Débat à Sciences Po Poitiers : l'affligeante partition des européistes et de la gauche du non

Il faut l’entendre pour le croire…
J’étais invitée hier à Poitiers à participer à un débat entre têtes de liste aux européennes par les étudiants de Sciences Po. J’ai été effarée par les arguments et non arguments des autres candidats aux questions posées.
A pleurer.
Ou à pleurer de rire.
Etaient présents un représentant du PS, une du NPA, une du MODEM, un de VERTS Génération Ecologie, une du FRONT DE GAUCHE, et je représentais DEBOUT LA REPUBLIQUE (la représentante de l’UMP avait dû annuler au dernier moment).
Quatre questions, trois minutes pour répondre à chaque fois, ordre de parole tiré au sort, un deuxième tour d’une minute pour répondre aux autres candidats. Les étudiants avaient bien préparé et bien fait les choses. Les autres candidats aussi, puisque j’étais arrivée pensant que les questions étaient des « questions surprise » et me suis rendu compte que les autres les avaient demandées auparavant et avaient préparé leur texte (effet épouvantable d’ailleurs pour certains qui lisaient de façon inaudible et étaient incapables d’utiliser la minute de réponse possible – je reconnais que l’exercice est difficile et périlleux pour qui n’a pas l’habitude de parler en public et/ou de manier l’argumentation politique). En tout cas, cela prouve que l’Europe ce n’est pas un sujet simple, ni facile.

Je n’ai pas noté exactement les questions qui ont été posées, je ne me souviens que des thèmes abordés et du sens global des questions.
Comment dire mon effarement quand j’ai constaté que, 8 fois sur 10, personne ne répondait à la question posée, chacun se contentant de réciter son bréviaire ou son credo ?
Je n’ai pas retenu tout ce qui a été dit, seulement quelques points qui m’ont choquée, sachant que, pendant que d’autres parlaient, j’essayais de noter quelques idées pour ordonner ma réponse – dont je vous livre les grandes lignes – sauf évidemment quand je suis passée en premier 😉

Première question : la crise, que proposez-vous pour la résoudre ???

Modem : De l’Europe, encore plus d’Europe !!!! Si il y a des ratés, c’est parce qu’on n’est pas encore allés assez loin, qu’on n’applique pas encore le Traité de Lisbonne…. Et allez voter le 7 juin… (sous-entendu, seuls les pro-Europe iront voter le 7 juin…. ???? L’Europe de Delors, Giscard, Jospin, Bayrou, Hollande, Aubry, Royal, Sarkozy ou Chirac nous amène au fond du trou mais cela ne leur suffit pas et ils continuent, la bouche en cœur, de nous promettre la lune en plein midi… )
Le P.S : de l’Europe, encore plus d’Europe, il faut un smic européen ! tout le monde doit gagner la même chose en Europe, nous sommes tous frères, tous les Européens font partie d’un seul pays, l’Europe, nous sommes citoyens européens… Et le véritable ennemi c’est la droite, ne nous méprenons pas. (Ah bon ? Alors tous au niveau du salaire et de la protection sociale des Roumains? Ah bon ? Alors pourquoi les lois, à Bruxelles, sont-elles votées à 90% par l’UMP et le PS ? )
NPA : il faut rompre avec la logique capitaliste ! Cela doit cesser. (Certes, mais comment ??? Quelques propositions, s’il vous plaît… il est vrai que ce parti refuse de gouverner…)
DEBOUT LA REPUBLIQUE : La crise, chronique d’une mort annoncée, en 1992, par Maastricht, qui instaure le monétarisme, le primat de l’économie aux dépens du politique ou du social. Maastricht aboutit, en 2008, en France, au Traité de Lisbonne, qui grave dans le marbre la libre circulation des capitaux, des biens et des personnes et la concurrence libre et non faussée.
La B.C.E., qui interdit le prêt aux Etats nations est responsable de ce qui est en train de se passer : la Grèce et l’Espagne, déjà lourdement endettées empruntent à un taux usuraire sur les marchés internationaux, ce qui risque de les conduire à la faillite et de créer une crise majeure en Europe.
La crise du lait est emblématique de ce qui ne va pas, non il n’y a pas que des problèmes avec les distributeurs comme le prétend la représentante du Modem qui affirme que Bruxelles n’y est pour rien : c’est bien Bruxelles qui a supprimé en les interdisant tous nos outils de régulation, toute capacité de l’Etat à intervenir ; c’est bien Bruxelles qui, par sa politique qui favorise les grosses exploitations laitières, fait disparaître les petites exploitations en créant une concurrence qui les assassine.. Bruxelles peut ainsi faire plaisir à l’Australie ou à la Nouvelle Zélande qui aimeraient exporter en Europe leurs produits laitiers…
Il faut donc que l’Europe devienne une confédération de nations, qu’un protectionnisme européen soit mis en place, que la Commission Européenne soit supprimée et remplacée par un secrétariat général, que les statuts de la BCE soient réformés pour que ses objectifs deviennent ceux de la croissance et de l’emploi, que les Etats membres puissent bénéficier de prêts de la BCE, qu’il y ait des monnaies nationales qui permettent de dévaluer tout en conservant une monnaie commune pour l’international, et réformer la PAC qui bénéficie en priorité aux multinationales alimentaires et aux grands propriétaires terriens.

Deuxième question : faut-il renforcer la lutte contre l’immigration clandestine ou ouvrir les frontières ?

Alors là, le gang des pleureuses s’est mis en branle… Tous les présents,-à part votre servante, évidemment- se sont mis à parler de la politique inacceptable de Sarkozy, en faisant pleurer Margot sur le sort des Sans-Papiers, en dénonçant les directives de reconduite à la frontière… Le représentant PS, la bouche en cœur, s’est même émerveillé (tout seul) de sa conception universaliste de l’homme, cherchant à convaincre que rien ne pouvait empêcher des gens et des peuples qui le désirent de migrer, et que c’était donc à nous de nous adapter, de partager …
Quant à la représentante du Front de Gauche, elle a fustigé la xénophobie et la montée de l’extrême droite en Europe, en citant l’exemple des Pays-Bas (quel tollé à la tribune et dans la salle quand j’ai émis l’hypothèse que là où l’extrême droite montait c’était là où, peut-être, on avait le plus de concentration d’immigrés… Toujours le déni de réalité. Toujours la reductio ad Hitlerum qui voudrait empêcher les républicains de dire le vrai).
DLR : J’ai tout simplement répondu à la question posée : oui, nous devons maîtriser les flux migratoires, pour nous, pour les immigrés légaux, pour préserver notre modèle républicain et même pour les illégaux eux-mêmes.
Il y a un monde entre le fait de constater qu’on peut difficilement empêcher les gens de migrer et celui de les y encourager par des frontières ouvertes.
Nous ne pouvons pas accepter l’immigration illégale, parce que nous n’avons déjà pas assez de travail et de logements pour les Français et les immigrés légaux qui sont sur notre sol. Sans parler de la concurrence déloyale des sans-papiers qui acceptent des salaires et des conditions de travail épouvantables, aux dépens des réguliers, ce qui crée une concurrence inavouable et fait baisser les salaires et augmenter le chômage.
La France est le pays qui a les aides sociales les plus généreuses, elle attire donc les migrants. Or, nous n’avons pas les moyens de maintenir ce système en l’étendant à tous ceux qui arriveraient. Si nous le faisions, ce serait la mort de ce système.
Par ailleurs, j’ai rappelé (deuxième tollé, mais je ne me suis pas démontée) que la France avait un taux de fécondité suffisant pour assurer le renouvellement des générations et le paiement des retraites et n’avait donc pas besoin des immigrés qu’Attali, encouragé par la Commission Européenne, veut nous imposer.
Enfin, que dire des ghettos où se concentrent problèmes et population immigrée ??? Faut-il les développer, en ajouter d’autres ???
Rapidement, car ce post est déjà trop long, j’évoquerai la 3° et la 4° question, qui concernaient le fonctionnement de l’intégration européenne et la citoyenneté et la démocratie en Europe.
Je n’ai guère entendu que des vœux creux ou des satisfecit autoproclamés des partis qui ont construit l’Europe. Seule la représentante du Front de Gauche a évoqué la défense de la laïcité.
DLR : j’ai insisté sur la nécessité pour les Etats de retrouver leur souveraineté, d’avoir un droit de veto, de ne pas être obligés de faire ce qu’ils ne veulent pas, d’instaurer des droits de douane compensatoires pour financer les systèmes sociaux entre pays de l’Est et de l’Ouest, et, surtout, rappelé que nos élus au parlement européen devaient représenter leurs électeurs, refuser que la Commission Européenne oblige la SNCf à acheter des trains canadiens, refuser son projet de directive qui autorisera le travail du dimanche, refuse l’harmonisation des systèmes de retraite avec capitalisation et assurance individuelle, la baisse des salaires qu’elle veut imposer pour favoriser la croissance…
J’ai rappelé aussi que nos députés européens devraient être vigilants pour s’opposer au lobbying des multinationales, des groupes occultes comme celui de Bilderberg et celui des religieux.
Enfin, il fallait terminer par quelque chose de grave, l’évocation de la Charte des Droits Fondamentaux qui se trouve dans le Traité de Lisbonne et qui menace la laïcité à la française et notamment la loi de 2004 sur les insignes religieux à l’école.
Parce que Bruxelles veut faire des Européens des êtres décervelés et obéissants, des travailleurs au service du grand capital et des consommateurs sans discernement, pour encore enrichir actionnaires des multinationales et fonds de pension…
Christine Tasin

image_pdfimage_print