De la diversité culturelle (7) : Les dogmes de l’antiracisme et de la diversité, ou comment une culture s’autodétruit

Publié le 3 avril 2015 - par - 1 235 vues
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juge-racismeDans le précédent article de cette série (1), j’ai évoqué l’expansion de notre civilisation occidentale, qui fut fondée sur la promotion de la religion chrétienne, mais aussi en partie sur le racisme. Cette dernière croyance, développée jusqu’à l’absurde par le nazisme allemand, a conduit au massacre d’environ six millions de Juifs (1940-1944), connu sous le nom hébreu de « Shoah », et dont nous allons voir ici certaines conséquences culturelles.

De la Shoah au dogme antiraciste

Ce génocide n’a été, dans l’histoire de l’humanité, ni le premier (massacre des Cananéens, évoqué dans l’article précédent), ni surtout le dernier (massacre des Tutsis au Rwanda en 1994 : environ 800.000 morts). Il a néanmoins frappé durablement les esprits parce qu’il a été perpétré de sang froid par une nation « évoluée » qui a mis en œuvre pour cela une planification et une organisation systématique. D’où, à la découverte des « camps de la mort », une compréhensible réaction d’horreur, suivie d’un « Plus jamais ça ! ». C’est dans ce contexte que diverses associations se créèrent (MRAP) ou se reconstituèrent (LDH, LICRA), pour lutter contre le racisme : Un objectif tout à fait louable au départ, mais qui, malheureusement, s’est traduit un peu différemment dans les faits.

Il existait deux façons de combattre le racisme : La première aurait consisté à éduquer les citoyens sur l’ineptie du racisme, biologiquement démontrée par des généticiens tels qu’Albert Jacquard ou André Langaney (2). La seconde consistait à légiférer pour, tout simplement, interdire l’expression du racisme – c’était évidemment plus facile, et c’est cette voie qui, sous la pression des associations, a été choisie. Ainsi a été votée, en 1972, la loi contre le racisme (dite loi Pleven) condamnant « la provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence », ou même seulement « la diffamation », à raison de « l’origine » des personnes visées « ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée », les associations antiracistes pouvant en outre se porter parties civiles. Pétrie de bonnes intentions – celles dont l’enfer, comme chacun sait, est pavé – cette loi s’est révélée extrêmement utile pour, à la demande de n’importe quelle association « bien-pensante », poursuivre en justice tout discours, même parfaitement véridique, sous prétexte qu’il serait « diffamatoire » pour une quelconque communauté ethnique ou religieuse : Autant dire que c’était la fin de la protection juridique jusqu’alors attachée à la vérité, et l’émergence d’une nouvelle Inquisition politiquement correcte au détriment de la liberté d’expression (3).

Cette loi a fait le bonheur des associations concernées qui y ont trouvé un moyen pratique, en poursuivant en justice tout polémiste jugé incorrect, d’y gagner à la fois une publicité et des indemnités financières – d’autant que les minorités à protéger (et les dispositions légales y afférentes) se sont multipliées : migrants et demandeurs d’asile, musulmans (femmes voilées en particulier), homosexuels, etc. Dans la France d’aujourd’hui, dont ces associations militantes du nouveau dogme antiraciste offrent une caricature emblématique, toute critique comportementale d’une communauté « genrée », ethnique ou religieuse ainsi protégée (car toutes ne le sont pas, les chrétiens notamment) est devenue passible de poursuites judiciaires sous prétexte de « racisme » – un mot dont on ne sait plus très bien, à vrai dire, ce qu’il signifie réellement.
Et pourtant, ce mot a bien une signification : C’est le péché originel de l’homme blanc, tel qu’il est perçu dans le dogme antiraciste, sur fond de culpabilisation judéo-chrétienne. Certes, nous avons une sérieuse autocritique à faire : L’expansion impérialiste de notre patrimoine culturel, confortée par l’illusion raciste, a engendré le colonialisme, l’esclavagisme, et finalement la barbarie nazie. Mais d’une part – même si ce n’est pas une excuse – la majorité des peuples du monde, à commencer par ceux d’Afrique et d’Arabie, a commis des fautes semblables à divers degrés. D’autre part et surtout, dans ce dogme antiraciste que nous avons intégré dans nos croyances à la manière d’une véritable religion, la culpabilisation ne se limite pas à nos méfaits impérialistes. Elle englobe jusqu’à la simple affirmation de notre patrimoine culturel, qui est considérée en soi, sous le nom de « racisme », comme le mal absolu. Perversion de la critique du vrai racisme, ce « sanglot de l’homme blanc », comme l’a appelé Pascal Bruckner (4), ne conduit donc qu’à un culte masochiste, autodestructeur, de la honte et de la haine de soi.

Le dogme de la diversité, complément du dogme antiraciste

Selon le dogme antiraciste, la rédemption de notre civilisation criminelle ne peut passer que par le renoncement à la foi en nos valeurs face à celles des peuples que nous avons autrefois dominés – peuples considérés comme victimes, donc, par hypothèse dogmatique, innocents de tout esclavagisme, racisme, etc. . Par opposition à notre patrimoine culturel ainsi maudit, les cultures de ces peuples ne peuvent qu’être acceptées chez nous avec enthousiasme : C’est le dogme de la diversité – « La diversité est une richesse pour la France », nous rabâche-t-on –, qui apparaît ainsi comme complémentaire du dogme antiraciste. Ce dogme de la diversité dépasse largement le cadre sociologique. Il s’appuie en effet sur l’idée, jamais prouvée mais soigneusement entretenue dans l’esprit du public, selon laquelle la diversité biologique serait un bien absolu, sans limites ni réserves, dans tous les domaines du monde vivant. Cela justifie que nous nous arrêtions un instant sur ce sujet, pour y apporter quelques petits bémols.

Le concept de diversité a été initialement développé à partir de l’étude des écosystèmes : On a observé qu’une insuffisance de la diversité (nombre et variété) des espèces présentes dans un écosystème pouvait affecter la productivité et la stabilité de celui-ci. Pour autant, et contrairement à la croyance répandue, la diversité spécifique n’est pas un bien absolu : D’une part, à partir du moment où la diversité est suffisante pour assurer le fonctionnement harmonieux de l’écosystème, l’apport d’espèces supplémentaires, si elles sont compatibles, n’induit que peu d’amélioration. D’autre part et surtout, il est des apports qui peuvent être nuisibles, lorsque l’espèce introduite est invasive et/ou néfaste à l’équilibre écologique existant. Un exemple fameux est celui de Australie, pays qui fut gravement affecté par l’introduction de diverses espèces étrangères : les chiens et chats ont décimé la faune indigène, les lapins et les dromadaires ravagent les prairies et contribuent à la désertification.

La diversité, non plus entre espèces mais entre individus au sein d’une population, a ensuite été valorisée en génétique : Les agronomes se sont aperçus que les lignées sélectionnées trop brutalement (c’est à dire avec un effectif insuffisant de reproducteurs choisis à chaque génération) devenaient incapables de s’adapter à de nouvelles conditions d’environnement ou à de nouvelles demandes de l’agriculture, faute de posséder une réserve de gènes variés suffisante pour inclure, entre autres, ceux qu’exigeait cette adaptation. Réciproquement, le croisement de telles lignées avec des individus sélectionnés à partir d’autres populations permettait de restaurer la diversité génétique nécessaire. Mais, comme en écologie, les choses ne sont pas si simples. À partir du moment où la diversité au sein d’une population est suffisante pour assurer, éventuellement, les conditions d’une évolution future, un apport supplémentaire de gènes étrangers n’est guère utile, et peut même être nuisible si certains de ces gènes sont inadaptés au fonctionnement présent de cette population. Bref, en génétique comme en écologie, une certaine diversité est nécessaire, mais point trop n’en faut.

On peut faire des observations tout à fait analogues dans le domaine de la diversité culturelle. Pour qu’une civilisation puisse évoluer et s’adapter, il faut qu’elle soit capable de développer des idées originales pour des projets nouveaux, ce qui implique un minimum de variabilité intellectuelle en son sein, et dans tous les domaines. La « pensée unique » n’est pas une bonne chose – nous en reparlerons dans le prochain article à propos de l’Islam. Cela étant, dans les pays développés modernes, la diversité culturelle est globalement suffisante pour assurer à la fois le pluralisme politique et le progrès scientifique et technique. Dans ces pays, l’intégration de cultures étrangères n’est donc pas une nécessité, et le dogme de la diversité (tout comme sa justification biologique abusive) apparaît totalement infondé. Au contraire, ce que l’on constate actuellement en Europe rappelle le syndrome écologique australien, à savoir que l’immigration d’une culture invasive – en l’occurrence, il s’agit de l’Islam – peut mettre en péril une civilisation : Le dogme antiraciste et le dogme de la diversité ne sont rien moins que des idéologies suicidaires conduisant à notre décadence et à notre mort culturelle.

Jean-Marie Blanc

(1) « De la diversité culturelle (6) : Religion et racisme, ou comment une culture pratique l’impérialisme », paru dans Riposte Laïque n° 400, mars 2015 : http://ripostelaique.com/de-la-diversite-culturelle-6-religion-et-racisme-ou-comment-une-culture-pratique-limperialisme.html
(2) Albert Jacquard : « Éloge de la différence », Editions du Seuil, 1978. André Langaney : « Les hommes », Editions Armand Colin, 1988.
(3) Jacques Philarcheïn : « La Loi Pleven de 1972 est une monstruosité juridique : il faut l’abroger ! », paru dans Riposte Laïque n° 246, avril 2012 : http://ripostelaique.com/la-loi-pleven-de-1972-est-une-monstruosite-juridique-il-faut-labroger.html
(4) Pascal Bruckner : « Le sanglot de l’homme blanc », Editions du Seuil, 1983.

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