De Gaulle, un homme de droite, vraiment ?

Publié le 26 septembre 2019 - par - 768 vues
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« Cette victoire n’est pas la nôtre. L’action de nos forces, qu’elle fût celle de nos armées ou de la résistance, n’a été d’aucun poids dans le résultat final. Elle n’a pas modifié d’un jour ou même d’une heure le moment de la capitulation allemande. » (Charles de Gaulle, 11 avril 1959).
« De Gaulle n’avait pas trop de deux églises à Colombey pour pouvoir y aller confesser tous ses péchés. » (Général Maxime Weygand ; « Mémoires »(1)).

Vendredi et samedi, à Paris et dans plusieurs grandes villes, le pouvoir était dans la rue avec des manifestations monstres de Gilets jaunes, de fonctionnaires mécontents, de personnels navigants, de jeunes branleurs qui veulent sauver la planète, d’écolos-bobos « culpabilisés par leurs enfants », de syndicalistes, d’infirmières en blouse blanche, d’avocats en robe noire… etc… etc.

Et, pour corser le tout, les habituelles hordes de Black Blocs (2) ont tout cassé sur leur passage.
Aussitôt, quelques matamores et autres stratèges de café du Commerce en appelaient à un régime fort, une dictature avec, à sa tête, le général Pierre de Villiers, lequel ne demande rien (3).
Une grande gueule, qui est une vague relation, me déclarait en pontifiant :
« Il nous faudrait un homme de droite, ferme et à poigne ; il nous manque un de Gaulle. »

Par courtoisie, je n’ai pas dit à ce brave homme ce que je pense vraiment de celui qui a fait la guerre embusqué derrière les micros de la BBC, et qui s’est réfugié comme une lope chez Massu, à Baden-Baden en mai 1968. Mais de Gaulle, un homme de droite ? Laissez-moi rire !

Certes, comme Mitterrand, il a été élevé dans une famille proche de « L’Action Française » de Charles Maurras. Le professeur Henri de Gaulle, son père, se définissait comme un « monarchiste de regrets » : il ne croyait pas à un retour possible de la royauté en France mais il regrettait « le Trône et l’Autel ». Je suis moi-même un « monarchiste de regrets », donc je peux comprendre.

Dommage que les Français connaissent aussi mal leur histoire, car ils éviteraient de voir des dictatures droitières là où ce n’est absolument pas le cas.
Souvenons-nous, par exemple, de la mémorable raclée de juin 1940.
Dans la panique générale, il a fallu trouver un sauveur. Le 10 juillet 1940, les parlementaires donnaient les pleins pouvoirs au maréchal Pétain : 670 votent ; 176 parlementaires sont absents dont 27 sont à ce moment-là en mer, embarqués le 21 juin, du port de Bordeaux, sur le « Massilia » (26 députés et un sénateur) ; 61 parlementaires communistes ne peuvent siéger, et pour cause ! Depuis le 16 janvier 1940, ils sont déchus de leur mandat à la suite de leur soutien au pacte germano-soviétique et du décret-loi Daladier, du 26 septembre 1939, interdisant le Parti communiste. Sur 649 suffrages exprimés : 80 parlementaires (57 députés et 23 sénateurs) votent contre les pleins pouvoirs. 569 approuvent (357 députés et 212 sénateurs) soit 87,67 % des suffrages exprimés. 20 autres s’abstiennent. Sur les 569 votants en faveur des pleins pouvoirs, 286  ont une étiquette de gauche ou de centre-gauche et 46 sont sans étiquette. L’histoire, si elle n’était pas complètement pipée, aurait dû retenir – primo – que le maréchal Pétain est arrivé au pouvoir de façon parfaitement légale et – secundo – qu’il a été porté au pouvoir par une majorité… de gauche.

Le vieux Maréchal, dans sa grande naïveté, a souhaité une union nationale en confiant des ministères à des gens venus d’horizons politiques différents, à commencer par le socialiste Pierre Laval, chef du gouvernement. On a un peu oublié que les ministres du Maréchal les plus ouvertement partisans d’une collaboration « totale et entière » avec le régime nazi venaient souvent de la gauche : Paul Marion, Marcel Déat, Jacques Doriot, Victor Barthélémy… etc. De son côté, le Maréchal n’était pas tendre avec les collabos. Abel Bonnard, ministre de l’Éducation nationale était connu pour sa pédérastie et ses sentiments pro-allemands. Pétain l’avait surnommé « La Gestapette ».
Les partis les plus collaborationnistes furent le « Parti populaire français » créé par Jacques Doriot, ancien député-maire communiste de Saint-Denis, et le « Rassemblement national populaire » du député socialiste Marcel Déat, éphémère ministre de l’Aviation sous le « Front populaire ».

La droite, favorable au maréchal Pétain, va pourtant s’impliquer massivement dans la Résistance. Son premier martyr connu fut l’officier de la « Royale », Honoré d’Estienne d’Orves, fusillé au Mont-Valérien le 29 août 1941. Et on continue à nous dire que le régime de Vichy était fasciste !

Mais, revenons à de Gaulle pour parler du « Conseil national de la Résistance » (CNR), créé par lui en 1943. Le premier président du CNR sera Jean Moulin, homme de gauche et franc-maçon.

De Gaulle disait vouloir rassembler au sein du CNR des patriotes venus de tous les partis politiques, or quels étaient les hommes d’influence du CNR ? Pierre Villon, du FNR (communiste), Louis Saillant (CGT), Gaston Tessier (CFTC), André Mercier (PCF), André Le Troquer (SFIO), Marc Rucart (radicaux), Georges Bidault (démocrates-chrétiens : centre gauche), Joseph Laniel (Alliance démocratique : droite modérée et laïque) et Jacques Debû-Bridel (Fédération républicaine : droite conservatrice et catholique). Debû-Bridel, député, puis sénateur, finira chez les gaullistes de gauche ; quant à Joseph Laniel, président du Conseil en 1954, c’est Diên-Biên-Phu qui provoquera la chute de son gouvernement.

Parlons aussi du « Gouvernement provisoire de la République française » (GPRF), présidé par de Gaulle à la Libération : pour l’histoire officielle, un gouvernement de coalition. Mais il suffit de voir à qui sont confiés les grands ministères : ministre de l’Armement : Charles Tillon (PCF), ministre du Travail : Ambroise Croizat (PCF), ministre de la Production industrielle : Marcel Paul (PCF) ; ministre de l’Économie : François Billoux (PCF). Les socialistes seront également bien lotis : ministre de l’Intérieur : Adrien Tixier (SFIO), ministre de l’Agriculture : Tanguy Prigent (SFIO), ministre des Transports et Travaux publics : Jules Moch (SFIO), ministre des PTT : Eugène Thomas (SFIO).
André Malraux aura (déjà !) le ministère de la Culture. Vincent Auriol (SFIO) sera ministre d’État, tout comme le déserteur Maurice Thorez (PCF). Avant de le renvoyer en France, Staline aurait demandé à de Gaulle « Ne le fusillez pas tout de suite ». Et de Gaulle en fera un ministre d’État…

Et puis, quand la IVe République s’enlise dans le conflit algérien, un véritable coup d’État ramène aux affaires « l’ermite de Colombey » qui n’en peut plus de sa longue traversée du désert.
Le putsch – car il s’agit bien de cela ! – du 13 mai 1958 est monté par les gaullistes et la droite nationale s’y associe, persuadée que de Gaulle est le garant de l’Algérie française. Même l’UDCA de Pierre Poujade, qui n’est au Parlement que depuis 1956, se fait rouler dans la farine.
« De Gaulle, c’est l’Empire ! » disait-on à l’époque. On sait, depuis, ce qu’il en a fait !

1960 sera une année charnière. Après la Guinée (indépendante depuis le 2 octobre 1958), ce sera le tour du Cameroun, puis du Togo, du Dahomey (l’actuel Bénin), de la Haute-Volta (l’actuel Burkina-Faso), du Niger, de la Côte d’Ivoire, du Tchad, de l’Oubangui-Chari (République Centrafricaine), du Moyen-Congo (Congo-Brazzaville), du Gabon, du Sénégal, du Soudan français (Le Mali), de la Mauritanie, de Madagascar enfin.
Et deux ans plus tard, ce sera le tour de l’Algérie… La semaine des barricades de janvier 1960, le putsch des généraux d’avril 1961 n’auront servi à rien sinon à remplir les prisons françaises de patriotes – majoritairement de droite – trahis par les promesses gaulliennes.

De Gaulle : un homme de droite ? Non, tout bêtement un opportuniste. J’ai démystifié le personnage dans l’un de mes livres (4). D’autres l’ont fait avant moi, et sans doute mieux que moi. Je pense, entre autres, à Henri de Foucaucourt (5), Roger Holeindre (6) ou Dominique Venner (7).
Mais je reconnais que le fondateur de la Ve République avait une envergure, une posture et une prestance qui font défaut à l’avorton qui occupe actuellement la fonction présidentielle.

Sous de Gaulle, il eut été impensable, par exemple, de voir des invertis allogènes éructer des insanités ordurières sur le perron de l’Élysée lors de la fête de la Musique.
Et franchement, je vois mal « tante Yvonne » se trémoussant au son du tam-tam !

Éric de Verdelhan

1) « Mémoires » en trois tomes ; Flammarion ; 1950-1957.
2) Des casseurs, dont beaucoup viennent de l’étranger, et qu’on n’est pas capable de canaliser avec 7 500 policiers et gendarmes.
3) Depuis son livre « Servir », nous savons qu’il sait surtout servir… la soupe au pouvoir politique.
4) « Mythes et Légendes du Maquis » ; Éditions Muller ; 2018.
5) « Naissance du mythe gaulliste » ; Éditions de Chiré ; 1984.
6) « L’homme qui faisait se battre les Français entre eux » ; Éditions Héligoland ; 2009.
7) « De Gaulle, la grandeur et le néant » ; Éditions du Rocher ; 2004.

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