De Lyautey à Hollande, les sidérants retournements de la colonisation

L’Histoire, toujours elle, est, pour qui veut bien s’y intéresser, source inépuisable d’enseignements. À ce titre, la circulaire du Ministère de l’Éducation Nationale intégrant les cours « particuliers » (après la classe) d’arabe et de culture algérienne en Primaire nous ramène aux fondements de ce que fut la colonisation (on disait alors pacification) française à la toute fin du 19è siècle.

Galliéni à Madagascar et Lyautey au Maroc furent les maîtres d’oeuvre du projet que la IIIè République appliqua en Afrique et en Asie, et qui tenait sur trois piliers : l’école, le marché et l’église.

Si l’un des buts de la France fut évidemment d’exploiter les richesses naturelles des pays où elle installait ses colons, ses cadres, ses ingénieurs, ses médecins, ses enseignants, etc, son souci constant fut d’élever les populations autochtones par l’apport essentiel de ce qui leur manquait pour former des élites, lesquelles, faut-il le rappeler, fondèrent ensuite la phalange capable d’entrer en politique, de désirer l’indépendance, et de l’obtenir.

À l’heure où les Américains en terminaient avec l’extermination des Cheyennes, Sioux et autres Commanches, les divers hussards de la République, volontaires pour affronter les très difficiles conditions de leur mission, entreprirent un colossal travail dont le résultat fut, un gros demi-siècle plus tard et dans les conditions que l’on sait, la remise clés en main de pays délimités, modernisés et plus densément peuplés, à leurs populations d’origine. Et si le prosélytisme chrétien buta sur la quasi-impossibilité de convertir les gens, n’insistant guère d’ailleurs, l’école et le marché, bon-an mal-an et quoi qu’on en dise, ont rempli, avec le soutien de la science, leur mission première.

C’est l’Histoire.

Par un vertigineux retournement des choses, voici que le trépied colonial de la IIIè République se pose aujourd’hui sur le sol français, sans qu’il ait fallu pour cela employer la moindre canonnière, le volumineux corps expéditionnaire des immigrés accueilli à bras ouvert depuis quarante ans par les fossoyeurs de la Nation suffisant à occuper civilement le terrain. Et à déjà le modifier en attendant de pouvoir le transformer.

De passage dans des endroits de plus en plus nombreux du pays, Lyautey y reconnaîtrait sans peine les trois principes de son action outre-mer. L’école, le marché et l’église. Pour faire simple, la circulaire de l’Éducation Nationale (voir plus haut), l’expansion subversive du halal et, bien sûr, la mosquée où, à la grande différence des temples coloniaux d’autrefois, se presse une foule de convertis parmi lesquels se distinguent les éléments les plus déterminés, les plus radicaux, des stratégies de conquête en cours. Nul doute que le maréchal rompu aux exercices militaires et à ceux de la diplomatie, saluerait lucidement un tel succès récompensant un réel talent. Nul doute aussi qu’il ne se priverait pas d’interroger moins froidement les responsables de cette situation.

Seulement voilà, la France de Monsieur Hollande n’est plus celle de Monsieur Loubet. Elle forme à des cultures étrangères des enfants dont les diffuseurs d’un Code intangible et guerrier rédigé au temps des Carolingiens feront de bons petits soldats de la Vraie Foi. Elle cesse officiellement de désirer ne fût-ce que l’ébauche d’un commencement d’assimilation de gens dont elle prétend faire des citoyens respectueux de son propre Code. Elle s’illusionne doucement, et baisse la garde dans les vapeurs toxiques qui un jour l’achèveront.

Car il ne faut pas s’y tromper, la civilisation qui pousse en elle et déjà l’étouffe n’est pas celle de Pasteur, de Hugo, de Bach, de Camus ou de Delacroix. N’ayant strictement rien créé depuis plus de neuf cents ans, seulement capable de réciter son texte jusqu’à la transe, elle pose son sidéral vide sur le trépied de l’ignorance, de la contrainte et de la soumission. Quel modèle!

Alain Dubos

image_pdf
0
0