De la diversité culturelle (10) : Nous avons laissé dégénérer notre culture

Publié le 24 avril 2015 - par - 1 030 vues
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Encule-de-francais-on-va-te-niquerLa transmission héréditaire des cultures humaines (1) se fait comme si les cultures étaient faites d’éléments virtuels, les « mèmes » (2), soumis, comme les gènes, à la sélection naturelle. Or nous avons vu (3) comment notre civilisation, autrefois florissante, se trouve maintenant menacée : Par quelle évolution funeste de nos mèmes en sommes-nous arrivés là ?

Une évolution dangereuse de nos mèmes chrétiens

Revenons à l’époque – c’était le bon temps, diront certains – où dans notre France royaliste, « Fille aînée de l’Eglise », on faisait exécuter en place publique (comme actuellement dans certains pays islamiques) les « pas religieusement corrects » – tel le Chevalier de la Barre, en 1766. Le respect des croyances et des valeurs chrétiennes était alors une évidente obligation, qui cimentait la société. Nos mèmes avaient, à cette époque, une relative cohérence : Notre morale estampillée catholique était essentiellement à usage interne et n’interdisait ni de guerroyer contre des pays voisins (surtout s’ils étaient plus ou moins « hérétiques ») ni d’asservir de lointaines peuplades (puisque leur « race » était considérée comme « inférieure »).

L’avènement de la république (1791) fut aussi celui de la conscience nationale : De nouveaux mèmes apparurent : liberté, égalité… mais aussi fraternité, vieille notion chrétienne toujours prégnante. Dans le siècle qui suivit, la connaissance scientifique se développa, apportant une vision objective du monde qui commença à saper les mythes judéo-chrétiens, à commencer par celui de la création (« L’origine des espèces » de Charles Darwin date de 1859). Mais d’une part l’union « du sabre et du goupillon » était encore solide, et d’autre part l’idéologie républicaine avait pris le relais, la foi dans le progrès remplaçant, pour les incroyants, l’espérance chrétienne. Jusqu’au début du siècle dernier, la civilisation française, consciente de ses valeurs, resta donc forte et, à l’occasion, impérialiste.

Toutefois, dès cette époque, notre culture avait un défaut que nous devions payer très cher, à savoir la croyance ethnocentriste, héritée des Lumières du XVIIIe siècle, en l’universalité de nos valeurs – non seulement notre religion, mais aussi nos droits de l’homme et notre système démocratique. Cet ethnocentrisme, décrit par René Marchand dans son ouvrage « Reconquista ou mort de l’Europe » (4) est présent dans toutes les cultures, mais a été particulièrement nocif pour la nôtre : Il nous a conduit à croire d’une part que toute l’humanité avait la capacité, donc le droit, d’accéder immédiatement à notre civilisation, et d’autre part que celle-ci avait une supériorité naturelle telle que nous n’aurions jamais besoin de nous battre pour la défendre. Et nous n’avons pas su entretenir la force morale qui aurait été nécessaire pour cela.

Il est vrai que nous avons connu l’hécatombe (1914-1918), la honte sous l’occupation (1940-1944), et l’échec colonial (Indochine, 1954 ; Algérie, 1962). Il est vrai aussi que notre culture judéo-chrétienne (cf., dans la Bible, les Lamentations de Jérémie) nous prédisposait à la culpabilité dans la douleur et à la recherche d’un rachat des fautes (colonialisme et esclavagisme) commises par nos ancêtres. Reste que la génération née dans les années 1940-1950 portera la responsabilité historique, pour avoir voulu se donner bonne conscience, d’avoir abdiqué toute fierté culturelle face à l’étranger immigrant, au nom de la tolérance, du « vivre ensemble » et de la compassion sans discernement, bref de valeurs chrétiennes perverties.

Un siècle auparavant, le philosophe Friedrich Nietzsche, dans sa « Généalogie de la morale » (1887), avait déjà montré ce caractère pernicieux de la religion chrétienne qui valorise les faibles en donnant mauvaise conscience aux forts. Mais au moins le Christ ne s’intéressait-il qu’à l’ethnie dans laquelle il vivait : Sa stratégie consistant à « tendre l’autre joue » (Matthieu, 5 : 39) pouvait être payante tant qu’elle se limitait à des adversaires qui, issus de la même société et donc ayant la même morale, étaient susceptibles d’être inhibés par une absence totale de riposte. Tandis que la faute majeure de notre génération est d’avoir voulu, dans un humanisme universaliste, faire profiter de ces généreuses valeurs chrétiennes n’importe quelle communauté qui immigre (légalement ou non) dans notre pays, non pour s’y intégrer mais seulement pour exploiter sa générosité, qu’elle perçoit comme de la faiblesse, tout en imposant sa propre culture : Ainsi dévoyés, les mèmes chrétiens qui constituaient notre ciment social sont devenus suicidaires.

Ou plus exactement, de manière analogue à ce qui se passe souvent en génétique, ce ne sont pas tant les éléments eux-mêmes que leur association funeste qui est en cause : L’universalisme que je critiquais plus haut existe aussi dans l’Islam, mais il n’y est pas nocif (pour l’Islam lui-même, s’entend) parce qu’il est associé au djihad, guerrier. Chez nous, c’est l’association de cet universalisme avec les mèmes chrétiens, pacifistes – mais que nos ancêtres savaient ignorer superbement en cas de conflit –, qui conduit aujourd’hui la France au suicide.

Le suicide français

« Le suicide français », justement, c’est le titre du dernier ouvrage d’Eric Zemmour (5), une remarquable fresque historique de notre décadence depuis 1970. On y voit comment les mèmes « liberté » et « égalité », qui ne peuvent se concevoir qu’avec modération d’autant qu’ils sont antinomiques, ont été pervertis : la liberté, dans le domaine de l’économie, a conduit au dogme du libéralisme face auquel l’État français abdique de plus en plus, au grand dam de notre agriculture, de notre industrie et donc de l’emploi ; et surtout l’égalité, dans le domaine sociétal, a conduit aux abus de l’égalitarisme en faveur de toutes sortes de communautés (religieuses, culturelles, sexuelles…) devant lesquelles, là aussi, l’État français abdique, au grand dam de la famille, de l’éducation, de l’enseignement, et au final de la nation elle-même.

Nous avons vu également (op.cit., cf. note 3) comment nous avons adopté, comme des dogmes quasi religieux, de nouveaux mèmes, à savoir ceux de l’antiracisme, de la diversité et de la mondialisation, qui ont ouvert grand les portes de notre pays à toute culture étrangère qui prétend s’y imposer. Associés à ces nouveaux mèmes, ceux d’égalité et de fraternité deviennent porteurs des germes de leur propre destruction : C’est précisément en leur nom que nous offrirons à l’Islam le droit de les remplacer par la Charia.

Enfin, ne l’oublions pas, cette décadence que décrit Zemmour fut initiée par les slogans de mai 1968 : « Il est interdit d’interdire », « Jouissons sans entrave », « Prenons nos désirs pour des réalités »… Notre suicide, c’est donc aussi cet hédonisme, pas celui d’Epicure qui soumettait à la sagesse la recherche du plaisir, mais celui du consommateur compulsif, de l’Homo economicus (6) que le commerce mondialisé tend à faire de chacun de nous : Celui qui n’a plus le courage de se battre, celui qui ne recherche plus qu’un bonheur sans effort, bref celui que Nietzsche (« Ainsi parlait Zarathoustra », 1883) appelait « le dernier homme ». Ici encore, nous avons une association funeste de mèmes : Celui de l’hédonisme n’est pas mauvais tant qu’il est équilibré par ceux de la sagesse et de la morale. Mais ces derniers furent neutralisés par un autre mème, dérivé de celui de la liberté, une néfaste mutation appelée « libertaire » – on en voit le résultat.

Ainsi se fait notre évolution culturelle décadente. Dans son ouvrage cité plus haut (cf. note 4), René Marchand prêche la « Reconquista », reconquête de notre pays contre l’invasion islamique. Encore faudrait-il pour cela que nous commencions, dans nos têtes, par faire la Reconquista de notre patrimoine culturel. Mais il est à craindre que cela ne soit déjà trop tard pour nous éviter le choix – mais y aura-t-il seulement un choix ? – qui nous attend dans quelques décennies : La soumission ou la guerre civile  – peut-être les deux.

Jean-Marie Blanc

 

 

  1. « De la diversité culturelle (1) : Les gènes ne sont pas les seuls à être héritables, la culture l’est aussi », paru dans Riposte Laïque n° 395, février 2015 : http://ripostelaique.com/de-la-diversite-culturelle-1-les-genes-ne-sont-pas-les-seuls-a-etre-heritables-la-culture-lest-aussi/. « De la diversité culturelle (2) : Du fait de son hérédité culturelle, l’homme est moins libre qu’il n’y paraît », paru dans Riposte Laïque n° 396, février 2015 : http://ripostelaique.com/de-la-diversite-culturelle-2-du-fait-de-son-heredite-culturelle-lhomme-est-moins-libre-quil-ny-paraît.html
  2. Richard Dawkins : « Le gène égoïste », traduit de l’anglais (« The selfish gene », 1976), Editions Odile Jacob, 1996 – Cf. chapitre XI « Les ‘mèmes’, nouveaux réplicateurs ».
  3. « De la diversité culturelle (7) : Les dogmes de l’antiracisme et de la diversité, ou comment une culture s’autodétruit », paru dans Riposte Laïque n° 401, avril 2015 : http://ripostelaique.com/de-la-diversite-culturelle-7-les-dogmes-de-lantiracisme-et-de-la-diversite-ou-comment-une-culture-sautodetruit.html . « De la diversité culturelle (9) : La logique mondialiste est en train de nous perdre », paru dans Riposte Laïque n° 403, avril 2015 : http://ripostelaique.com/de-la-diversite-culturelle-9-la-logique-mondialiste-est-en-train-de-nous-perdre.html
  4. René Marchand : « Reconquista ou mort de l’Europe », Editions Riposte Laïque, 2013.
  5. Eric Zemmour : « Le suicide français », Editions Albin Michel, 2014.
  6. Voir l’ouvrage de Danien Cohen : « Homo economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux », Editions Albin Michel, 2012.

Article paru dans Riposte Laïque n° 404,    avril 2015 : http://ripostelaique.com/de-la-diversite-culturelle-10-nous-avons-laisse-degenerer-notre-culture.html

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