De l’Iran à l’Egypte, une réalité amère

Publié le 13 février 2011 - par
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Y a-t-il  une relation entre la récente révolution de 2009 en Iran et la révolution d’Egypte ?  Si l’on peut penser que la révolution d’Egypte peut aboutir à un changement réel (mais quel changement ?), le mouvement vert en Iran n’a pas réussi malgré le fort soulèvement du peuple et les soutiens des intellectuels de ce pays. D’où vient cet échec ? Pourquoi cette révolution n’a-t-elle pas été encouragée par les pays arabes ?

En comparant l’histoire de ces deux pays on peut trouver similitudes et divergences. Tous deux sont héritiers de grandes civilisations, celle des Perses et celle des Pharaons. Tout comme l’Egypte l’Iran a subi l’arabisation, avec cependant une divergence fondamentale à savoir l’islam chiite. Ce choix fait que l’Iran n’a pas satisfait parfaitement ses voisins arabes, le chiisme est perçu par ces derniers comme une forme de rébellion. En plus de la divergence religieuse, l’iranité a réussi longtemps à maintenir  la langue persane même si celle-ci a été changée par l’alphabet arabe au cours de l’histoire. En 1979, le régime des mollahs a essayé de mélanger les identités arabe et persane. Aujourd’hui on a modifié tout le vocabulaire concernant le Droit, afin de pouvoir faire de la charia le droit officiel mais il y a  eu une résistance du peuple iranien à l’arabisation. Les intellectuels égyptiens  disent : «  les Iraniens n’ont pas arabisé leur langue parce qu’ils disposaient de grands poètes comme Ferdowsi [1]».

Aujourd’hui encore, beaucoup de similitudes : la démographie florissante ( 75 millions d’habitants en Iran et  85 millions en Egypte) ainsi que  la richesse du  sous-sol avec l’exploitation des produits pétroliers et gaziers renforcent leur puissance et en font des pays au rôle incontournable.  Ces richesses attirent la convoitise de bien des pays. La proximité de la Russie rend  la situation géopolitique de l’Iran un peu plus compliquée et l’empêche de s’affirmer vraiment sur la mer Caspienne, mais l’Iran  veut être un des acteurs marquants dans le golfe persique (une guerre idéologique pour la domination dans cette partie du monde est une préoccupation de l’Iran). En Egypte le canal de Suez est un point de passage important pour l’économie de l’Europe.

Les similitudes ne s’arrêtent pas là. La puissance du pouvoir de l’armée, la main-mise sur les ressources et l’économie des pays au détriment des populations sont identiques. Si Moubarak  est un président de longue durée, le chef suprême d’Iran a la même longévité.

C’est sur le plan international qu’on trouve les divergences. L’Iran très proche de l’Egypte du temps du Shah, s’est positionné après la révolution islamique dans une démarche fortement anti-occidentale alors que l’Egypte en signant les accords de  Camp David, s’est rapprochée d’eux et est  devenue traître pour les pays arabes. Donc si l’éloignement de l’Iran et de l’Egypte était réel hier, que peut-il se passer aujourd’hui ?

Pas plus dans l’Egypte de janvier 2011 qu’en Iran en juin 2009 il n’y a de leader charismatique, mais autant les populations musulmanes du Maghreb et d’Europe soutiennent aujourd’hui la révolution égyptienne, autant ils ont abandonné les Iraniens en 2009. Il faut se poser la question du pourquoi. L’Iran de par son attitude particulièrement anti-occidentale bénéficie dans les communautés musulmanes d’un fort sentiment de sympathie, et même si certains comprennent, tout de même, que c’est une dictature, ils sont prêts à soutenir un quelconque pouvoir musclé surtout s’il est fondamentalement anti-occidental. La volonté de condamner l’occident l’emportant sur toute autre considération. L’Iran au-delà de la dictature garde donc un fort courant de sympathie de la part d’une bonne partie des communautés musulmanes et des mouvements politiques de gauche en Europe et dans le monde musulman. L’Iran reste aux yeux de nombreux musulmans le pays qui a « réussi » à installer  un vrai pouvoir politique islamique, (même si celui-ci est chiite) : «  pourquoi pas nous ? » pensent de nombreux intégristes  partout dans le monde.

Que peut-il arriver en l’Egypte  à plus ou moins long terme? Qu’on y instaure une véritable République islamique, sunnite cette fois ? Pourquoi pas ?

Shiva Firouzi


[1] Un grand poète de Xe siècle, auteur de « Shah Nameh » «  livres des Rois ». Il parle de l’invasion des arabes et l’ignorance des rois iraniens pour les empêcher.

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