De Gaulle et la grande tradition de la diplomatie française

Marine le Pen en campagne parle maladroitement et à contretemps de la Russie et de l’OTAN. Elle donne des armes à Macron comme si elle voulait perdre l’élection au lieu de la gagner. Elle doit parler à la France et aux Français. Le général de Gaulle a surpris le monde en annonçant la reconnaissance officielle par la France de la République populaire de Chine alors ostracisée comme Poutine par le monde occidental sous injonction américaine. De Gaulle renouait avec une grande tradition de la diplomatie française qui se joue des interdits idéologiques au nom des intérêts d’État, comme le firent en leur temps François 1er avec le Grand Turc musulman ou le cardinal Richelieu avec les princes protestants du nord de l’Europe.

En 1972, Nixon imitait le Général. Cet hommage au grand Français se révéla aussi un signe cruel du déclin historique de notre pays. Les conséquences du geste américain furent incomparables.

La Grande Nation n’était plus la France mais les États-Unis. La Grande Nation, comme disait de Gaulle en évoquant le temps glorieux où la France au XVIIème et au XVIIIème siècle était surnommée la Chine de l’Europe pour sa démographie exubérante, avait passé le relais à la vraie Chine. De Gaulle avait la tête impériale, Nixon avait le corps. En venant à Pékin, il coupait en deux l’Histoire du XXème siècle.

Il en est alors conscient, parlant de la semaine qui a changé le monde.

L’alliance de la Chine et des États-Unis constitue le grand renversement d’alliances du XXème siècle.

Le voyage de Nixon marque le début de la fin de la guerre froide. Il faudra une décennie pour que cette alliance donne sa pleine mesure. En 1979, Deng Xiaoping engage la modernisation de l’économie chinoise qui rompt avec le collectivisme communiste. En 1980, Ronald Reagan, élu président des États-Unis, inaugure une politique néolibérale qui marque la sortie historique du modèle rooseveltien du New Deal, les débuts de la dérégulation de la finance et des déficits budgétaires colossaux que les Chinois prendront l’habitude de financer grâce à leurs premiers excédents commerciaux.

Les multinationales américaines délocalisent leurs usines en Chine pour profiter des salaires misérables des ouvriers chinois et exporter leurs produits dans le monde entier au plus grand profit des nouveaux capitalistes, Bill Gates, Steve Jobs, etc. Pékin se sert de la cupidité des dirigeants des compagnies américaines pour ériger, à une vitesse unique dans l’Histoire, cette puissance industrielle dont Mao avait rêvé et pour laquelle il avait sacrifié des dizaines de millions d’hommes.

Les théoriciens libéraux américains qui, à cette époque, autour de Milton Friedman, commencent à supplanter dans les universités d’outre-Atlantique la vieille garde keynésienne, expérimentent en grand leur idéologie. Les Chicago Boys se sont fait la main dès 1973 sur le Chili, après le renversement du communiste Allende par les militaires. Les théoriciens de la « main invisible » et du moins d’État s’accommodent fort bien de dictateurs implacables, que ce soit le général Pinochet ou des hiérarques communistes chinois.

Comme si la « main invisible » du marché avait besoin de la « main de fer » de la tyrannie pour s’imposer aux populations, brisant ainsi l’alliance séculaire entre la démocratie et le marché !

C’est le mythe de l’alliance entre libéralisme politique et libéralisme économique, selon Adam Smith.

La guerre froide entre les États-Unis et l’URSS était symbolisée par le rideau de fer qui coupait Berlin en deux. Les frontières étaient surveillées, verrouillées, sacralisées. Le monde inauguré par le voyage de Nixon en Chine sera un monde ouvert, celui d’internet et des porte-conteneurs (et des paradis fiscaux) qui abolira les frontières. La fin du XXème siècle retrouverait les couleurs de la fin du XIXème siècle, qui avait connu une première mondialisation favorisée par le creusement des grands canaux (Suez, Panama), le développement du commerce international, les nouvelles découvertes technologiques (téléphone, automobile, avion), l’extension du libre-échange, sous la houlette de la Grande-Bretagne, grande puissance impériale, industrielle, financière de l’époque, alors le gendarme du monde, rôle tenu depuis 1945 par les États-Unis.

La comparaison avec le monde d’avant 1914 est édifiante pour un Français. En 1815, la puissance maritime dominante, la Grande-Bretagne, a vaincu sa rivale continentale, la France de Napoléon, grâce au soutien d’une autre puissance continentale ambitieuse, mais encore marginale, la Prusse. C’est Blücher qui sauve Wellington acculé par Napoléon à Waterloo, pour que le combat change d’âme.

Toute l’Histoire du XIXème siècle peut se résumer à la montée en puissance de la Prusse qui élimine l’Autriche, puis écrase la France, qui l’avait humiliée à Iéna, et finit, grâce à son dynamisme démographique et commercial, par menacer les positions impériales de la puissance maritime. Alors, la Grande-Bretagne s’allie à l’ancien ennemi français pour contenir la menace de la nouvelle puissance continentale : l’Allemagne.

Cette lutte entraînera une guerre de trente ans (les deux guerres mondiales) et des millions de morts.

Un siècle plus tard, il faut remplacer l’Angleterre par les États-Unis, la France de Napoléon par l’URSS, et l’Allemagne par la Chine, l’empire du milieu… de l’Europe, par l’empire du Milieu.

Mais c’est toujours le même affrontement entre la mer et la terre. L’URSS vaincue en 1989 et détruite en 1991, la montée en puissance de la Chine finira par inquiéter les Etats-Unis et les voisins de la République populaire que les États-Unis s’efforceront de fédérer : Inde, Japon, Singapour, Australie.

Au début du XXème siècle, les Anglais avaient décidé d’affronter l’Allemagne après que celle-ci, jetant pardessus bord les prudences bismarckiennes, ait lancé une grande politique de construction navale pour rivaliser avec la Royal Navy. La Chine, en 2012, a inauguré son premier porte-avions, et veut faire de la mer de Chine son arrière-cour maritime. Napoléon reprochait déjà à l’Angleterre de le poursuivre de sa vindicte pour assouvir sa boulimie de dettes et enrichir sa chère City. Deux siècles plus tard, les Chinois reprochent aux États-Unis de crouler sous les dettes et de développer un capitalisme-casino qui sacrifie tout, jusqu’à la prospérité du monde, pour satisfaire la cupidité insatiable des financiers de Wall Street.

Après le geste d’ouverture du Général de Gaulle à destination de la Chine populaire, les Français, toujours intellectuels en politique, ont inventé puis conceptualisé le monde multipolaire forgé par le voyage de Nixon en Chine en 1972. Mais nous y avons perdu une place digne de notre passé.

Thierry Michaud-Nérard

(Source : Éric Zemmour, Le suicide français).

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4 Commentaires

  1. aurait elle dit que le soleil se lève à l’est que ça aurait été interprété par les journaleux aux ordres comme un soutien à poutine et à la chine

  2. TMN, vous êtes complètement décalé et hors sujet.
    N’étant pas un conseillé direct de Marine, comprenez que l’URGENCE est de la soutenir et de distribuer des tracts et d’aller manifester. Le Blabla n’est plus d’actualité !
    ABSTENTION PIÈGE À CONS / ABSTENTION = MACRON !

  3. Même si je n’étais pas d’accord avec CDG (sur l’Algérie surtout), au moins j’avais la fierté d’appartenir à un grand pays, malgré ses déboires en 40 et en Indochine. Lorsque le Président convoquait une conférence de presse ou tous étaient conviés, le monde entier, et je n’exagère pas, était suspendu à ses lèvres pour ce qu’il avait à dire, car cela avait un sens profond qui marquait. Et je ne vous parles pas de ses déclarations chocs en déplacements…

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