De l’apothéose à l’apocalypse

Mon Dieu ! Où sont passés « les neiges d’antan » ? Où sont les soleils fous qui rôtissaient nos plages et nos corps ? Où sont nos flammes pour l’honneur, la grandeur ? Où sont nos centurions, nos grognards, nos chevaliers, tous adonnés à la vie et donc à la mort ? Mais qui ne sait cela depuis ses jeunes années ? Qui ne vit avec cette certitude au cœur qui est mère de solitude ? Mais bon Dieu, n’y avait-il pas l’honneur de la famille, de la patrie, de la nation ? N’y avait-il pas ces importantes statues des hommes parfaits ou non qui tiraient l’épée, contre nous ou pour nous, chacun dans son rôle, sans haine mais déterminé ?

Que seraient nos littératures sans nos combats ? Mais qui ne sait que les lettres de la paix sont celles de l’ennui ? Car la paix n’exclue en rien la mort et donc la question essentielle du sens de la vie. Quel sens aurait-elle notre vie sans les œuvres ? De la plus modeste à la plus glorieuse elles nous sont vitales. Qui ne sait démêler le sérieux du divertissement n’est pas homme, il n’est plus qu’attente vaine de la fin du songe, sans héritiers, sans trace, sans œuvre offerte à ses successeurs.

Où en sommes-nous en ce début du vingt et unième siècle ? Dans la folie de la quête d’une sérénité qui ne veut rien dire. Qui est sûr de quoi quand, à chaque minute, ses cellules meurent ou vieillissent ? Dire qu’il n’y a pas d’espoir engendre l’espérance. Non, nul espoir de tranquillité n’est promis à l’homme, mais l’espérance de l’œuvre qui brillera dans les siècles des siècles est requise. Un grand peuple est une grande espérance, celle d’éclairer le monde au-delà de son abdication devant sa finitude.

Aujourd’hui, l’âme blanche des cerveaux nouveau-nés n’est plus ensemencée. Quel est ce regard neuf qui se fait vieux ? Celui de la fin de l’espérance. Que vivent encore chez nos enfants les yeux émerveillés qui nous faisaient écouter, bouche-bée, les exploits de ceux qui nous avaient précédé. Ces pupilles dilatées montraient la fécondation en marche, elles étaient le signe de la future récolte d’audace et d’excellence. Ces enfants là rêvaient à Hector, Achille, Alexandre, César, Charlemagne, Philippe Auguste, Richard Cœur de Lion, Saint-Louis, Henri IV, Louis XIV, Mirabeau, Bonaparte, Napoléon, et ils engendrèrent Virgile, Cicéron, Tite-Live, Tacite, Villon, Milton, Shakespeare, Cervantès, Dante, Byron, Lamartine, Schiller, Goethe, Balzac, Stendhal, Laplace, Monge, Newton, Mozart, Pascal, Chateaubriand, Camus, Nietzsche, Anatole-France, Giono, Verlaine, Rimbaud, Hugo, Berlioz etc, etc…

A tout niveau, l’intention d’être grand poussait l’ardente obligation d’être un maître en son atelier. Mais tous avaient la certitude « qu’un trône n’est que quatre bouts de bois recouverts de velours » et que seul celui qui s’y assoie le rend à sa fonction…S’il en est digne. C’est l’homme qui fait la souveraineté et non l’inverse. Sinon, on en arrive à la lucidité de Caligula qui fit un consul de son cheval par mépris pour une classe sénatoriale sans aspiration.

Le fou dit le vrai, et peut-être que l’audace manque à la raison pour que l’homme soit vraiment humain ? Mais si les œuvres du passé ne sont plus admirables pour certains, si le seul moyen que trouvent des êtres vides pour se hisser à leur hauteur est de les éradiquer pour, sur la table rase ainsi dégagée, ériger leurs minuscules cocottes en papier, alors tout est perdu et Dieu est veuf !

Ce qui devient patent c’est le renoncement aux sagesses antiques et l’absence d’humanité dans les gens de pouvoir.

Déjà, on percevait chez les Grecs que l’hubris menait à la perte de l’homme qui en était atteint. Cela contredit-il la recherche de la grandeur comme postulat d’un avenir pour notre civilisation ? Que nenni ! Cela implique que chacun, se connaissant lui-même, demeure dans ses limites, mais pousse son ouvrage jusqu’à celles-ci, qu’il recherche puis utilise jusqu’à sa limite son talent.

La parabole des talents ne dit rien d’autre : « Qu’as-tu fait de ton talent ? ». Mais prétendre faire le général quand on est légionnaire c’est entrer dans l’hubris, et ne demeurer que légionnaire quand on est riche d’une capacité de général c’est être dans le péché.

Notre société pêche, par égalitarisme, usant de l’ostracisme, c’est à dire de l’interdiction de dépasser le groupe, et tuant tous les talents qu’elle décrète « dangereux ». Pour qui ? Mais il y a pire, la Science a perdu toute notion de limite. Devenue toute vanité, elle ne souvient plus qu’un des siens, un génie comme l’Europe en a beaucoup engendré, Blaise Pascal, a pensé et écrit là-dessus. Pascal fut le Mozart de la pensée et de la science qu’il distingue en « esprit de finesse » et en « esprit de géométrie ». Bien sûr, comme Mozart il usa dans sa langue de l’harmonie, comme le musicien il fut un enfant prodige, et, comme Amadeus, mourut à 35 ans et donc oeuvra vite et beaucoup en très peu d’années. Il laissa des travaux scientifiques qui aboutirent à la fabrication de la première machine à calculer ainsi qu’à des expériences sur la pression atmosphérique, à un traité sur le vide, et à l’invention de la presse hydraulique et de la seringue, tandis qu’il perfectionna le baromètre de Torricelli.

Du côté de « l’esprit de finesse », il nous a laissé « Les pensées » et la joute religieuse et théologique des « Provinciale » qu’il écrivit en défense des jansénistes. Nos mathématiciens des années 50, y compris athées, avaient coutume de déclarer « Nul n’est parfait, sauf Pascal ! ».

Et bien ce pilier de la Science et des mathématiques estima que ces disciplines ne résolvaient pas la question de l’existence ni celle de l’univers. Il eut une pensée qui résume sa position et qui devrait être écrite en lettres d’or au fronton de tout laboratoire : « Ton esprit n’engendrera que des atomes au prix de la réalité des choses ». En s’y penchant, nos savants devraient aussi méditer sur leur ignorance. Or que se passe-t-il de nos jours ? La Science prend la technologie, et les techniques que cette dernière engendre, pour la connaissance, et de plus en plus assurée « d’être » la « vérité », elle se mue en monstre alors qu’on l’a souvent personnifié en flambeau éclairant les ténèbres.

La statue de la liberté, n’est pas la science qui éclaire le monde, mais la liberté qui permet à la science d’avancer dans la nuit de l’homme. Mais aujourd’hui, les scientifiques (Du moins ceux qui dirigent ce monde qui se sclérose) se changent en grands-prêtres prenant ainsi la posture des clercs qui poursuivirent Galilée.

Un « fonctionnaire » du NIH américain, le « docteur » Anthony Fauci, fut accusé de tortures pour avoir exposé des « beagles » (auxquels on avait sectionné les cordes vocales pour ne pas les entendre hurler) dans le désert tunisien, pour les livrer à la voracité de mouches du sable qui purent ainsi les dévorer vivant. A cette terrible accusation il a osé répondre « Qui s’attaque à la torture s’attaque à la Science » sans qu’une enquête soit diligentée. Ceci est déjà la preuve de l’abaissement de la « Science » et les pouvoirs d’état qui lui ont été conféré sont un scandale qui prouve la médiocrité des politiciens contemporains. Aucun philosophe, journaliste, groupe citoyens même, qui se soit montré pour refuser que cette barbarie ait encore pignon sur rue.

On pourrait relier cette arrogance « Faucienne » à une interjection ancienne du patron de Goldman Sachs en 2009, qu’on pressait de s’expliquer sur la crise financière qui ravageait Wall Street il y a 13 ans : « Mais nous faisons le travail de Dieu ! ». Comment mieux illustrer le délabrement de notre civilisation ?

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »

Au cœur du scientifique se niche le médical avec la biologie et les technobiologies. Ces branches sont aux commandes de la politique sanitaire du monde et de chaque pays en particulier.

Cette médecine qui fut libérale, s’est muée en un gigantesque univers administratif fonctionnarisé, au bord du politique et des industries pharmaceutiques, sorte de complexe médico-industriel qui a acquis des pouvoirs sans qu’aucun peuple ne les lui eût concédé par un vote, espèce de céphalopode géant aux tentacules diverses et aux yeux avides qui s’est imposé aux gouvernements, qui s’est pris à rêver d’édicter des lois et qui, n’ayant aucun compte à rendre au cours d’aucune élection, se sent investi du droit de faire plier les peuples, y montrant même de la gourmandise.

On a bien connu les autocrates qui s’inquiétaient pour leur sécurité et surveillaient les citoyens, mais comme cela jamais. Ces « médecins » de cabinet, appartenant à des organismes nationaux divers, ces fonctionnaires de la santé enjambent les constitutions, les droits acquis et écrits, font donner la police, en attendant de recourir à l’armée, et se comportent en monstre sans tête, ou plutôt comme la pieuvre de Sicile, communément appelée « la Mafia ». Et donc ils taxent, séquestrent, tuent et jubilent devant le malheur des « inutiles ».

Ils croient – et le proclament – que quelques années d’études supérieures les mettent à l’abri de la critique, de l’erreur, et les autorisent à mentir. Mais cela ne leur suffit pas, il leur faut aussi jouir de la capacité de punir, d’exclure, voire de condamner.

Ces êtres entrés en transe sont ignorants, mais surtout avides de pouvoir – au nom du Bien – faire plier les têtes et recevoir l’hommage des « croyants ».

Mais plus que l’ignorance, c’est l’avidité qui les conduit à lancer aux « non-injectés » « qu’ils vont crever ! » mot qu’ils éructent souvent en société, pour faire sentir à l’impétrant qui se refuse à leur médecine tout le poids de sa misérable existence. Ils n’ont pas la compassion de ces médecins du siècle dernier qui courraient les routes la nuit pour soigner les malades et qui savaient tout ce qu’ils ne savaient pas.

La France est moins pardonnable que d’autres pays car nous avons été élevés au lait du bon Rabelais qui, dés le 16ème siècle déclara en une géniale contraction de mots et de sens que « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Et le mot conscience est à prendre dans toute son acception : prise en compte de ses limites, de son devoir, de la souffrance de l’autre et de la liberté de son patient. Car au fond, et en recourant encore à Rabelais, la « Substantifique moëlle » de la médecine est de ne pas nuire, de ne pas imposer et de vérifier les effets de ses actes et de rectifier si besoin est le traitement.

A cette seule aune, on peut mesurer le chaos moral et finalement scientifique, de ces médecins d’état, de ces ordres d’un autre âge qui s’érigent en police et même en juges, pour ceux d’entre eux qui exercent l’art de soigner.

Cette revanche des doctrines totalitaires, qui sont les phœnix de la politique, renaissant de leurs cendres en permanence et dont il faut repérer la moindre velléité d’être pour l’écraser dans l’œuf, est actuellement en pleine vue sans qu’une majorité de citoyens ne le perçoive.

Résurrection

Il faut Auguste pour sauver Rome en domestiquant la République. Il faut extirper la rivalité des élus sur laquelle fleurit la corruption, et garantir que le droit est gravé et non à la merci de majorités éphémères et mortelles.

Le corps des lois en France est illisible et incompréhensible pour les juristes eux-mêmes. Le poids des livres et des codes dépasse l’imaginable. Et est-ce le rôle des élus que de toujours ajouter des règles et donc des corsets à la vie des gens ?

La constitution, le décalogue et la pérennité des lois doivent être à la fondation d’une nation. Le reste : son excellence, son ingéniosité, son génie et son goût sont à l’inspiration de son peuple.

Laissez-les vivre !

Georges Clément

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