De la diversité culturelle (2) : Du fait de son hérédité culturelle, l’homme est moins libre qu’il n’y paraît

Publié le 27 février 2015 - par - 1 204 vues
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Affiche-15-mars2Dans le premier article (1) de cette série consacrée à une vision naturaliste des cultures humaines, j’ai introduit la notion d’hérédité culturelle par analogie avec l’hérédité génétique. À la suite du biologiste Richard Dawkins (2), j’ai appelé « mèmes » les éléments qui composent ces cultures et qui sont copiés de génération en génération, à la manière des gènes. Ce deuxième article montre la nature collective de l’hérédité culturelle et ses conséquences en termes de diversité.

L’hérédité culturelle est collective

En comparaison de l’hérédité génétique dont le mécanisme est relativement simple (« un gène de papa / un gène de maman »), l’hérédité culturelle est complexe, et plus populationnelle que familiale. Nous apprenons (donc héritons) non seulement de nos parents mais aussi et surtout de l’ensemble de la société dans laquelle nous vivons, certains intervenants (amis proches, enseignants, … ) pouvant avoir une influence particulière. À cela nous intégrons notre propre expérience des aléas de l’existence, la transmission ultérieure de ce savoir réalisant une sorte d’hérédité de caractères acquis qui n’existe pas en génétique. En outre, alors que nous transmettons nos gènes à notre descendance selon un mécanisme immuable, la transmission de nos mèmes est très aléatoire : Lorsque nous nous exprimons devant autrui (par la parole ou par le comportement), nous « semons » au hasard (souvent involontairement, d’ailleurs) sans savoir ce qui « germera » ou pas.

Une autre différence majeure entre les mèmes et les gènes réside dans leurs stabilités respectives au niveau de l’individu. Nos gènes sont acquis dès notre conception et nous les conservons inchangés toute notre vie. Nos mèmes, au contraire, sont acquis principalement au cours de notre enfance, mais aussi par la suite. Ils peuvent en outre être modifiés ou perdus tout au long de notre existence sous l’effet des contaminations qui se produisent en permanence avec notre environnement humain – un peu comme des gènes de virus, que nous intégrerions dans notre patrimoine personnel pour une durée indéterminée, jusqu’à ce que d’autres virus viennent les transformer ou les remplacer. En particulier, lorsque des individus isolés émigrent dans une autre ethnie, eux-mêmes et surtout leurs enfants subissent une contamination lourde de la part de leur nouveau milieu culturel : Deux générations plus tard, leurs gènes d’origine ont été transmis à la descendance, mais leurs mèmes d’origine, eux, ont presque complètement disparu – les migrants ont été assimilés.

L’hérédité culturelle est donc essentiellement collective : Elle tient à un effet d’interaction entre les membres du groupe qui se confortent mutuellement dans le maintien de leurs traditions, de leurs croyances et de leur mode de vie, et dans le rejet instinctif de tout ce qui est étranger – ce que j’appelle la xénophobie naturelle. L’individu isolé est modifiable, le groupe l’est beaucoup moins. La preuve en est que lorsque des individus se retrouvent en groupe au sein d’une autre ethnie, non seulement ils résistent à l’assimilation, mais il arrive même qu’ils radicalisent leur attachement à leur patrimoine culturel – c’est très exactement ce qui se passe en France dans les communautés immigrées. L’histoire (cf. la Yougoslavie) nous apprend que dans de telles situations, ou bien l’ethnie la plus forte impose ses mœurs, ou bien il y a tôt ou tard des conflits, débouchant éventuellement sur une partition du territoire : On ne joue pas impunément avec l’hérédité culturelle.

La diversité culturelle est inégalement distribuée, la liberté individuelle aussi

Les recherches scientifiques sur les populations humaines ont permis de prendre la mesure des écarts génétiques entre les différentes ethnies. Or ceux-ci, en dépit des apparences (couleur de peau, traits du visage, etc.) se sont avérés relativement peu importants : en effet la diversité génétique entre les individus à l’intérieur des populations (exception faite des petites populations isolées) est en général du même ordre que la diversité entre populations, voire supérieure dans certains cas.

Au contraire de la diversité génétique, la diversité culturelle se situe essentiellement entre ethnies : D’un peuple à l’autre, les différences de langues, de mœurs, et même parfois de perceptions du monde, sont énormes, au point de rendre difficiles les échanges humains en général et sexuels en particulier. A contrario, lorsqu’existe entre deux populations un métissage notable, c’est généralement à la suite de la domination de l’une par l’autre – la plus puissante ayant su imposer, par la conquête, la colonisation ou le remplacement insidieux, l’essentiel de son propre patrimoine culturel.

À l’intérieur de chaque communauté ethnique, d’autre part, il existe une certaine diversité culturelle entre les individus, mais celle-ci est, en moyenne, très inférieure aux écarts inter-ethniques, et surtout elle est très variable selon le degré de développement socio-économique de l’ethnie considérée. Dans les sociétés dites « primitives », elle est très faible, tous les individus ayant à peu près les mêmes croyances et les mêmes connaissances. À l’opposé, dans les pays dits « évolués », la diversité peut être importante, du fait d’un niveau d’instruction élevé et d’une liberté d’expression permettant la multiplication des mœurs et des modes de pensée. Entre ces deux extrêmes, tous les intermédiaires existent, avec de nombreuses irrégularités : d’une part, la liberté d’expression est souvent limitée par des dogmatismes religieux ou politiques (même en France, on n’échappe pas à la « dictature du politiquement correct », j’y reviendrai) ; d’autre part, dans de nombreux pays, l’inégalité des classes sociales restreint l’émancipation intellectuelle et culturelle aux classes les plus favorisées.

Dans ces conditions, l’homme est-il maître de ses propres idées ?… Tout dépend de la société où il vit : Dans nos sociétés occidentales où la liberté d’expression fait partie de nos mèmes et de nos lois, chacun d’entre nous a effectivement une assez large autonomie de pensée (3). Mais nous péchons par ethnocentrisme lorsque nous croyons que l’ensemble de l’humanité peut jouir de cette autonomie. Dans la majeure partie du monde, l’instruction est faible et les traditions, notamment religieuses, sont contraignantes, ce qui fait que les individus, prisonniers de la « pensée unique » de leur ethnie, sont incapables de concevoir autre chose : Ces pauvres gens ne sont guère plus responsables de leurs mèmes que de leurs gènes !

Cela ne veut pas dire que de tels individus, s’ils sont transplantés isolément (surtout à l’état jeune) dans notre pays, ne feront pas d’excellents Français – en effet, dans la première partie de cet article, nous avons vu qu’au niveau individuel les mèmes sont instables. Mais cela veut dire qu’il est complètement illusoire, par exemple, de vouloir introduire des mèmes tels que « démocratie » ou « laïcité » dans des pays de tradition islamique où ces idées, pour la grande majorité des gens, sont tout simplement inconcevables. Cela veut dire aussi qu’il a été totalement irresponsable de laisser s’implanter sur notre sol des communautés entières venues de ces pays avec l’espoir délirant que ces gens allaient spontanément renoncer à leur patrimoine culturel pour adopter le nôtre. C’est en partie à cause de ce fantasme que la France est aujourd’hui en train de se « libaniser » à grande vitesse.

Jean-Marie Blanc

 

  1. « De la diversité culturelle (1) : Les gènes ne sont pas les seuls à être héritables, la culture l’est aussi », paru dans Riposte Laïque n° 395, février 2015 : http://ripostelaique.com/de-la-diversite-culturelle-1-les-genes-ne-sont-pas-les-seuls-a-etre-heritables-la-culture-lest-aussi/
  2. Richard Dawkins : « Le gène égoïste », traduit de l’anglais (« The selfish gene », 1976), Editions Odile Jacob, 1996.
  3. On peut néanmoins discuter de l’existence d’une véritable liberté, dans la mesure où notre pensée résulte d’une dialectique permanente entre nos mèmes et ceux que nous recevons de l’extérieur, parfois bien involontairement : La « communication », qu’elle soit commerciale ou politique, n’est jamais que l’art de la contamination mémique dans un but intéressé… Mais au moins pouvons-nous multiplier nos sources d’information et faire usage de notre esprit critique…
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