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De la difficulté à devenir Gilet jaune

Je l’avoue, ce mouvement m’a étonné par la rapidité de son irruption dans un pays qui semblait endormi.
Chacun l’aura compris, derrière la revendication d’hostilité à une augmentation du prix du carburant, il y a une mer d’interrogations, de désespoirs, de frustrations et de colères.

Je ne sais pas comment ce mouvement finira, j’aurais aimé en faire partie, mais jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas réussi à le faire.

Dans ma commune, il existe depuis quelque temps un groupe Facebook dans lequel les habitants parlent de leurs préoccupations quotidiennes.

Ça va du menu de la cantine scolaire à la recherche d’un plombier ou d’une nounou. C’est très agréable et très pratique. Mais revenons au sujet : le mouvement des Gilets jaunes. Au début, je n’y avais pas prêté attention et, sans réelle réflexion et sans doute avec une approche un peu syndicale, ce mouvement me semblait inorganisé, apolitique et, pour tout dire, un peu beauf, voire poujadiste.

Puis, après avoir vu que sur la page Facebook locale, les rares personnes qui en parlaient étaient comme des abeilles affolées, à la recherche des lieux de blocage, d’informations et d’une personne décidée, et après avoir réfléchi, j’ai changé d’avis et je me suis retrouvé dans le même état d’esprit.

Je cherchai autour de moi des personnes intéressées : rien. Indécis, sans soutiens, sans informations, incapable d’appréhender l’ampleur de l’action, je lançai sur le blog le principe d’une réunion au café du coin et d’un lieu de rassemblement pour la journée du 17 novembre. Aucun retour et personne nulle part.

Alors, forcément, je me pose la question : comment fait-on pour réunir les personnes qui ont réalisé les blocages ? Décider d’un lieu ou d’une modalité d’action n’est pas difficile, mais trouver du monde ? Alors, j’ai suivi attentivement et bien au chaud les journées qui ont suivi.

J’ai admiré l’abnégation, dans la nuit, le froid et la pluie, des participants aux blocages. Naturellement, j’ai regretté les morts et les blessés occasionnés par des irresponsables et les non moins prévisibles dérapages contre-productifs commis par certains dans les blocages.

Cette semaine, j’ai retenté ma chance. Nouveau message. Nouveau rendez-vous au café. Sauf que, cette fois-ci, l’administratrice ne l’a pas laissé passer. Ce qui est son droit. Sans doute a-t-elle pensé qu’il valait mieux éviter les sujets polémiques dans une page dédiée à la vie locale.

J’ai alors attendu de connaître les suites de l’action, puis l’annonce d’une manifestation à Paris. Annonce d’abord confuse, sans précision ni de lieu ni d’horaire, pour finir par l’établissement  théorique d’un lieu de manifestation. Endroit toujours incertain, puisque ce soir, 22 novembre, une responsable du mouvement déclarait qu’elle n’irait pas au Champ-de-Mars, préférant créer la surprise en manifestant où elle le voudrait.

Créer la surprise et désorienter les pouvoirs publics, c’est bien, mais seul un petit nombre d’initiés pourront être présents. Comment faire nombre, si on ne sait pas où aller ? Je me vois mal errer dans Paris, cherchant au hasard un cortège qui, par miracle, passerait devant moi.

Sans compter les risques de violences que le gouvernement, toujours sensible à la sécurité des manifestants, ne pourrait bien entendu pas empêcher.

En attendant, pour l’instant, avec regret, je ne suis toujours qu’un apprenti Gilet jaune. Puissent les organisateurs trouver des enseignements positifs pour leur combat en se servant  de mes devoirs.

Luis Bravo