1

De la France Afrique de Foccart à la France à Fric du football

Ce que l’on a appelé France Afrique, mot écrit France-Afrique ou Françafrique, a, ou aurait, été la perpétuation du colonialisme hideux dans les pays nouvellement indépendants d’Afrique, tels que la Côte d’Ivoire, le Cameroun ou le Gabon, pour ne citer que ceux-ci, pays qui, sous le masque de l’indépendance, sont, ou seraient, restés la chasse gardée des seuls intérêts matériels et financiers de la France. Cette Françafrique a, ou aurait, été mise en place par Jacques Foccart, conseiller de De Gaulle, et par ses barbouzes. Elle a eu dans les années 1960-1970, et elle a toujours, une existence dans les discours sociologiques ou politiques où elle joue le rôle peu enviable de bouc émissaire, d’exutoire de haines recuites, de pelé et de galeux de la Fable, de cible d’autant plus facile qu’elle est réduite à une effigie verbale, un fantôme de discours, un zombie de mots.

On est en droit de douter que cette Françafrique, tant elle est caricaturale, ait, ou ait eu, une existence avérée, attestée, constatable dans les faits. En revanche, ceux qui, parmi les Français, gardent les yeux grand ouverts et que l’inquisition n’a pas encore condamnés à avoir les yeux crevés constatent chaque jour, assis devant leur poste de télévision ou dans les tribunes d’un stade, que cette Françafrique est bien réelle, bien vivante, toujours plus vivace et impérialiste dans le sport et en particulier dans le football.

Outre le doute que l’on peut éprouver sur la réalité de la première, il existe, entre ces deux Françafrique, de colossales différences. La première, celle de Foccart et des barbouzes, bien qu’elle soit un fantôme, est haïe, méprisée, stigmatisée ; la seconde, bien qu’elle soit réelle, est louée, vantée, admirée. Dans la première, ce qui suscite la haine, c’est la France ; dans la seconde, ce qui fait jubiler les haïsseurs, c’est l’Afrique.

Pourtant, entre ces deux Françafrique, existe une autre différence : c’est le fric. La raison d’être de la Françafrique de Foccart et de ses barbouzes était la géopolitique et l’influence ; la raison d’être réelle de la Françafrique du football est le fric roi, le seul fric, le fric comme seul horizon du monde réel. La Françafrique du football et du show biz est une France à Fric.

Il n’y a pas d’autre dénomination juste et adéquate au réel qui justifiât la saillie célèbre des millionnaires ou des milliardaires en culottes courtes qui courent derrière un ballon. Ces milliardaires ont beau être noirs, ils n’en sont pas moins milliardaires. Mais leur apparence et leur origine rendent admirables, aux yeux de leurs thuriféraires gauchistes et gauchards, les milliards de leurs comptes en banque. Le fric n’a peut-être pas d’odeur, mais il a, dans la France à Fric, une couleur. Et cette couleur n’est pas le bleu.

Etienne Dolet