant sur le bureau, de vous enfuir en courant, de vous reconvertir dans le Larzac ou de vous blinder en attendant les prochaines vacances… Une vie de pacha, quoi !
Alors, vous, chers collègues, quand vous explosez, quand vous vous rassemblez pour tenter de changer les choses, que pouvez-vous faire d’autre que d’écrire à votre Recteur pour lui demander la seule chose qu’il puisse vous accorder, des moyens ? C’est bien normal, puisqu’il vous manque même le minimum ! Néanmoins, on peut être gêné par un élément de votre lettre : vous évoquez des actes graves, voire gravissimes, que vous qualifiez d’incidents, sans jamais remettre en cause la responsabilité de ceux qui les commettent, vous participez ipso facto à la déresponsabilité qui pourrit peu à peu notre société et nous/vous coûte si cher.
A ce propos, votre lettre pose des problèmes que des hommes politiques dignes de ce nom pourraient résoudre s’ils s’en donnaient les moyens, s’ils en avaient la volonté politique, et sans moyens supplémentaires. Il suffirait de rompre avec la logique pernicieuse et destructrice qui est mise en place, rentrée après rentrée, depuis des années.
D’abord, l’enfant-roi a des droits mais l’on n’a pas les moyens de lui imposer les devoirs qui vont avec. On nous refuse de plus en plus la possibilité de mettre des sanctions. Dans certains établissements, les colles ne sont pas possibles (car traumatisantes pour ces chers petits) : si un élève ne fait pas sa punition, le professeur est pieds et poings liés, il n’a aucun moyen d’imposer sa règle (mais on lui mettra la tête sous l’eau en lui reprochant de ne pas « avoir d’autorité ») ; l’élève a droit à l’instruction, s’il la refuse c’est le professeur, voire l’école, ou encore l’institution ou l’Etat carrément qui peuvent être mis en cause et attaqués devant les tribunaux !
Il serait pourtant simple de rompre avec le sentiment d’impunité qu’ont tous ces jeunes qui accumulent incivilités, refus de travail, voire délinquance : les conseils de discipline prononçant l’exclusion des établissements, au lieu de se raréfier, devraient se multiplier et on devrait laisser à la charge des parents la tâche de leur trouver un nouvel établissement (ils perçoivent aussi, faut-il le rappeler, des allocations familiales pour leurs enfants scolarisés ) ; si les examens étaient plus exigeants, peut-être que le redoublement jouerait un rôle, peut-être que le travail et l’effort seraient revalorisés? Et si l’on cessait de vouloir faire boire des ânes qui n’ont pas soif et si l’on orientait, dès quatorze ans, dans des classes de préapprentissage tous ces jeunes qui ne supportent pas l’école, qui ne sont pas faits pour elle, on supprimerait peut-être une partie de la violence ambiante !!!
Ensuite, osons, malgré les insultes et les diatribes que l’on va recevoir, redire la responsabilité du collège unique, qui veut faire marcher au même rythme, dans des classes hétérogènes, les plus doués (ou les plus travailleurs, ça va souvent ensemble n’en déplaise aux pédagos fous) qui s’ennuient et les plus en difficulté qui sont perdus, histoire de punir et handicaper ceux qui ont la chance de naître dans des familles favorisées culturellement ou socialement… Nos idéologues ont depuis longtemps abandonné l’idée de tirer vers le haut, préférant niveler par le bas, dans un esprit revanchard médiocre et lamentable, issu d’un engagement politique mal compris et mal digéré… En fait, il faudra bien dire clairement, un jour, que Jospin et le PS,les syndicats type FSU et Sgen, la FCPE, Meirieu et ses pédagocrates, et toute la mafia bien pensante écolo-altermondialiste-gauchisante ont tué l’Ecole publique en deux phrases : « il faut faire entrer la société dans l’école » et « l’élève est au centre, il doit réaliser son projet » bien plus sûrement que l’absence supposée de moyens…Le libéralisme sarkozien n’a plus qu’à mettre en place ses structures à 3 vitesses (privé, public-chic et public-animation) avec l’aval de la majorité des parents qui veulent que leurs enfants bossent…
Enfin, que dire de la politique d’immigration qui, pendant des années, ne s’est pas donné les moyens non seulement de favoriser l’intégration mais d’imposer l’assimilation ??? Et imposer l’assimilation, c’est non seulement une politique de la ville qui évite les ghettos, mais une police et une justice qui ne tolèrent pas dealers, économie souterraine et proxénétisme, tous ces exemples rendant dérisoires voire comiques aux yeux des petits frères les demandes de respect des enseignants, des autres et du savoir demandés à l’école. Imposer l’assimilation, c’est aussi imposer l’égalité homme-femme, la laïcité, et cela aurait dû être aussi, depuis longtemps, imposer la maîtrise du français et la connaissance des valeurs républicaines à tout postulant à l’immigration, merci au gouvernement Fillon d’y avoir veillé, malgré les jérémiades des inconséquents de service.(3)
Peut-être que si l’on s’attaquait aux racines du mal, si l’on avait le courage de rompre avec une société qui, pour mieux plonger dans le consumérisme et le matérialisme, aux dépens de la culture, de la République et de ses valeurs, et de la richesse intérieure, se replie dans le communautarisme et la violence primitives, on éviterait le retour à la barbarie que nous évoquent, de plus en plus souvent, certains faits divers qui touchent notre belle jeunesse !
Christine Tasin
(1) http://www.cnt-f.org/sam/IMG/pdf/LettreBelleDeMaiNov08.pdf
(2) http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2008/12/03/01016-20081203ARTFIG00621-le-petit-pont-massacreur-fait-une-
nouvelle-victime-.php

(3) http://lemammouth.over-blog.com/article-24330120.html

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