De l’ingénieur et du Coran, lequel est le plus dangereux ?

Publié le 14 mars 2016 - par - 17 commentaires - 1 030 vues
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SeringueUn ingénieur américain, Tom Anderson, compte bêtement les mots de trois livres fondamentaux des doctrines monothéistes et publie une étude sur la dangerosité et la violence comparées de ces livres. Jusque-là rien d’intéressant si ce n’est que l’étude en question est reprise en chœur par des journalistes du monde entier, non pour la commenter intelligemment mais pour en tirer des leçons d’un simplisme navrant dans la droite ligne de la bien-pensance crasse et du sacro-saint « pas d’amalgame ».

Ledit gig de la comptabilité du Verbe a utilisé un logiciel pour comparer l’occurrence de certains mots dans deux des trois livres : La Bible, ancien et nouveau testaments confondus, et le Coran. Outre que la comparaison est imbécile car le Nouveau Testament change complètement de paradigme, le comparateur inculte ne se rend même pas compte de l’iniquité du procédé.

Imaginez une étude Google comptabilisant le nombre de recherches sur le rouge à lèvres pour décider  de la futilité des femmes par pays. On touche le fond de la culture « tweet »: quelques signes, peu de phrases, pas de développement, mais un maximum de bêtise, le tout emballé dans un format facile à digérer et d’une apparente vérité. La malbouffe de l’esprit est bien née, son avenir est assuré.

En dehors de tout parti pris en faveur d’une ou l’autre religion, et dans le respect absolu des croyances et des spiritualités de chacun, force est d’admettre qu’il n’est pas possible de laisser passer un tel propos, et ce qu’il laisse entendre, sans réagir. Je vais tenter d’éclairer cette pseudo-étude d’un peu des faibles lumières qu’un journaliste même débutant devrait, selon moi, avoir en stock, en plus de son diplôme.

Le Nouveau Testament est un tournant philosophique formidable qui aboutira aux droits de l’Homme  alors que le Coran reste, comme l’Ancien Testament, un projet politique conquérant, barbare et cruel, qui occulte la responsabilité du pécheur dans son évaluation personnelle du bien et du mal. La Bible suit une progression de l’utile vers l’esprit alors que le Coran fait l’inverse, il abroge les versets de paix par les Versets du Sabre et s’achemine progressivement vers un projet islamique, juridique, sociétal, donc politique.

Jésus-Christ remet en question les principes éprouvés et va à l’encontre des dogmes et des clergés, de l’obéissance et de la servitude par la seule crainte de Dieu. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la responsabilité de l’Homme devant Dieu et ses actes prédominent sur la méthode à suivre pour gagner le salut.

Dans le nouveau royaume proposé par le Christ, ce qui importe ce sont les valeurs de l’être, l’amour du prochain, le comportement envers autrui. Le Sermon sur la Montage est un acte fondateur que les philosophies de tous temps n’atteindront pas. « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre – Aimez-vous les uns autres comme je vous ai aimés – Rendez à César ce qui est à César – Mon royaume n’est pas ici-bas – Ton corps est le Temple de Dieu – Heureux les faibles, les affamés, les pauvres car le Royaume des Cieux sera leur ». Et le plus révolutionnaire : le sacrifice de soi pour tous les pécheurs, quasiment un fantasme de gauche!

La situation des hommes est infiniment plus complexe après Jésus-Christ. Le Prophète, mais surtout les Califes qui tenteront d’unifier un message à leur convenance, n’auront de cesse de simplifier cette complexité : La Peur reprend la place de Dieu et la Méthode (Coran et Hadits) apporte les solutions à toutes choses. Ainsi Wafa Sultan, femme musulmane, psychiatre et écrivain célèbre, peut-elle analyser avec finesse que le musulman ne se repent jamais de ses fautes. Pire, il serait exempt de morale personnelle car cette morale est l’aboutissement du combat intérieur entre les notions du bien et du mal, notions que l’Islam ne permet pas de faire siennes. Tout dans la vie du musulman est  responsabilité de Dieu ou causé par les Juifs ou les Chrétiens.

Nous ne parlons pas ici de ce que les hommes ont fait de ces textes mais bien de ce que ces textes proposent en eux-mêmes. D’un côté la métanoïa, de l’autre la paranoïa, mais comparées comme des éléments de même essence, donc analysés en usant de la même méthode; alors le résultat semble juste parce que arithmétique, et devient crédible, à force de publications; on croit rêver.

Il n’est pas possible d’unir ces deux livres dans une seule et même analyse. Il faudrait au contraire les comparer dans leurs chronologies propres. Dans la Bible, le but, atteint par le sacrifice d’un Sauveur, résonne comme l’aboutissement d’un apprentissage par le peuple. Au contraire, le Coran, ne considère personne comme libre de choisir son Dieu et sa foi et préconise clairement l’exécution de tous ceux qui en sortent. Cette Bible, lue comme un cheminement, aboutit à la Révélation : L’homme est seul maître de son destin vis-à-vis de Dieu. Elle permet donc l’athéisme, le doute, l’apostasie. D’un côté la Bible se révèle en un chemin de paix, de sacrifice personnel et de responsabilité bien que  perpétuellement corrompu, de l’autre le Coran commence par tenter ce chemin de paix mais se révèle au fil de sa chronologie et des Hadits qui l’explicitent, en un projet politique et un manuel de guerre, les versets suivants abrogeant les précédents. La Bible est un code moral, le Coran un code civil: d’un côté la Révélation, de l’autre la Soumission.

On chemine dans la première,  de la libération guerrière d’un peuple élu, vers une nouvelle difficulté: en plus de l’amour de Dieu il faut maintenant aimer ses ennemis ! A l’opposé, les textes du Coran décident qu’après avoir tenté la Paix et l’Amour, il faut maintenant soumettre par le discours, la stratégie et même le mensonge. Ils enseignent à punir par la torture et la mort ceux qui, forcément nés de l’Islam sans toutefois le savoir, le refusent. Dans cette étude comptable inepte il n’a même pas été imaginé de prendre en compte l’Hégire!

Martyres d’un côté contre kamikazes de l’autre, la mort est au rendez-vous dans les deux cas et les mots calculés sont bien présents dans les textes mais leur signification n’est en rien similaire. Libération des femmes d’une part contre asservissement de ces dernières dans l’autre, la Question contre la Réponse, le Coran se récite, la Bible s’écoute et sera très longtemps interdite de possession  car bien trop subversive. On pourrait énumérer à l’infini les différences sociales, morales et philosophiques que les deux messages messianiques ont engendrées. Les deux arbres ont progressé de concert, ont tous deux été taillés à la mesure des potentats qui s’en sont servis, mais ne produisent visiblement pas les mêmes fruits.

L’ingénieur en comptage lexical a donc comparé la carpe et le dauphin sans même imaginer que le Dauphin était un successeur révolutionnaire qui créera la culture judéo-chrétienne, avec son cortège d’horreurs et de massacres pour cause d’humanité. Tous les Livres ont leurs cortèges de massacres tristement humains, mais la Bible permettra à l’homme de s’autodéterminer librement car elle porte en elle des gènes bien différents; cela a fini par s’appeler les Droits de l’Homme. Le Coran, livre politique et méthodique au service des Croyants, censé résoudre le quotidien de ses fidèles pour la nuit des temps, ne permettra jamais l’affranchissement des hommes dans une modernité humaniste, hors de son projet initial.

L’ingénieur quant à lui est peut-être aussi perspicace que Google en analyse syntaxique mais il est surtout bien plus dangereux pour nos libertés que les livres qu’il compare…

Christian Addy

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Notifiez de
Res

On peut se demander si le babisme et le ba’haisme ne furent pas des tentatives de réforme de l’islam (chi’ite) pour le sortir de sa violence originelle en le « christianisant » sans Christ, réforme d’ailleurs impossible qui conduit à la création de nouvelles religions avec d’autres textes( en Syrie les druzes et les alaouites ont leuros prosées textes, non coraniques).
Côté sunnite il en fut de même pour un Al Hallaj: preuve d’un exclusisme et d’un fixisme d’une religion et d’un culte figés.

Res

L’AT est une somme de livres, pas un livre unique, il ne prescrit pas toujours des batailles mais en fait la relation. Il s’y trouve des livres de sagesse à côté de livres violents Mais l’AT est dans le judaïsme atténué par l’exégèse talmudique et biblique.
L’AT à toutefois permis le NT qui est un renversement total du paradigme qui a permis l’essor de la civilisation occidentale et moderne en intégrant l’apport gréco-latin.
Il n’y a rien de cela dans le Coran qui est une involution: interdits, prescriptions (« le combat vous a été prescrit « ), plus un bréviaire qu’un texte spirituel.

BALT

Il me semble un peu hasardeux de comparer le Coran et l’Ancien Testament. Pour moi, bien que je sois assez profane dans ce domaine, il me semble que dans l’Ancien Testament , il y a du bon et du mauvais. Apparemment, le Nouveau testament a pris le bon et a rejeté le mauvais. Le Coran a pris le mauvais et a rejeté le bon.

Pivoine

Là, je suis entièrement d’accord avec vous !
Le drame des musulmans, c’est qu’ils n’ont retenu que les mauvais préceptes de l’A.T. ! D’où leurs malheurs.

myster13

Vous avez entièrement raison, pour avoir eu une éducation chrétienne et ayant étudié l’Ancien et le Nouveau Testament je peux vous assurer que l’Ancien Testament est d’une violence à la limite de l’appel à la guerre alors que le Nouveau est un appel à la paix et à l’amour de son prochain. L’évolution entre ces deux textes est bien le signe d’une évolution philosophique sur la société et le comportement que doit avoir tout croyant. La réalité le prouve au quotidien, les pays sud-américains se sont développés économiquement et commencent à peser au niveau mondial alors que les pays du moyen-orient se complaisent dans un obscurantisme digne du moyen-age avec son lot d’horreurs et de misère.

En effet, l’AT est très violent.Mais il ne parle pas de convertir des infidèles ,ni de dominer le monde.Contrairement au Coran.
Et c’est toujours valable.Se convertir au judaïsme n’est pas une mince affaire: d’ailleurs, on « naît » juif,en principe, et la judéité se transmet par la mère; on ne « devient » pas juif. En revanche, se convertir à l’islam est vite fait.

Res

Le christianisme est autant un produit de la pensée juive à ses origines que de la pensée grecque. Même si Jésus ne parlait pas grec, mais araméen à la ville et hébreu à là synagogue, la haute société juive cultivée de son temps usait aussi de cet idiome pourtant « païen  » à ses yeux.
Le christianisme était en gestation dans un judaïsme qui après la traduction des Septante s’était frotté à la langue de Platon (« le Moïse grec).

Pivoine

« alors que le Coran reste, comme l’Ancien Testament, un projet politique conquérant, barbare et cruel, qui occulte la responsabilité du pécheur dans son évaluation personnelle du bien et du mal. »
Très juste ! J’ai déjà dit que les musulmans pratiquent un judaïsme archaïque (il n’y a jamais eu de prophète arabe). Normal, car ils ont été convertis par des rabbins (ce qui explique que le coran soit écrit dans un mauvais arabe).
« mais surtout les Califes qui tenteront d’unifier un message à leur convenance… »
Exact !
Ce que bcp d’islamophobes ignorent, c’est que le coran c’est : 90 % de judaïsme, 5 % de christianisme, et 5 % qui seront ajoutés par la suite.
Les califes se sont servis de la religion de Moïse pour dominer le peuple, en leur faisant croire que c’était la volonté divine.

BALT

N’importe quoi. Vous n’êtes pas capable de prouver un milliardième de ce que vous avancez. Puisque vous dites que le Coran est écrit en mauvais arabe (cela ne veut rien dire), c’est que vous savez lire l’arabe…Prouvez le.

Pivoine

Ne connaissant pas l’arabe, je l’ai lu en français. Mais une amie d’origine marocaine m’a dit qu’il était mal écrit. Et Sami Aldeeb le dit aussi dans sa vidéo.
En tout cas, nul ne peut nier que le coran reprend les écrits bibliques (et aussi les récits apocryphes).
Quand on connait l’Ancien Testament, on se rend compte que les musulmans pratiquent les rites judaïques, et leur charia n’est rien d’autre que la juridiction judaïque.
Je ne vois pas en quoi cela vous gêne…

Chris44

A Pivoine, oui, un peu d’histoire montre que vos dires sont exacts. Enfin, vu comment on la refait l’histoire en ce moment…Bref, bientôt, le Christianisme sera apparu après l’Islam…Ca finira par devenir « officiel ». Ne riez pas, tout est possible dans notre Société actuelle, qui falsifie, manipule, transforme, recycle, déforme, détruit, reconstruit à peu près tout, surtout nos racines.

myster13

J’ai toujours eu l’impression en lisant le coran qu’il était plutôt inspiré par le Christianisme (versets de la Mecque) puisqu’au départ il prône l’apaisement entre les tribus, le partage et l’acceptation d’autrui et que l’islam est apparu 700 ans après la crucifixion de Jésus. Une fois que leur prophète pédophile est devenu chef de guerre il fit inscrire des versets (de Médine) prônant exactement l’inverse : meurtres, pillages, esclavage et anéantissement des non musulmans. A l’inverse le prophète juif est toujours attendu (exception faite de Moïse qui à un statut à part, plus considéré comme un guide) d’où mon scepticisme quant à vos affirmations puisque le coran repose sur la parole du bédouin pédophile considéré comme l’envoyé de leur dieu. Mes études théologiques remontant à loin je fais peut être une erreur quant aux périodes où ces textes sont apparus.

Res

Le Coran n’est pas écrit en « mauvais arabe »,mais un arabe influencé par des lectures syriaques (araméen chrétien ) mal assimilées comme le démontre les travaux d’un Luxenberg.

Schaffner

Bravo, excellent article, pensée claire et aboutie, qui permet de répondre à cet argument fallacieux, superficiel et éculé que la violence se retrouve de manière égale dans les trois monothéismes.

Trouvez-moi une ligne de violence dans les Evangiles canoniques. Pour ma part,je n’en ai jamais trouvé

Eurotriso

Pavé César !

Chris44

Les religions…Le pire des maux pour l’humanité. Franchement, il faut être naïf pour ne pas y voir des textes écrits par des hommes, pour quelques hommes. Croire en Dieu, ok, mais qui peut imaginer ou conceptualiser Dieu à travers des religions ? Dieu est forcément inatteignable par nous, simples mortels, même en idée, même en rêve, même en fantasme. Le plus grand des progrès serait que quelques centaines de millions de personnes sur cette planète le réalisent. On en est loin, très loin, pourtant ça ramènerait beaucoup de paix. C’est valable pour tous ceux qui sont (trop) attachés aux Livres « saints ». J’ai vu des Catholiques à fond dans le trip, j’avais mal au coeur pour eux. Mais chez les autres…Au nom de Dieu, flinguer à tout va, ça ne tient pas la route une seconde…C’est politique; c’est la soif du pouvoir absolu ici bas qui motive ces actes, point. Et quelques timbrés, bien aidés (hélas…) emmènent dans leur délire trop de paumés. Et on est en 2016…