De la diversité culturelle (13) : Pour une restauration de notre culture

Publié le 15 mai 2015 - par - 1 193 vues
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cyranodepardieuDepuis une quarantaine d’années, notre pays est en décadence (1), parce qu’il a laissé dégénérer sa culture (2). Face à une immigration invasive, cette culture (ou ce qu’il en reste) est maintenant en danger. Elle devrait donc (suite à un hypothétique sursaut patriotique de nos concitoyens) être d’abord protégée (3), mais aussi, autant que besoin, restaurée.

De la religion à l’éthique de la connaissance

Par « restauration », j’entends ici la réparation de notre patrimoine intellectuel et moral, et non la remise en vigueur d’institutions déchues. On pourrait en effet avoir des doutes, à la lecture de divers propos émanant de catholiques militants qui aimeraient bien, sous le couvert de la défense de notre « héritage chrétien », que la France redevienne la « Fille aînée de l’Eglise » qu’elle était autrefois – voire, pourquoi pas, pour certains traditionnalistes, qu’elle revienne à la royauté ! Soyons sérieux : Le cléricalisme a fait son temps. Notre hérédité culturelle contient aujourd’hui trop d’éléments irréligieux générés par nos acquis contemporains (scientifiques autant que politiques) pour qu’un tel retour vers le passé soit envisageable – sauf évolution régressive sur les débris de notre civilisation, si celle-ci est détruite, évidemment.

Non que la religiosité individuelle soit en voie de disparition : Le confort moral que procure le « placebo anxiolytique » de la religion (4) est si important que nombre de gens ne peuvent s’en passer. Mais « Dieu est mort » (Friedrich Nietzsche : « Ainsi parlait Zarathoustra ») en ce sens que notre culture ne repose plus sur une mythologie religieuse. Elle repose, en revanche, sur la morale chrétienne autant que sur la philosophie grecque – valeurs que nous devrions conserver, mais en les modulant par les connaissances que nous ont apportées les sciences de la vie. Dans cette série d’articles, nous avons vu en particulier comment le concept d’hérédité s’applique aux patrimoines culturels (un pays peut assimiler des individus étrangers isolés, mais pas des populations), et les conséquences que cela implique : À savoir que l’idéalisme humaniste est dangereux et que notre morale devrait retrouver le sens des réalités.

En concluant son ouvrage « Le hasard et la nécessité » (5), le biologiste Jacques Monod constatait que les découvertes de la science avaient détruit les systèmes de croyances sur lesquelles nos valeurs étaient basées, ne laissant comme source de vérité que la connaissance objective : L’homme, seul dans un Univers indifférent d’où il avait émergé par hasard, découvrait qu’il était libre de tout destin et entièrement responsable de ses valeurs morales, le seul but transcendant qu’il puisse se fixer désormais étant l’enrichissement du Royaume des idées et de la connaissance. Chacun pensera ce qu’il voudra, en ce qui le concerne, de cette « éthique de la connaissance » et du postulat d’objectivité, bien entendu matérialiste et athée, sur lequel elle se fonde (6). Mais, pour une société laïque moderne, cette éthique est importante car, issue du Mouvement des Lumières du XVIIIe siècle, elle constitue un antidote contre tous les dogmatismes.

Les idéologues ne s’y trompent pas : de nombreux faits biologiques (en particulier ceux relatifs à l’évolution), ou encore historiques, sont niés ou occultés par ceux (religieux ou politiques) dont ces faits contrarient les dogmes. Notre histoire de France est même doublement instrumentalisée, à la fois par ceux qui n’en retiennent que les pages les plus sombres (colonialisme, esclavagisme, etc.) pour mieux nous culpabiliser, et par ceux qui, à l’opposé, n’y cherchent que d’édifiantes images d’Epinal (Jeanne d’Arc, Napoléon, etc.) pour alimenter notre fierté nationale – l’objectivité étant, aux uns comme aux autres, le cadet de leurs soucis. C’est à tous ces idéologues qu’une société civilisée devrait aujourd’hui opposer l’éthique de la connaissance, c’est-à-dire de la recherche (par l’étude et le débat) de la vérité factuelle. « La République ne reconnaît aucune doctrine » serait ainsi une belle profession d’objectivité, à l’image de celle de la laïcité dans laquelle « la République ne reconnaît […] aucun culte »…

Renforcer la laïcité, valoriser l’enseignement

La laïcité, ou séparation des Eglises et de l’Etat, cette cécité volontaire de l’Etat à l’égard de l’appartenance religieuse des citoyens, est une institution spécifiquement française dont nous aurions lieu d’être fiers si nous étions conscients de sa valeur. À la différence du modèle communautariste anglo-saxon qui prévaut en Europe, le modèle laïque français pose en principe la primauté de l’individu par rapport à toute communauté d’appartenance, religieuse ou autre. À cet individu citoyen, en vertu de la loi du 9 décembre 1905, la République « assure la liberté de conscience » et « garantit le libre exercice des cultes », mais en revanche, elle « ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Alors que le communautarisme, au nom de la tolérance, reconnaît les communautés religieuses comme partenaires et se trouve par suite désarmé face à une religion invasive comme l’Islam (voir ce qui se passe en Grande-Bretagne), notre laïcité, si elle était réellement appliquée, constituerait une protection efficace de nos institutions contre les attaques de cette théocratie (7).

Il est donc capital de renforcer cette laïcité, dont actuellement tout le monde parle, mais que personne ne respecte pour cause de clientélisme politique. En priorité, il faudrait restaurer l’application rigoureuse de la loi de 1905, sous peine de sanctions pénales autant qu’électorales – seule la pression populaire, en cas de sursaut patriotique, pourrait l’imposer. Reste qu’on ne peut légiférer sur tout et que, dans le domaine public notamment, ce serait à la société elle même de décourager les manquements à la retenue, notamment en matière vestimentaire et comportementale. Encore faudrait-il pour cela que cette société retrouve ses traditions civiques et sa cohésion… Actuellement, on en est loin, ces traditions n’étant même plus enseignées à l’école : Il y a longtemps que notre instruction publique a été sacrifiée sur l’autel du gauchisme post-soixante-huitard…

Pourtant, quand on y réfléchit d’un point de vue biologique, on constate que l’enseignement tient la même place dans l’hérédité culturelle que la reproduction dans l’hérédité génétique : Une place fondamentale, puisque c’est le lieu même de la transmission de cette hérédité. Et, dans la droite ligne des Lumières, sont à transmettre en priorité d’une part la connaissance objective, et d’autre part l’éducation à la raison. Quant aux doctrines philosophiques et religieuses, elles ne devraient être exposées dans le cadre scolaire ou universitaire qu’au regard de la critique rationaliste… justement pour apprendre à bien distinguer les croyances de la raison et à faire bon usage de cette dernière.

C’est pourquoi, dans le cadre d’une restauration de notre culture, l’enseignement devrait être valorisé, et même en quelque sorte sacralisé, c’est à dire mis hors d’atteinte de toute influence idéologique : en particulier, il serait bon que la loi de 2004 sur les signes religieux dans les écoles publiques soit étendue à la totalité des établissements d’enseignement publics ou sous contrat, qu’il s’agisse d’enseignement primaire, secondaire, supérieur, technique, artistique ou même sportif, le port d’un uniforme pouvant autant que besoin être imposé par le directeur d’établissement. Et bien entendu, tout militantisme ou prosélytisme, politique ou religieux, devrait y être strictement interdit. Encore faudrait-il pour cela que notre société, tournant le dos aux lubies des « pédagogistes », retrouve le respect de l’enseignement et de ses valeurs, à commencer par le goût du travail…

En guise de conclusion

Arrivant ici au terme de cette série d’articles consacrée à la diversité culturelle, j’ai bien conscience qu’il faut se garder de tout optimisme excessif : La protection et la restauration de notre culture, ce sont des vœux pieux qui pourraient ne jamais se concrétiser. Les pays de la vieille Europe, et la France au premier chef, sont gravement malades, peut-être même en fin de vie comme l’était l’Empire romain à l’aube du Ve siècle, et nul ne sait ce qui repoussera ultérieurement sur leurs décombres – mon discours n’est donc qu’une bouteille à la mer… Il est une chose néanmoins dont je suis raisonnablement certain, c’est que, quels que soient les efforts des acteurs de la mondialisation pour créer un « meilleur des mondes » uniformisé (8), ils auront contre eux non seulement l’hérédité des cultures existantes, mais aussi la tendance de tout groupe humain à développer sa propre évolution culturelle, ne serait-ce que pour la cohésion entre ses membres : La diversité culturelle n’est pas près de disparaître.

Jean-Marie Blanc

 

  1. Eric Zemmour : « Le suicide français », Editions Albin Michel, 2014
  2. « De la diversité culturelle (10) : Nous avons laissé dégénérer notre culture », paru dans Riposte Laïque n° 404, avril 2015 : http://ripostelaique.com/de-la-diversite-culturelle-10-nous-avons-laisse-degenerer-notre-culture.html
  3. « De la diversité culturelle (12) : Pour une xénophobie intelligente », paru dans Riposte Laïque n° 406, mai 2015 : http://ripostelaique.com/de-la-diversite-culturelle-12-pour-une-xenophobie-intelligente.html
  4. J’ai développé ce point dans : « De la diversité culturelle (6) : Religion et racisme, ou comment une culture pratique l’impérialisme », paru dans Riposte Laïque n° 400, mars 2015 : http://ripostelaique.com/de-la-diversite-culturelle-6-religion-et-racisme-ou-comment-une-culture-pratique-limperialisme.html
  5. Jacques Monod : « Le hasard et la nécessité », Editions du Seuil, 1970.
  6. Postulat et éthique auxquels, pour ma part, j’adhère totalement, portant sur le monde un regard naturaliste qui exclut toute spéculation surnaturelle ou mystique – Pour plus d’informations, les anglophones pourront consulter le site des « Brights » : www.the-brights.net
  7. J’ai développé ce sujet dans l’article : « Laïcité : lutte antireligieuse, combat social ?… Soyons clairs », initialement paru sur le site laic.fr, décembre 2007 : http://rappel.over-blog.net/article-20518607.html
  8. Par référence au roman d’Aldous Huxley : « Le meilleur des mondes », traduit de l’anglais (« Brave new world », 1932), Editions Pocket (n° 1438), 2002.
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