De la diversité culturelle (4) : Nos « valeurs » n’ont de valeur que pour nous

Publié le 11 mars 2015 - par - 1 273 vues
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Islam_Will_dominate_WorldCet article s’inscrit dans une série consacrée à l’hérédité culturelle, que j’ai envisagée comme analogue de l’hérédité génétique : À la suite du biologiste Richard Dawkins (1), j’ai utilisé le terme de « mème » pour qualifier l’unité culturelle équivalant au gène : « Démocratie », « Laïcité », sont des entités qui, avant de se traduire dans nos lois, sont des concepts, des mèmes que les générations antérieures nous ont transmis. De ce fait nous les respectons comme des « valeurs » que nous croyons trop facilement universelles – nous avons tort car elles n’ont réellement de valeur qu’en référence à notre propre civilisation.

Dans un patrimoine culturel, les mèmes doivent être cohérents

Les biologistes ont pu montrer que les gènes qui se transmettent au sein d’une population donnée sont adaptés à la fois entre eux et par rapport aux conditions de vie de cette population, à telle enseigne que l’introduction de gènes étrangers non adaptés peut conduire à une diminution de la valeur sélective : Cela se produit, par exemple, lorsque des individus issus de populations animales domestiquées (donc ayant perdu leur rusticité d’origine) s’échappent et s’introduisent dans des populations sauvages. Semblablement, dans le domaine culturel, les mèmes d’une communauté ethnique doivent être cohérents entre eux et adaptés au mode de vie de cette communauté.

Nous vivons dans une société qui offre une abondance de biens de consommation, notamment sur le plan alimentaire, cette abondance étant une chose que nous savons (plus ou moins bien) gérer : Depuis notre enfance, nous avons acquis – et nous avons à notre tour transmis à notre progéniture – des principes de modération vis à vis de la nourriture et de la boisson, ces mèmes faisant partie intégrante de notre patrimoine culturel. Au contraire, pour les peuples dits « primitifs » vivant de cueillette et de chasse, la nourriture fait l’objet d’une quête journalière, et, faute d’abondance, la modération alimentaire n’existe pas parce qu’elle n’a pas d’objet. Par suite, lorsque ces peuples sont atteints par la « civilisation » et « bénéficient » soudain de ses « bienfaits », à commencer par une nourriture riche et une variété de boissons alcoolisées, ils en sont plus ou moins gravement affectés faute de disposer, dans leur patrimoine culturel, des mèmes qui leur seraient nécessaires à une gestion raisonnable des « bienfaits » en question.

Nous vivons aussi dans une nation qui est une république démocratique, et nous en sommes si fiers que nous croyons que tous les peuples du monde rêvent de nous imiter. C’est oublier un peu vite que cette démocratie n’a apparu en Occident qu’après des siècles au cours desquels les nations se sont constituées peu à peu, les mèmes correspondants (« peuple », « nation », « bien commun », etc.) ne s’étant mis en place que progressivement. En effet, avant qu’une démocratie « par le peuple et pour le peuple » puisse exister, encore faut-il qu’il y ait un peuple, c’est à dire une certaine homogénéité culturelle…

Or dans la plupart des pays du monde, en Afrique et au Moyen-Orient en particulier, on en est loin : La culture traditionnelle y est tribale (comme dans notre Gaule avant la conquête romaine) et les états constitués tant bien que mal à partir des anciennes colonies ne sont que des agglomérats de tribus, voire d’ethnies, que tout sépare. Avant de devenir des nations dignes de ce nom – et il faudra des générations pour que l’hérédité culturelle évolue dans ce sens –, de tels pays ne peuvent au mieux trouver leur unité que sous la férule de dictateurs sans lesquels ils retombent dans le chaos. Quant à la démocratie, elle est inadaptée – pis, elle est nuisible, car elle donne une caution politique permanente à la tribu la plus nombreuse pour dominer les autres, générant ainsi des ressentiments pouvant déboucher sur des conflits sanglants (2) : Les mèmes du tribalisme et ceux de la démocratie ne sont pas cohérents ! Faute d’avoir compris cette évidence, nous avons encouragé les « printemps arabes » dont nous voyons aujourd’hui les conséquences dramatiques.

L’universalité de nos valeurs n’est qu’une vue de l’esprit

Dans un de ses articles intitulé « Nous sommes en décadence » (3), le professeur Maurice Vidal critiquait l’apologie de la différence, à commencer par celle des valeurs, en ces termes : « Car enfin, la dictature vaut-elle la démocratie ? La phallocratie vaut-elle l’égalité des sexes ? Le mariage forcé vaut-il le mariage librement consenti ? La mainmise de la religion sur l’Etat vaut-elle la laïcité ? […] » – ajoutant que, dans ce cas, « le cannibalisme n’est plus qu’une affaire de goût » ! Poser la question, c’est y répondre, semble penser Maurice Vidal, et j’ajouterai que je suis tout à fait d’accord avec les réponses négatives qu’il sous-entend – sauf que…

… Sauf que cela ne prouve strictement rien, si ce n’est que Maurice Vidal et moi-même, comme d’ailleurs la plupart de nos compatriotes, avons hérité du même patrimoine culturel, comprenant entre autres les mèmes de la démocratie, de l’égalité des sexes, de la laïcité, etc. Ce patrimoine est le nôtre et nous avons bien entendu le droit d’y tenir, mais il n’est nullement universel, ni dans le temps ni dans l’espace. La dictature ? C’est un système qui a le mérite de l’efficacité, qui a été longtemps celui de la France (nos rois n’étaient pas particulièrement démocrates) et qui continue à fonctionner dans de nombreux pays du monde. La phallocratie et le patriarcat ? Un mode de société largement répandu parce qu’il a ses avantages (stabilité familiale), et qui, s’il a été abandonné dans les pays dits « évolués », ne l’a été que tardivement (1965, pour l’indépendance conjugale des françaises). La « mainmise de la religion sur l’Etat » ? Cette expression même est un non-sens pour de nombreux peuples, en terre d’Islam notamment : pour eux, la religion n’a pas de « mainmise », elle est la seule Loi, l’Etat ne signifie rien ! Il n’est pas jusqu’au cannibalisme qui, pour horrible qu’il soit à nos yeux (4), n’ait été une pratique tout à fait normale dans certaines ethnies (particulièrement en Afrique et en Amérique du Sud) – non pas, bien entendu, pour une « affaire de goût », mais dans le cadre de rites profondément enracinés dans les cultures de ces ethnies, notamment pour s’approprier les vertus de la victime consommée.

En comparaison, la supériorité de nos « valeurs », auxquelles nous tenons tant, ne peut être démontrée que sur la base du référentiel philosophique (grec) et religieux (chrétien) qui est le nôtre, mais en aucun cas dans l’absolu. Nos grands principes ne sont que la résultante, provisoire, de notre évolution culturelle – provisoire, car l’évolution continue : notre démocratie se soumet aux lois du libéralisme mondial, l’égalité des sexes devient « papa porte une robe » (5), la laïcité devient islamo-tolérante… On peut espérer que ce ne sont que des microévolutions réversibles, mais ce n’est pas certain : les « valeurs » de demain ne seront peut-être plus celles d’aujourd’hui.

Le relativisme exprimé ci-dessus ne signifie pas, bien entendu, que toutes mœurs doivent se valoir pour nous. Il signifie simplement que chaque ethnie « voit midi à sa porte » et que l’universalité de nos valeurs n’est qu’une vue de l’esprit. Et surtout que, comme les hybridations entre espèces différentes, les mélanges de cultures ont leurs limites. Une même prudence aurait dû nous empêcher d’une part de chercher à imposer nos valeurs à des peuples exotiques qui n’en avaient rien à faire, et d’autre part, au nom d’une prétendue vertu de tolérance, d’accepter naïvement dans notre pays l’immigration de cultures étrangères à la nôtre. Avoir manqué de cette prudence n’est pas la seule raison pour laquelle, comme le dit Maurice Vidal, « nous sommes en décadence », mais cela y a grandement contribué.

Jean-Marie Blanc

 

  1. Richard Dawkins : « Le gène égoïste », traduit de l’anglais (« The selfish gene », 1976), Editions Odile Jacob, 1996 – Cf. chapitre XI « Les ‘mèmes’, nouveaux réplicateurs ».
  2. Voir les articles (a) de Nicolas Vodé : « Les méfaits du colonialisme ? Avoir voulu imposer notre démocratie ! », paru dans Boulevard Voltaire, juillet 2013 : http://www.bvoltaire.fr/nicolasvode/les-mefaits-du-colonialisme-avoir-voulu-imposer-notre-democratie,29970 et (b) de Nicolas Gauthier : « 400 nouveaux soldats en Centrafrique ? Oui, mais pour quoi faire ? », paru dans Boulevard Voltaire, février 2014 : http://www.bvoltaire.fr/nicolasgauthier/400-nouveaux-soldats-en-centrafrique-oui-pour-quoi-faire,50884
  3. Maurice Vidal : « Nous sommes en décadence ! », paru dans Boulevard Voltaire, juillet 2014 : http://www.bvoltaire.fr/mauricevidal/sommes-en-decadence,93510
  4. Encore que… l’hostie des Catholiques est bien « le corps du Christ », n’est-ce pas ?
  5. « Papa porte une robe » : Livre de Piotr Barsony (Editions Seuil Jeunesse, 2004), qui a été recommandé par le syndicat Snuipp-FSU (dans un rapport daté de mai 2013 et destiné à l’Education Nationale) pour les classes de CP et CE1, dans le but de sensibiliser les enfants contre « l’homophobie ».
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